Pain de Vie, Communion et Transformation de notre âme

Homélie pour le 20ème dimanche du Temps Ordinaire, prêchée le 19 août 2012 au Moulleau.

Et nous revoici à Capharnaüm. Cet été, dimanche après dimanche, nous faisons ce voyage vers les bords de l’eau, vers le Lac de Tibériade. Après une multiplication des pains, accomplie sur une colline voisine, Jésus a entrepris d‘éclairer chacun à propos de la « Manne nouvelle » qu’il vient offrir.

Le miracle a éveillé l’attention : une multiplication des pains, cela intrigue. Mais beaucoup de gens ont pu prendre Jésus pour ce qu’il n’est pas. Alors, entré à Capharnaüm, alors qu’il put prendre la parole dans la synagogue, il insiste. Il explique, quitte à choquer ses auditeurs. Ceux-ci croyaient avoir fait le tour de la personne de ce Jésus dont ils connaissaient le père et la mère. Mais c’était insuffisant.

Alors, Jésus parle, il parle avec abondance, c’est-à-dire qu’il ne craint pas d’être long, et de dire ce que ses auditeurs n’arrivent pas à comprendre. A se placer sur le seul plan humain, ce discours sur le Pain de Vie, si important, équivalent à l’institution de l’eucharistie dans les autres évangiles, pourrait passer pour le type même d’une mauvaise homélie – et c’est rassurant ; car ce discours surprenant va passer les siècles et nous interroger.

Tout commença sur une méprise concernant le pouvoir de Jésus, capable de donner à manger à tous. Et l’entretien se terminera sur le départ de ses auditeurs. Et si un peu avant cette issue malheureuse, les auditeurs s’interrogent : Comment cet homme peut-il nous donner son corps à manger ? », à la fin de l’épisode, c’est Jésus qui devra poser la question de confiance à ses seuls disciples encore présents : «Voulez-vous aussi vous en aller ? »

On peut espérer une meilleure finale pour une homélie ; et pour ma part, j’espère terminer avec vous cette célébration…

 

Car nous avons tous à y gagner : à Capharnaüm, les auditeurs ont jadis murmuré la bonne question, une interrogation véritable, apte à traverser les siècles, capable surtout de transformer notre vie. Une synagogue a pu résonner d’une telle question. Mais une église peut encore l’entendre, question jaillissant de ceux qui remarqueraient les paroles qui accompagnent votre communion, et l’accompagneront toujours : « - Le corps du Christ », vous dit-on en présentant le Pain de Vie ; et chaque fidèle répond «Amen, c’est-à-dire : c’est vrai ».

Certains auditeurs ne pourraient-ils s’étonner, prenant justement au mot l’affirmation de notre foi ? Des auditeurs critiques, mais attentifs, loin de toute habitude, et peut-être y en a-t-il parmi nous, venus par amitié ou par curiosité, et qui pourraient nous interroger ; de tels auditeurs, ne nous amènent-ils pas à nous émerveiller et à rendre grâce au Seigneur du don de la foi qui a trouvé sa demeure en nos cœurs ?

Mais ces mêmes paroles peuvent aussi jaillir de chacun de nous ; car parfois nous pouvons nous interroger. Notre cœur peut s’émerveiller, rendre grâce à Dieu en prenant conscience de mieux en mieux du miracle de ce pain qui devient le corps du Christ, miracle qui se réalisera encore dans quelques instants devant nous, par la grâce du Christ ; ce sera me sacrement de l’eucharistie qui alimente notre foi, transforme notre vie, nous établit en communion profondément avec le Seigneur et les uns avec les autres, bâtissant l’Eglise du Christ-Jésus.

Mais notre esprit croyant peut aussi se poser des questions, saisi qu’il serait du vertige que ce Corps du Christ qui se donne à « mâcher », ne peut que susciter pour ceux qui remarquent le vocabulaire si concret de l’Evangile selon saint Jean (Jn 6).


En vérité, ce discours exprime l’attention que le Seigneur a pour nous, et montre le moyen privilégié de venir en nous. Et de nous transfigurer
: celui qui nous créa sans nous, ne veut pas nous hisser sans nous auprès de lui, sans notre participation.

Pour cela, par l’eucharistie, particulièrement, le Fils Unique va réaliser sous les espèces du pain et du vain, l’œuvre de bienveillance du Père, qu’il est venu nous révéler, et à laquelle il nous demande de nous associer. La Bse Thérèse-Bénédicte de la Croix [Edith Stein] confiait : « Vivre de l’Eucharistie nous contraint à sortir totalement des étroites limites de notre vie personnelle, pour nous enraciner et nous faire croître dans toutes les dimensions de la vie du vie du Christ. Qui visite le Seigneur dans sa propre maison ne l’entretiendra pas toujours de sa propre personne, ni de ses affaires, mais s’intéressera d’abord aux affaires de Dieu. »

Et comme cela dépasse nos forces, nous le devrons à notre volonté de coopérer avec Dieu, et à sa grâce. N’est-ce pas à cela que nous appelait saint Paul : « Cherchez dans l’Esprit votre plénitude » ! (Eph.5). La communion a partie liée avec la transformation de notre âme. Sans que ce soit le seul moyen pour cela, ce que personne ne doit l’oublier - notamment ceux qui ne communient pas encore ou ne peuvent communier.


Car c’est de cette présence de Jésus-Seigneur que nous avons vitalement besoin
. Et le résultat sera de nous entraîner « comme à notre insu dans le courant de la vie de l’Eglise… Comment assister au Saint Sacrifice avec un esprit et un cœur ouverts, … sans être saisis du désir d’engloutir notre petite vie personnelle, dans la grande œuvre du Rédempteur. » (Bse Thérèse-Bénédicte de la Croix).

Au-delà des réflexions légales que posaient cette chair et ce sang à consommer ; au-delà de la formulation abrupte de l’Evangile, la compréhension du sacrement vers lequel nous oriente Jésus, vise à cette communion vive et féconde.

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face chantait ainsi ce mystère : « Vivre d’Amour, c’est vivre de ta vie, Roi glorieux, délices des élus. Tu vis pour moi, caché dans une hostie, Je veux pour toi me cacher, Ô Jésus ! A des amants, il faut la solitude, un cœur à cœur qui dure nuit et jour ; ton seul regard fait ma béatitude. Je vis d’Amour ».

Cette qualité merveilleuse de la vie chrétienne est pour nous. Choisissions cette vie d’amour, et défendons-la dans un rythme quotidien stressé et stressant. Faisons-lui place, et aimons en refléter la grâce au bénéfice de tous. Accordons-lui chaque jour du temps et du silence.

 

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