Les Mystères Douloureux avec le P. Jean-François Galinier-Pallerola, o. p.

Le meurtre d’Abel

Or Yahvé agréa Abel et son offrande. Mais il n’agréa pas Caïn et son offrande, et Caïn en fut très irrité et eut le visage abattu. Yahvé dit à Caïn : « Pourquoi es-tu irrité et as-tu le visage abattu ? Si tu es bien disposé, ne relèveras-tu pas la tête ? Mais si tu n’es pas bien disposé, le péché n’est-il pas à la porte, une bête tapie qui te convoite, pourras-tu la dominer ? » Cependant Caïn dit à son frère Abel : « Allons dehors. » Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua. (Genèse 4, 4b-8).

Le sang du premier meurtre commis par l’homme est celui d’Abel, le juste, le pasteur dont Dieu agrée l’offrande parce qu’elle est sincère. Avec la jalousie de Caïn, la violence entre dans le monde et achève de le corrompre. Elle se déchaîne contre le Christ, nouvel Abel et bon pasteur qui s’offre au Père pour accomplir sa volonté. Le sang versé d’Abel appelle la malédiction de Caïn, mais le sang versé du Christ apporte le pardon, même pour ceux qui le versent : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34).

Le sacrifice d’Abraham

Dieu dit : « Prends ton fils, ton unique, que tu chéris, Isaac, et va-t-en au pays de Moriyya, et là tu l’offriras en holocauste sur une montagne que je t’indiquerai. » […] Abraham prit le bois de l’holocauste et le chargea sur son fils Isaac, lui-même prit en main le feu et le couteau et ils s’en allèrent tous deux ensemble. Isaac s’adressa à son père Abraham et dit […] : « Voici le feu et le bois, mai où est l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répondit : « C’est Dieu qui pourvoira à l’agneau, mon fils. » […] Quand ils furent arrivés à l’endroit que Dieu avait indiqué, Abraham y éleva l’autel et disposa le bois, puis il lia son fils Isaac et le mit sur l’autel. Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils. (Genèse 22, 2 ; 8-10).

Abraham montre à Dieu une soumission totale, comme celle d’Isaac à son père, sans révolte ni hésitation. L’ange arrête au dernier moment le geste d’Abraham : le fils ne mourra pas égorgé. Isaac, portant sur son dos le bois du sacrifice dont il doit être la victime, annonce le Christ gravissant le Golgotha en portant la croix. Mais son sacrifice va jusqu’au bout : aucune légion céleste n’arrête les bourreaux car Jésus livre volontairement sa vie pour le salut du monde.

David fuyant Absalom pleure en franchissant le Cédron

Alors David dit à tous ses serviteurs qui étaient à Jérusalem : « En route, et fuyons ! Autrement nous n’échapperons pas à Absalom. » […] Le roi sortit à pied avec toute sa famille. […] Tout le monde pleurait à grands sanglots et le roi défilait dans le torrent du Cédron et tout le peuple défilait face au chemin qui longe le désert. (2 Samuel 15, 14-23).

Trahi par son propre fils qui s’est soulevé contre lui, le roi David fuit pour attirer sur lui l’armée d’Absalom et la détourner de Jérusalem. Franchissant le Cédron et gravissant les pentes plantées d’oliviers, il pleure. Dans un jardin nommé Gethsémani, situé sur cette colline, le Christ reçoit le baiser de l’ami qui le livre à ses ennemis et prend sur lui tous les péchés du monde (Matthieu 26, 36).

Jésus pleure sur Jérusalem

Quand il fut proche, à la vue de la ville, il pleura sur elle en disant : « Ah ! Si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix ! Mais non, il est demeuré caché à tes yeux. Oui, des jours viendront sur toi où tes ennemis t’environneront de retranchements, t’investiront, te presseront de toute part. Ils t’écraseront sur le sol, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le temps où tu fus visitée ! » (Luc 19, 41-44).

À l’endroit même où pleura le roi David, le Christ pleure sur Jérusalem qui n’a pas voulu se convertir, comme il pleure sur les hommes qui refusent d’accueillir le salut qu’il apporte. Dieu respecte trop la liberté de l’homme pour le forcer à accepter ce qu’il refuse. Mais le Sauveur pleure que son sang soit répandu en vain et que des hommes aillent à leur perte.

La transfixion

Les Juifs pour éviter que les corps restent sur la croix durant le sabbat – car ce sabbat était un grand jour – demandèrent à Pilate qu’on leur brisât les jambes et qu’on les enlevât. Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l’autre qui avait été crucifié avec lui. Venus à Jésus, ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais l’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. (Jean 19, 31-34).

Le coup de lance du soldat ouvre le côté du Christ et met son cœur à nu. Dès lors, ce qui était caché depuis le commencement du monde se trouve révélé : le cœur de Jésus – qui est le cœur de Dieu – n’est qu’amour. Ce cœur sacré ne saigne pas de la blessure de la lance : il a explosé sous la pression irrésistible d’un amour extraordinaire pour les hommes. Il en jaillit l’eau vive du baptême et le sang de l’eucharistie qui procurent la vie éternelle.

Dans un même esprit :
Les Mystères Joyeux, Les Mystères Lumineux et Les Mystères Glorieux

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