Le Banquet de Noël

J’espère que la joie de la fête a commencé. Avez-vous savouré un foie gras, une fondue ou un filet-mignon ? Avez-vous goûté un Bordeaux exquis ? Vous savez que festoyer est votre devoir. Le refus de bien manger au cours d’un repas de fête et de boire un bon vin serait un péché. Si quelqu’un dans votre famille ne se régale pas, s’il vous plaît, envoyez-le au curé pour se confesser, le prêtre le convertira de son erreur. Un certain Noël, un de mes frères dominicains, vrai ascète, m’a exhorté : ‘Frère, il faut te laisser tenter par la nourriture et le vin.’ Heureusement, je l’ai écouté. Cela ne veut pas dire qu’il faille prolonger la gourmandise. Elle nous coûte cher le lendemain et après. Mais dans les jours à venir, nous devons manger mieux que d’habitude. Nous devons manger la meilleure nourriture que nos moyens permettent. Et bien sûr, nous devons nous réjouir de la présence de notre famille et de nos amis.

Nous savons cependant que dans une ou deux semaines, le festin sera terminé. Puis, nous pourrons nous dire : ‘C’était bien, mais est-ce que tout cela a fait une grande différence dans ma vie ?’ Le festin était très joyeux, mais ensuite, nous retrouvons le rythme habituel de notre vie. Le problème est que notre vie ne change pas après Noël. Je ne veux pas être un rabat-joie, mais un banquet n’est pas éternel. Alors, on peut se demander : ‘Tout ce festin, est-il simplement une tradition humaine ? Est-ce que Noël est simplement l’occasion d’une belle soirée ? Est-ce que Dieu nous encourage à nous satisfaire d’un banquet ? Ou est-ce que le festin est simplement une invention humaine ajoutée à la célébration de la naissance de Jésus ?’

Nous pouvons aussi nous demander : ‘Trouve-t-on un festin dans l’histoire biblique de Noël ?’ La réponse n’est pas évidente. Dans le récit, Marie et Joseph ne mangent rien. Ils sont pauvres. Ils n’ont pas même assez d’argent pour se payer une chambre à l’auberge. De plus, Marie ne pense pas au banquet, elle vient d’accoucher. Les bergers ne mangent rien. Personne ne mange et personne ne boit du vin à la naissance de Jésus. Mais nous, nous réjouissons des plats et des vins pendant plusieurs jours. Alors, pourquoi ? Est-ce que Dieu souhaite vraiment ce festin ?

Si nous faisons attention aux événements du premier Noël, nous pouvons trouver le sens profond de notre festin. Je crois que Dieu nous invite à nous réjouir de tous les biens de la création dans ces jours, mais la raison pour cette invitation est subtile. Les bergers ont une rencontre étonnante avec les anges. Ils sont enveloppés de la gloire céleste qui les saisit d’une grande crainte. Cela arrive toujours dans la Bible quand les anges se manifestent aux hommes. Les anges commencent toujours leurs messages avec les mots : ‘N’ayez pas peur !’ A savoir, la gloire des anges bouleverse les visionnaires. La clarté angélique est géniale. Les hommes pensent qu’ils vont mourir. La gloire des anges n’était pas une illusion pour les bergers, car ils peuvent voir ceux-ci avec leurs yeux. Alors, les bergers retrouvent la paix. Bien sûr, ils commencent à sentir un grand plaisir dans la beauté des anges. Quelle belle lumière céleste ! Quelles belles voix angéliques ! Le message des anges parle d’un bébé à Bethléem, le Messie, qui se trouve dans une crèche. Les bergers attendent un Messie né d’une bonne famille avec argent et statut social, puisque le messie doit sauver Israël de ses persécuteurs. Je suppose que les bergers n’avaient pas vraiment compris le message des anges avant leur arrivée à Bethléem. J’imagine que les bergers étaient choqués quand ils ont trouvé l’enfant Jésus dans la crèche. ‘C’est le Messie, ce pauvre garçon ?’ Mais les bergers semblent être tout à fait heureux à l’étable où Jésus était né. Les bergers ne disent pas : ‘Le petit Jésus est très mignon, mais les anges étaient quand même beaucoup plus intéressants. Nous voudrions bien voir les anges encore. Ils étaient superbes.’ Non, leur émerveillement devant le petit Jésus est même plus grand qu’il n’était avant. Alors, que voient les bergers ? Joseph et Marie font l’expérience du même émerveillement. Le récit biblique parle peu de ce couple, mais nous voyons bien leur attitude dans les reproductions de l’art chrétien. Souvent, nous voyons Joseph et Marie à genoux adorant Jésus, tout content, tout joyeux. Que voient-ils ? Joseph et Marie ne sont pas du tout dérangé par la présence des bergers. Joseph ne dit pas aux bergers : ‘Pourquoi avez-vous amené toutes vos brebis ? Il n’y a pas assez de places, et vos bêtes font trop de bruit.’ Marie ne dit pas à Joseph : ‘Chéri, les bergers sentent très mauvais. Peux-tu leur demander de partir ?’ Pas du tout. Alors, pourquoi cet émerveillement devant le petit Jésus ?

Je pense que l’exemple des enfants peut nous aider à comprendre. Vous savez, souvent les enfants sont beaucoup plus ouverts à la beauté de la réalité que nous, adultes sophistiqués. Les enfants qui croient en Jésus ont une simplicité qui les ouvre à reconnaître Dieu d’une manière étonnante. Ils peuvent comprendre des éléments de cette réalité qui nous échappe. J’ai un ami dont le neveu s’appelle Tristan. Quand Tristan avait un ou deux ans, il était le plus petit de la famille. A chaque réunion familiale, tout le monde l’adorait. Tristan était très content d’être le centre de toutes les attentions. Ensuite, mon ami et sa femme ont eu leur premier enfant, Pierre. Donc, Pierre est devenu le centre de toutes les attentions aux réunions familiales. Tristan n’était pas content, et pendant que tout le monde regardait Pierre, Tristan criait : ‘Il n’est pas mignon.’ C’est une réaction naturelle de jalousie. Mais vous savez, aucun enfant devant la crèche n’a dit aux autres : ‘Jésus n’est pas mignon.’ Avec Jésus, il n’y pas de jalousie, même quand il est le centre des attentions. Pourquoi ? Que voient les enfants ? Tout le monde regarde Jésus, et personne n’est jaloux. Pourquoi ?

Par leur foi simple et profonde, les enfants reconnaissent souvent une vérité réelle. Vous-savez, la vie de la Trinité n’est pas semblable aux vies des dieux grecs dans les anciens mythes. Le père, le fils et le saint Esprit ne demeurent pas dans les nuées en jouant sur des harpes et en mangeant des raisins comme les dieux grecs. La vie de Dieu n’est pas une soirée longue et ennuyeuse. Le Fils de Dieu ne dit pas : je souhaite avoir quelques amis, je vais m’incarner en Jésus. Pas du tout. La vie divine consiste dans une joie infinie, une extase amoureuse. Dieu n’a pas besoin de nous. Quand le Père envoie le Fils, quelle en est la raison ? Dieu vient par amour gratuit. Sa simple volonté de partager sa bonté conduit le père de nous donner son fils. Jésus n’est pas venu pour se satisfaire lui-même, il est venu simplement pour donner la vie divine.

Quand un petit enfant devient le centre des attentions, il ne fait rien. Il est là, il est mignon et tout le monde l’adore. L’enfant sourit parfois, mais c’est tout. Quand Jésus est venu, il n’était pas simplement mignon. Quand nous offrons notre attention et notre amour à Jésus, il nous donne bien davantage en retour. Les enfants le reconnaissent avant nous, les adultes. Jésus s’offre lui-même à tout le monde, sans exception. Il n’y a pas de concurrence, donc, personne n’est jaloux. Le petit Jésus est là, tout simplement, pour partager la paix divine et la vie sans fin.

Quand Marie, Joseph et les bergers regardent Jésus, ils voient un bébé et ils voient la gloire de Dieu. La Beauté de Dieu rayonne du visage d’un enfant. C’est la raison pour laquelle les bergers n’ont pas de nostalgie pour la gloire des anges. Joseph et Marie sont pauvres, ils ont froid et personne dans le village ne les a accueillis. Il y a peu de lumière dans l’étable et les brebis sont trop nombreuses, mais tout cela n’a aucune importance. Joseph et Marie n’ont rien, mais ils n’ont pas de souci, car ils se réjouissent dans la présence de Jésus et de la lumière surnaturelle sur son visage.

Mais il y a un dernier détail dans cette histoire. Marie n’a pas déposé son enfant sur n’importe quelle section de l’étable. Elle l’a mis sur une mangeoire, comme le texte grec nous dit. Jésus se trouve sur le blé qui nourrit les animaux. Jésus ne manifeste pas simplement la gloire de Dieu. Il nourrit l’âme de Marie, de Joseph et des bergers. Ils se rassasient dans leur esprit, ils se réjouissent d’un festin spirituel. C’est la raison pour laquelle ils peuvent supporter toutes les difficultés concrètes que leurs vies leur imposent.

Nous sommes invités à un double-banquet. Dieu nous invite au festin naturel, avec une nourriture riche et du vin. Nous devons trouver un grand plaisir dans ces biens de la création physique. Mais Dieu nous invite aussi au festin surnaturel. Chaque personne qui venant adorer le Christ va être nourri. Celui qui adore Jésus sera rassasié dans la profondeur de son âme. La plus part des personnes ne feront pas l’expérience de ce festin spirituel. Mais quelques-uns parmi nous ressentiront quelque chose. Je crois que des personnes ici entendront dans leur cœur Jésus dire : ‘Coucou, je suis là !’ Mais même s’il n’y a pas d’expérience sensible pour vous, tous ceux qui adorent Jésus seront remplis de sa lumière.

Aujourd’hui, nous avons le choix. Nous devons tous nous réjouir du festin naturel, mais c’est un banquet temporaire. Nous pouvons aussi accepter l’invitation au banquet surnaturel et adorer le Christ dès aujourd’hui. Ce dernier festin demeure à jamais.

 

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