« Notre Père, Donne nous ! »

Homélie prêchée lors du Pèlerinage du Rosaire, le samedi 8 octobre 2011, à la messe des Commissaires et des Hôtesses.

Une fois, une seule fois, une seule fois dans l’année, habituellement, nous participons à cette liturgie de la Parole. Et c’est au soir de la Sainte Cène, au cœur de la Semaine Sainte ! Et puis, voilà que ce matin nous devenons contemporains de l’institution de l’eucharistie et de cette attitude incompréhensible qui la précéda.
De Jésus, nous savons qu’il peut surprendre, que sa parole peut choquer, que ses gestes réveillent les témoins. Et voilà que l’Église en fait autant : l’institution de l’eucharistie telle que saint Paul la rappelle, telle qu’on la lui rapporta bien des années après les faits, telle qu’il la transmet aux habitants de Corinthe, cela nous paraît évidemment normal. Mais en revanche, que l’Évangile selon saint Jean concentre notre attention sur un Jésus serviteur, simplement serviteur, voilà qui peut nous surprendre ; et d’ailleurs, nous ne serions en cela pas les premiers : Simon-Pierre s’exprima choqué lui aussi.

Jésus sert, Jésus sauve. Il faudra du temps pour le comprendre. L’étonnement que suscite cette liturgie est une grâce et une aubaine ! Jésus sert, Jésus sauve : en effet, il faudra du temps pour le comprendre, mais tout est là.
Ce Pèlerinage vient nous aider à prier avec une prière révélée par le Fils Unique du Père, Jésus ; mais cette communion dans la prière vient de plus haut. Elle est dans un lien vivant avec une personne : le fils notre frère. Cette prière nous est transmise pour que nous soyons transformés par elle ; et pour que prier « Notre Père » soit comme parler ainsi qu’un enfant, confiant. Un enfant : la vie de Dieu sera en lui, les meurs, les attitudes de l’aîné seront enseignées comme un repère. Eucharistie, Lavement des pieds ; plénitude et humilité, voilà ce qui lui sera donné, voilà ce qui nous sera communiqué.

Quand, dans le « Notre Père » nous demandons, « donne-nous », notamment « donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour », nous sommes renvoyés à ces heures bouleversantes de l’humilité et de la plénitude, du Lavement des pieds et de l’Institution de l’Eucharistie.
Désormais, nous ne voyons notre vie qu’avec cet éclairage. Nous voulons qu’il en soit ainsi. Nous espérons que « Notre Père » va nous rendre possible qu’il en soit ainsi ! Ce n’est pas gagné, on le sent, on le sait.
Mais on s’appuie alors sur ce Père, et avec notre demande «Donne-nous», nous formulons d’autres suppliques, d’autres prières : « Pardonne-nous nous nos offenses » : et nous osons avec lui nous prendre comme une référence : pardonne-nous comme nous pardonnons.
Nous le supplions de faire que nous ne consentions pas à la tentation, car nous savons, comme il le sait lui-même que nous pouvons consentir à la tentation, précisément ; et nous le supplions encore d’écarter de nous le démon. Cette remarque ne nous rappelle-t-elle pas celle de Bernadette : «Le Ciel ? Si je me le gagne ! »

Jésus sert ; Jésus sauve. Sa nourriture est de faire la volonté de son Père, « Notre Père ». Pour que l’accomplissement de cette volonté soit aussi notre volonté, nous le prions. Ce n’est plus seulement de la louange, c’est de la confiance, de la demande filiale.
Il nous demande maintenant comme toujours de faire comme il a fait : être aux pieds de son prochain, devenir le prochain de l’autre, le voir, l’aider, le guérir, veiller à sa croissance, notamment comme fils de Dieu pour qui le Seigneur livre son corps et son sang.

Servir : le commissaire, l’hôtesse sait ce que c’est ; le salut par la foi : le commissaire, l’hôtesse peuvent évidemment savoir pour une part ce qu’il en est. Servir et sauver en même temps : voilà le défi chrétien qui nous est présenté.
« Que votre parole soit toujours agréable, avec cette capacité à répondre à chacun comme il faut » pourrait aussi écrire saint Paul. C’est ainsi qu’ayant reçu la vie de Dieu, nous pourrons la refléter par notre service ; et que la reflétant nous pourrons aider ceux que nous servirons à s’interroger, à en découvrir l’auteur, le Père.

Oui, que Notre Père nous donne de grandir dans ce lien filial qu’il a voulu pour nous de toute éternité ! Et que ce soit là notre joie éternelle !
Enfin, que ces heures vécues ensemble ici aident et fortifient les heures de notre existence, les services que nous pourrons rendre, les attentions que nous pourrons porter, la prière que nous pouvons avoir les uns pour les autres, et que l’eucharistie soit toujours le lieu et le mystère où nous pourrons nous retrouver où que nous soyons, ensemble, et dans la vie de Dieu. Devenons ce que nous recevons, pleinement, le Corps du Christ Serviteur et Seigneur, les enfants bienheureux du Père.

 

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