A l'Annonciation, Marie, Mère de la grâce - Équipes du Rosaire de Poitiers

L'Écriture témoigne que Marie est élue de Dieu. Il nous est dit qu'elle est comblée de grâce et que l'Esprit Saint la prendra sous son ombre .

A/ Comblée de grâce

Dans le magnifique récit de l’Annonciation de l’Ange Gabriel à Marie, un mot prononcé par l’ange, sonne comme la reconnaissance céleste des privilèges de l’humble jeune fille de Nazareth : ‘comblée de grâce’, κεχαριτωμένη (kecharitôménè) (Lc 1, 28). Ce mot riche de sens, dérive d’un verbe χαριτόω (charitoô) qui signifie ‘donner de la grâce, rendre agréable’. Il est tout à fait singulier que le texte sacré n’utilise pas un autre verbe, χαρίζομαι (charizomai) qui signifie ‘être agréable, plaire’. Le premier en effet, souligne une idée plus intensément factitive ou causative. Dans les langues sémitiques, ce serait une forme verbale insistant sur l’aspect volontaire de l’action. Il me semble que dans cette expression nous trouvons la trace de l’initiative divine, renforcée par la forme passive du verbe qui montre combien la Vierge Marie est choisie de Dieu. Comblée de grâce, Elle l’est non par ses mérites ou par une quelconque action positive de sa part, c’est Dieu, et Dieu seul qui est à l’origine de cette qualification unique qui fait d’Elle une créature totalement investie de la présence divine. Marie est le pur réceptacle des dons du Créateur, bénéficiaire à l’avance des bienfaits de la Rédemption. En outre, le temps du verbe, le parfait, indique une action passée, terminée et définitive. Comment ne pas entrevoir dans ce simple mot le mystère de l’Immaculée Conception ? L’ange dévoile à Marie le plan divin dont Elle est l’objet depuis toujours, en vue de sa maternité divine. En cette vierge du peuple d’Israël, la plénitude des trésors divins se trouve concentrée en sorte qu’il n’y a jamais eu sur terre avant Elle une créature humaine si parfaite, si transparente à l’œuvre de Dieu, placée au pinacle des manifestations terrestres de la perfection divine. Dans la tranquillité, la discrétion et le silence d’une pauvre maison d’un minuscule village de Galilée vit la plus noble des créatures, inconnue de tous, élue de Dieu.

Mais ce qu’Elle est, Elle l’est pour Celui qui prend chair en son sein virginal. Son être tout entier est pour Lui, par Lui et en Lui. « La grâce dont elle est comblée, c’est la présence de Celui qui est la source de toute grâce… Marie, en qui vient habiter le Seigneur Lui-même, est en personne la fille de Sion, l’arche de l’alliance, le lieu où réside la gloire du Seigneur : elle est “la demeure de Dieu parmi les hommes” (Ap 21, 3). “Pleine de grâce”, elle est toute donnée à Celui qui vient habiter en elle et qu’elle va donner au monde ».[fn]CEC, n° 2676.[/fn] Ainsi, il ne faut pas entendre ‘comblée de grâce’ en un sens quantitatif, comme si la Vierge Marie pouvait contenir en Elle toutes les grâces de Dieu depuis les origines. Il faut garder ‘grâce’ au singulier parce qu’il s’agit d’ « une grâce d’une plénitude telle qu’elle contient en elle virtuellement tous les privilèges qui seront accordés à Marie ».[fn]Cardinal Charles JOURNET, Entretiens sur Marie, Parole et Silence, 2001, p. 17.[/fn] Elle ne recueille pas en Elle-même l’eau de la source, Elle est l’écrin même de la source, écrin de chair et de sang, écrin d’amour et de tendresse, inondée d’un flot qui ne tarit jamais, baignée toute entière par Celui qui est « l’eau vive jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4, 14). L’eau déversée sur le monde se déverse d’abord entièrement en Elle sans qu’Elle ne perde rien de ses bienfaits.

B/ Obombration

Un autre mot vient confirmer l’extraordinaire portée de l’événement qui advient dans la modeste demeure de Nazareth. Nous lisons : « L’Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’enfant sera saint et sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1, 35). En vieux français, on traduirait par le joli verbe : ‘obombrer’. Couvrir de son ombre, c’est ̉επισκίασει (épiskiaseï) en grec ; phonème qui ne manque pas d’évoquer la ‘shekinah’ de l’Ancien Testament[fn]Par exemple, Ex 40, 35.[/fn], cette présence sacrée de Dieu par la nuée qui prend possession du Saint des Saints dans le temple de Jérusalem. « Il y aurait une correspondance voulue entre la venue de la Nuée au-dessus de l’arche d’alliance et l’intervention de la Vertu du Très-Haut qui couvre Marie de son ombre. La Nuée était le signe de la présence de la Gloire divine : par conséquent à l’habitation de la Gloire dans le Tabernacle ou le Temple répondrait le mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu dans le sein de la Vierge Marie »[fn]André FEUILLET, Jésus et sa Mère, Gabalda, 1974, p. 18.[/fn]. Les exégètes mettent en rapport ce texte avec le passage de la Transfiguration du Seigneur où le même mot est employé (Lc 9, 34) avant que ne soit manifesté la filiation divine de Jésus par la voix du Père.

Nous le voyons donc, au Temple sacré de Jérusalem, lieu de l’habitation de Dieu parmi les hommes, succède le sein très pur de Marie. Le rideau déchiré du Temple découvre un lieu désormais vide (Mt 27, 51), détruit plus tard par les romains, car Dieu a voulu demeurer dans le sein d’une Vierge pendant neuf mois avant d’être livré au monde pour habiter le cœur de tous les hommes de bonne volonté. Dans le sein de sa Mère, Jésus ne fait que passer. Dans l’âme de sa Mère, Il établit sa grâce pour toujours de sorte qu’Il est bien plus intimement uni à l’âme de sa Mère qu’Il ne l’était à son corps. Marie est en quelque sorte « le premier tabernacle de l’histoire »[fn]JEAN-PAUL II, Encyclique Ecclesia de Eucharistia, n° 55, DC n° 2290, p. 388.[/fn], Temple saint de la présence de Dieu, tout irradiée de sa présence. Il est temps maintenant de regarder Marie, Mère de Dieu.

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