«Notre Père, Que ta volonté soit faite!»

Homélie prêchée lors du Pèlerinage du Rosaire, le vendredi 7 octobre 2011, à la messe des Commissaires et des Hôtesses.

Quand nous étions enfants, nous nous sommes essayé, plus ou moins, au jeu des portraits à découvrir : dans un arbre, en quelques traits, par le dessin, étaient cachés et dessinés des visages. Le jeu était de les découvrir.
Aujourd’hui, c’est en deux scènes que des personnes apparaissent. On n’en verra pas quelques traits, une silhouette, mais le cœur, l’essentiel.
Nous ne serons plus des joueurs, mais des disciples. Nous ne serons pas des spectateurs amusés, des gens extérieurs à la scène ; mais des acteurs, à qui les portraits s’adressent pour que notre vie en soit transformée. Voici donc, sans surprises, les noms des personnages centraux : Jésus, Marie.
D’autres sont bien entendu impliqués : Notre Père, Gabriel ; et nous. Nous qui sommes captés par ces scènes. Nous pour qui ces mystères s’accomplissent. Nous qui écoutons pour que ces mystères passent de notre mémoire à notre manière d’être ; pour que ces mystères passent de notre pensée à notre comportement - dès aujourd’hui.

Jésus, Marie, leurs vies se résument en cette parole qui court sur nos lèvres depuis si longtemps ; « Que ta volonté soit faite », parole évangélique pour personnages évangéliques ! En contemplant ces personnages, résumés en une prière, en une espérance, nous sommes incités à pratiquer ce que leur vie a incarné ; la bienveillance « Dieu, riche en Miséricorde », Lui qui « veut que tous les hommes soient sauvés »

Certes, devant ces sentiments, cet appel qui à nos yeux peut virer en risque, chacun peut commencer à fouiller dans ses poches pour trouver un mot d’excuse, pour sortir de la pièce ; et à objecter ainsi :

- Moi, je ne suis pas Jésus : lui ce qu’il a fait était parfait, mais vous conviendrez que je n’en suis pas digne, que je n’en suis pas capable ! Mon humilité m’oblige.

- Moi, je ne suis pas Marie : elle était « l’Immaculée conception », elle a pu accomplir la volonté du Seigneur, mais je n’ai pas sa qualité, et Dieu le sait ! Et puis même si à Lourdes, on peut être galvanisé, porté par l’enthousiasme, et c’est heureux, est-ce prudent de s’engager sur plus que ces quelques jours ? Chez moi, ce ne sera plus aussi porteur… et je me connais !

Ni Jésus, ni Marie, en effet : nous ne sommes ni l’un ni l’autre. Mais c’est avec eux que nous voilà ici. L’auditeur que nous sommes et le contemplatif que nous pouvons être, en regardant la volonté du Père accomplie par ces deux personnes, se souviendra que de Nazareth, il semblait entendu qu’il ne pouvait rien sortir de bon : pourtant, l’histoire aura tranché. Marie y était, Jésus y aura été conçu en cette heure de l’Annonciation : ils y auront vécu tous les deux des dizaines d’année. La Parole de Dieu s’y sera accomplie. Et le monde en aura été changé !
De Lourdes aussi, il y a un peu plus de cent cinquante ans, on ne donnait pas trop cher : une bourgade, les Pyrénées au-dessus, le Gave à côté, le petit Lapaca qui traversait la ville, une Masse-vieille en-dessous devenue « tutte aux cochons », oui, que pouvait-il en sortir de bon ?
Pourtant, « Aquero » y viendra et s’y fera reconnaître « Immaculée Conception », Bernadette en sortira, des dizaines de millions de personnes dont nous-mêmes, y redécouvriront la grâce de la charité, l’essentiel du message de Jésus-Christ qui fait les commissaires et anime les hôtesses !

Ce matin, Jésus et Marie nous sont rappelés comme ceux qui surent accomplir la volonté du Père. Ils nous sont rappelés comme ceux par qui cette volonté a été connue et pratiquée pleinement, « à fond ». Et ce qu’elle a produit pour nous : la grâce. Ce matin, « la Dame » nous murmure en souriant cette question heureuse, comme une lumière pour cette journée : « Voulez-vous me faire la grâce de venir ici ? » Qui n’aimerait répondre : « Oh, oui ». Ayons la sagesse de ne pas glisser l’objection du « Mais… ».

Que notre engagement à suivre la volonté du Père soit porteur de grâce pour chacun de nous et pour ceux qui grâce à nous aussi pourrons mieux découvrir la présence du Seigneur, ce qu’ils sont pour lui et pour les autres, et ce que le Seigneur aimerait réaliser avec eux.
Peu importe désormais le lieu d’où l’on arrive : qu’il soit Jérusalem ou Nazareth, Paris ou Nazareth ; peu importe pour cela le lieu où l’on retournera. Il sera toujours nourri, de ces heures vécues ici ; transformé – qui ne le sait ! – par les heures de sourire et de service, de prière et de joie, de fatigue et de pleurs, d’impatience et de bonne volonté, de pénitence et de retrouvailles, d’intercession et de silence. Et la source de Massabielle irriguera cette charité, qui seule au long des jours permet de lancer cette prière de Jésus : « Père, que ta volonté soit faite ! » et de le faire « par lui, avec lui et en lui », et d’y communier comme Marie déjà à Nazareth en disant : « Qu’il me soit fait selon ta Parole ! »

 

Category:
Français