« Chaque grain de Rosaire qui roule sous nos doigts est un baiser au front de Marie. » (P. Lataste)

« Ô Marie, mon avocate et mon refuge, mon secours, ma force, mon soutien, mon espérance, ma joie, ma douceur, et ma vie, mon tout après Dieu, Bénissez-moi, Protégez-moi. » C’est ainsi que le jeune Alcide Lataste, qui n’est pas encore le frère dominicain Marie-Jean-Joseph Lataste, s’adresse à Marie, à 19 ans. Cet amour imprégnera toute son existence.

C’est à Cadillac-sur-Garonne, petite ville où trône l’austère château des ducs d’Épernon transformé en maison de force, qu’il apprend à aimer Marie, dans une famille nombreuse où la mère initie ses enfants à la foi chrétienne. Très souvent, elle se rend avec le petit Alcide, de santé fragile, au sanctuaire de Notre-Dame de Verdelais où celui-ci subtilise un pan de son manteau, aujourd’hui conservé dans la communauté de Béthanie. On attribuera sa guérison à la Vierge.

Marie est là, au cœur de ses premières blessures : une adolescence orageuse, pendant laquelle il oublie la vocation religieuse de son enfance. Puis, obligé de se séparer de Cécile de Saint Germain, la jeune fille qui partage son idéal et son même amour de Marie, il lui offre une statuette de la Vierge, un chapelet et cette prière : « Ô Marie, notre amour, notre vie, soyez-nous propice. Vous êtes notre mère, ayez pitié de nous. Étoile radieuse du salut que nos regards soient toujours sur vous. » Marie sera sa consolatrice lorsque Cécile disparaîtra prématurément.

L’œuvre de Béthanie

Lorsque la vie religieuse dominicaine s’impose au jeune homme, il place sa nouvelle vie sous la protection de Marie. Pendant son noviciat à Saint-Maximin, devenu le frère Jean-Joseph, la lecture d’un opuscule de saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716), fondateur des Filles de la Sagesse, le marque profondément. Dans le même esprit, il écrit un Acte de Donation à Marie. « Je remets tout entre vos mains, Mère bénie, volonté, espérance, désir, affection, corps, cœur, âme. »

Enfin, de passage en 1863 Lourdes, où les dix-huit apparitions de Marie ont eu lieu cinq ans plus tôt, il a une entrevue avec sainte Bernadette, alors chez les sœurs de Nevers. Il en rapporte une « foi bien ferme aux miracles ».

Lorsqu’en 1864 et 1865, il annonce la miséricorde de Dieu, lors d’une retraite aux prisonnières de sa ville natale et qu’il voit, « Ô merveille ! » celles qu’il appelle « mes chères sœurs », demander le pardon de Dieu et emprunter un chemin de conversion, il évoque Marie pour elles, « reine des anges » dans la splendeur du ciel. Il termine son sermon en invitant ces femmes à réciter un chapelet à celle qui est le « Refuge des pécheurs ». Il voit Marie-Madeleine, la pécheresse, défigurée par le péché, puis repentie et pardonnée, et auprès d’elle, Marie, la toute pure. Au Calvaire, elles sont là, toutes deux, côte à côte, et ce compagnonnage contient à lui seul tout ce qu’est l’œuvre de Béthanie : l’union des âmes autrefois pécheresses, mais revenues à Dieu, et celles des vies préservées. Cette union des âmes sous le même toit, celui de la maison de Béthanie, « rivalisant d’amour pour Jésus-Christ », le fait « pleurer de joie ».

Il est émouvant de penser, lorsqu’on feuillette les quatre cent trente- sept sermons qu’a laissés le P. Lataste, qu’il priait toujours Marie au début de ses prédications et les achevait par un Ave Maria

Lorsque la congrégation des dominicaines de Béthanie voit le jour, il invite les sœurs à la prière du « Rosaire perpétuel ». De même, il leur conseille d’imprégner de l’amour de Marie, « mère admirable », leurs plus humbles tâches quotidiennes, et elles sont nombreuses !

Enfin, dans toute sa correspondance avec Mère Henri-Dominique, la co-fondatrice de l’œuvre, il n’omet jamais de rappeler l’importance de la prière à Marie, protectrice avec Joseph, de l’œuvre de Béthanie.

Mais qui est Marie pour le P. Lataste ?

Elle est d’abord celle qui a aimé, dès le premier instant où l’Ange lui apparut : « elle débordait de l’amour de Dieu mais, cet amour, elle l’étend à Joseph, à Marie-Madeleine, aux apôtres, aux disciples ». C’est celui qu’elle a pour nous. Le P. Lataste parle de « tendresse, constance, ténacité d’amour ». Mais il insiste sur ce point : «Si nous aimons Marie, nous devons l’imiter : son obéissance, sa pureté, son intelligence, sa volonté. » Et il ajoute : «celui qui ne veut pas l’imiter ne la prie pas, alors même qu’il passerait toutes ses journées à marmotter des prières vocales ». C’est ainsi que la prière est toujours liée pour lui à l’amour des frères, un amour agissant. Toute sa vie, tous ses écrits en témoignent et particulièrement le plaidoyer de la brochure Les Réhabilitées (1866).

Marie est aussi « la petite source », la source de toute grâce : « Elle est cette petite source d’où est sorti un grand fleuve immense qui s’est épanché sur toute la terre. » Ainsi, si nous arrivons à vider nos vies de tous les faux biens qui l’encombrent, Marie nous comblera et nous désaltérera. « Videz-vous et la grâce vous remplira, ayez faim et soif de justice et la grâce vous rassasiera. » Cette soif qui habite l’homme, et qui ne peut être désaltérée qu’en Dieu, est un leitmotiv chez le P. Lataste.

Enfin, Marie est celle qui a su s’approprier la parole de Dieu, pour la faire sienne. De cette fervente adhésion naîtra son chant d’allégresse : le Magnificat !

Comment prier Marie ?

Sa piété se manifeste à travers des pratiques qui sont en faveur à son époque : les litanies qui nous donnent à contempler toutes les merveilles que nous offre Marie. Mais c’est la prière du Rosaire, la prière dominicaine par excellence qui émerveille le P. Lataste : « la plus belle des prières vocales, la plus complète, la plus achevée, en effet, elle nous invite à méditer sur l’essentiel de notre foi et, en contemplant Marie elle ne parle que de l’amour de Dieu pour l’humanité ».

D’après la tradition, saint Dominique n’a-t-il pas reçu le rosaire des mains mêmes de Marie ? Le frère Jean-Joseph exalte l’aspect universel de cette prière qui touche « depuis l’humble villageoise jusqu’aux femmes assises sur le degré des trônes ». Il écrit : « Ce plan de roses n’a-t-il pas grandi comme le cèdre et le palmier, ne s’est-il pas assis dans tous les pays et dans tous les peuples… dans toutes les nations et tous les cœurs depuis les plus humbles, jusqu’au plus illustres ? » Son admiration va vers les femmes priant le rosaire, car leur corps tout entier semble plongé dans la prière. Elles prient avec «tous leurs doigts, leurs yeux, leurs lèvres ».

Chez celui qui prie le Rosaire : « Tout prie en lui ».

Nous pouvons faire nôtre cette invocation du P. Lataste pour qui Marie est chemin vers le Christ, vers Dieu, vers nos frères :
« Ô Marie ! donnez-nous de croire comme vous avez cru, d’aimer comme vous avez aimé, d’entendre et d’observer la Parole de Dieu comme vous l’avez entendue et observée, et de faire enfin en toutes choses la volonté du Père… Et quand sonnera l’heure dernière, entraînez- nous avec vous jusqu’à la patrie où l’on ne se quitte plus, où l’on ne meurt plus. »

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