Présence du Vivant

Homélie pour la Messe du jour de la Résurrection 2008

Un auditeur attentif ne peut pas ne pas avoir perçu que dans les récits de la résurrection de l’évangile de Jean, il y a quelques contradictions. Si elles sont minimes et ne sauraient porter ombrage au témoignage des apôtres, il est bon d’y être attentif. Marie Madeleine part seule au tombeau ; quand elle vient dire aux apôtres qu’elle l’a trouvé ouvert, elle dit « nous ». Quand nous apprenons que le disciple que Jésus aimait voit et croit, le texte ajoute aussitôt que jusqu’alors les disciples n’avaient pas compris que Jésus devait ressusciter d’entre les morts – ce qui ne concerne que Pierre et pas le disciple que Jésus aimait. L’analyse scientifique des textes nous apprend que ces tensions internes sont dues à un usage très respectueux des sources – ce qui nous rassure. Pourtant, il me semble que ces différences sont utiles dans la mesure où elles nous montrent un élément fort important pour nous qui, ce matin, célébrons le Christ ressuscité : la résurrection de Jésus est un commencement ; c’est le commencement d’une action qui nous rejoint maintenant.

La résurrection de Jésus en effet est un acte de Dieu qui arrache Jésus à la mort pour l’associer pleinement à sa gloire. Ainsi la résurrection est-elle le couronnement de l’action de Jésus dont l’amour est allé jusqu’à la pleine réalisation de ce qu’il avait entrepris. En un sens tout est achevé pour Jésus. Mais tout n’est pas fini, car l’histoire humaine continue et nous sommes dans cette histoire qui est le lieu de notre responsabilité.

Ce que nous avons reçu, il nous faut le transmettre. Ce dont sommes dépositaires, il nous faut le faire fructifier. Ce don a été fait à des personnes libres et autonomes ; aussi chacun d’entre nous vit-il sa propre vie et suit son propre itinéraire pour arriver à son propre achèvement, le but de notre vie. Nous pouvons alors nous reconnaître dans ceux et celles qui sont en mouvement au matin de la résurrection. Non pas pour choisir l’un à l’exclusion des autres ou pour faire jouer des oppositions entre les femmes et les hommes, entre Pierre et l’autre disciple, mais pour comprendre que nous vivons ce que chacun ou chacune représente.

La première nommée est Marie Madeleine qui va de grand matin au tombeau pour honorer celui qui l’a libérée de son tourment et a renouvelé sa vie. Mais quand elle s’exprime, elle a bien conscience qu’elle doit dire « nous » parce ce qu’elle vit n’est pas seulement pour elle ; c’est parce qu’elle est la figure de l’humanité sauvée, renouvelée, en qui s’est renversée la malédiction d’Eve. Il y a les apôtres. Pierre joue son rôle de chef de communauté ; mais la communauté est d’abord communauté de grâce et de foi représentée par celui qui n’a pas de nom propre, parce qu’il nous représente tels que nous sommes dans notre vie chrétienne fondée sur la foi. Plus encore, cette pluralité nous permet de nous retrouver et de nous situer non seulement personnellement, mais dans notre communauté où les différences sont patentes.

Par le jeu des différences nous sommes invités à reconnaître que l’essentiel est ce que fait le Ressuscité. Il prolonge son action pendant la vie publique. Vivant dans la gloire du Père, il est présent d’une présence qui passe au-delà des habitudes et des évidences. Ainsi la résurrection a ouvert un espace où l’humanité peut suivre un chemin où s’entremêlent inconnaissance et certitude de la foi ; elle est à la fois crainte devant un tombeau ouvert et joie de la rencontre. Ainsi notre vie, en ses difficultés – en ses contradictions même – prend sens. Le message de la résurrection est un message de salut. Tous les signes parlent : le tombeau ouvert nous dit que Dieu a ouvert une porte qui ne se refermera plus. Marie-Madeleine nous que le pardon est plus fort que la faute et que l’amour est plus fort que la mort. La course de Pierre et de Jean disent la force du désir. La foi du disciple que Jésus aimait est notre foi : elle est le don le plus précieux que le Ressuscité nous donne.

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