L'abaissement salvifique de Dieu

Traditionnellement – vous le savez – l’Église fête l’Annonciation du Seigneur le 25 mars. Neuf mois exactement avant la Nativité du Christ, neuf mois exactement avant le 25 décembre, l’Église célèbre le jour où l’ange fût envoyé à Marie pour lui annoncer la naissance du Sauveur et lui demander d’en être la Mère. Nous célébrons le jour où, par l’Esprit Saint, Marie conçut en son sein le Fils éternel du Père[fn]Communicantes propres de la messe[/fn], le Verbe qui s’incarne, Jésus Christ notre Sauveur. L’Annonciation du Seigneur, c’est l’annonce de son Incarnation dans le sein de la Vierge.
Mais cette année c’est en décalé, c’est à une date inhabituelle que nous célébrons l’Annonciation. Car le 25 mars dernier, nous étions au cœur du Triduum pascal. Le 25 mars dernier, Vendredi Saint, nous étions au Golgotha au pied de la Croix avec Marie ; tandis qu’aujourd’hui nous sommes à Nazareth au pied de Marie avec l’ange Gabriel.
Bienheureuse concomitance dans notre calendrier de ces deux célébrations, celle de la Passion du Seigneur et celle de son Annonciation. Bienheureuse concomitance qui nous donne de méditer sur le lien intime qui unit ces deux événements. Bienheureuse concomitance qui nous donne de méditer sur le ‘pourquoi’ de l’Annonciation et de l’Incarnation.

Pourquoi l’Incarnation ? Pourquoi cette Annonciation si ce n’est pour libérer l’humanité captive du péché qui la blesse depuis les origines. Car force est de le reconnaître, que cela soit politiquement correct ou non, que cela plaise ou non, la nature humaine est profondément marquée par l’orgueil et la désobéissance hérités de la faute de nos premiers parents. L’Annonciation, l’Incarnation est la réponse, mieux elle est le remède au péché originel. À l’orgueil d’Ève qui se défia de Dieu répond l’humilité de Marie, la nouvelle Ève, qui se fia à Dieu. À la désobéissance d’Adam qui se détourna de la volonté de Dieu répond l’obéissance du Christ, le nouvel Adam, qui est venu pour faire la volonté du Père[fn]2ème lecture ; Hé 10, 4-10[/fn] . Ce que nous célébrons aujourd’hui prend donc tout son sens à la lumière de cette faute de nos premiers parents. Par cette faute, désobéissant à Dieu, ils se sont séparés de Lui, blessant profondément la nature humaine et communiquant par conséquent à tout le genre humain une nature blessée.
Mais si l’homme a pu, tout seul, par lui-même, se séparer de Dieu et blesser sa nature, il ne peut, tout seul, par lui-même, se réconcilier avec Dieu et restaurer sa nature. Il faut pour cela à l’homme une aide extérieure et divine. Il en va un peu comme d’un homme qui se jette au fond d’un puits. Il peut certes s’y jeter tout seul, mais une fois qu’il est au fond du puits, les jambes brisées, il ne peut en sortir qu’avec une aide extérieure, qu’avec le secours de quelqu’un qui vient le chercher du haut du puits. À l’Annonciation, le Christ Jésus, Lui de condition divine ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais Il s’anéantit Lui-même prenant condition d’esclave et devenant semblable aux hommes[fn]Ph 2, 6-7[/fn]. À l’Annonciation, le Créateur se met au rang de la créature. Il vient assumer notre condition humaine pour la relever et la restaurer. À l’Annonciation, Dieu s’abaisse par amour pour l’homme, tout comme l’amoureux se met à genoux devant celle qu’il aime. Dieu a genoux, voilà ce que nous célébrons aujourd’hui.

Mais l’abaissement salvifique de Dieu ne s’arrête à l’Incarnation. La folie de Dieu va jusqu’à la Croix pour nous sauver. Parce que Dieu veut se réconcilier à Lui tout homme par le sang de la Croix, Il envoie son Fils sur la terre. Il fallait que le Verbe prît chair pour que cette chair soit crucifiée sur la croix. À l’horizon du mystère joyeux de l’Annonciation – que nous célébrons aujourd’hui – se profilent déjà le mystère douloureux de la Croix – que nous avons célébré le 25 mars dernier – et celui glorieux de la Résurrection. Tel est le lien entre l’Annonciation et la Passion. L’Annonciation et la Passion sont deux moments fondamentaux de notre Rédemption, i.e. de l’histoire de notre salut. C’est pourquoi l’Annonciation est avant tout une histoire d’amour. C’est l’histoire d’un Dieu fou d’amour pour sa créature, pour la plus belle de ses créatures. Oui Dieu a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils unique[fn]Jn 3, 16[/fn]. Amen.

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