Les mains vides, venez à la Crèche !

Homélie prêchée la Nuit et le Jour de Noël 2012, dans plusieurs églises de la Casinca en Corse.


Frères et sœurs,

Nous y voilà : nous sommes à Noël !

C’est vrai que cela fait quelques semaines que nous nous préparons. La liturgie de l’Avent nous y a aidés. Il y a eu aussi quelques éléments extérieurs : les illuminations des villes et des villages, les calendriers de l’Avent auxquels on ne peut échapper, les publicités en tout genre pour les cadeaux et les repas. Et même si l’on veut faire disparaître le mot « Noël » de nos sociétés –avez-vous remarqué que l’on se souhaite désormais de « joyeuses fêtes » ?-, nous, on a bien envie de se souhaiter un « joyeux Noël » !

Parmi les coutumes qui annoncent la venue de Noël, il y en a une à laquelle je suis très attaché : c’est celle de la Crèche. Lorsque nous étions enfants, nous nous bagarrions presque pour savoir qui allait mettre l’Enfant Jésus dans la Crèche… après la Messe de la Nuit, bien entendu ! Et nous mettions les rois à l’autre bout de la maison et nous les approchions un peu chaque jour pour qu’ils arrivent à la Crèche pour l’Épiphanie… mais pas avant !

Dans les couvents, qu’ils soient dominicains ou non, on fait aussi des crèches. Elles sont parfois immenses, cela dépend du couvent et de celui qui en a la charge. Dans le couvent où je me trouve actuellement, la Crèche est plus simple ; il y a le strict minimum. Et cette année, c’est moi qui devais la mettre en place. C’est ce que j’ai fait, juste avant de venir vous rejoindre. L’an dernier, nous avions mis les santons dans 2 caisses : une pour les personnages, une pour les animaux.

Les premiers que j’ai mis en place, ce sont Marie et Joseph, en laissant une place au milieu pour Jésus. Mais lui, je l’ai laissé dans la boîte avec un autre santon que je ne suis pas parvenu à identifier : il n’avait rien dans les mains et pas de costume particulier.
Puis j’ai ouvert la boîte des animaux et en ai sorti le bœuf et l’âne –incontournables !- et 3 moutons. Et ces animaux, ils me faisaient étrangement penser à moi, à nous.

Le mouton… Un animal qui ne réfléchit pas trop, qui se déplace en troupeau et se contente de suivre, de faire comme les autres… à condition de ne pas faire trop de vagues ! Mais dès que le loup survient et montre les dents, il n’y a plus personne ! Il n’a qu’une peur : finir en méchoui !
L’âne… Un animal qui traîne une sale réputation depuis que l’on a fait des bonnets à son nom. Il se contente de ruer dans les brancards de temps en temps… mais pas trop souvent ! Moins je réfléchis, mieux je me porte ! L’âne est un gentil.
Le bœuf… qui a sans doute un grand cœur, mais qui l’a enfoui sous une tonne de soucis et d’habitudes. « Il faut tout de même pas pousser », semble-t-il dire en soupirant pour réchauffer l’Enfant.

Sommes-nous des chrétiens-mouton, des chrétiens-bœuf ou des chrétiens-âne ?
La réponse est : « Aucun des trois » !
La réponse est ailleurs, et cela je l’ai compris en prenant le dernier santon, celui que je n’arrivais pas à identifier.
Et si ce santon, c’était moi, toi, ici, dans cette église ?

Il vient les mains vides devant l’Enfant de Bethléem parce que devant le Roi du monde, on ne peut offrir que ce que l’on est. Pas ce que l’on a. Ce que l’on est.

Souvenez-vous, frères et sœurs, en cette nuit de Noël : une réunion familiale, une soirée sans dispute –pour une fois !-, un reproche que l’on tait –pour une fois !-, une invitation à quelqu’un de seul, une visite chez un parent âgé ou un ami malade, une salutation échangée avec des voisins que l’on ignore depuis si longtemps… ça vaut plus que toutes les PlayStations et tous les iPhones du monde.

Frères et sœurs, Noël, c’est être, pas avoir.

Alors, pour une fois, ne soyez ni mouton, ni bœuf, ni âne… et encore moins chameau !
Soyez vous-mêmes. Dites à ceux que vous aimez que vous les aimez, simplement. Le soir de Noël, c’est fait pour ça.

Soyez ce que vous êtes, rien de plus, les mains vides, et venez à la crèche !
Et vous y trouverez Marie qui placera, au creux de vos mains vides, son fils Jésus.
Croyez-moi, c’est le plus beau des cadeaux !

Venez à la crèche !
Amen.

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