« Notre Père, Que ton Règne vienne, avec les Béatitudes »

Homélie prêchée lors du Pèlerinage du Rosaire, le jeudi 6 octobre 2011, à la messe des Commissaires et des Hôtesses.

Pour vous faire une confidence, en ces heures matinales où nous sommes encore entre nous, je vous dirai qu’il y a deux choses que peut redouter un prédicateur :
• Prêcher à des enfants, pouvoir leur dire de façon simple quelque chose qui marquera leur vie ;
• Prêcher sur les Béatitudes au programme paradoxal et si souvent entendu.
• Une troisième chose aussi : prêcher sur les béatitudes à des adultes familiers de leur formulation et qui ont de l’expérience. Bref, s’adresser alors à des personnes à qui « on ne la fait plus » : les rêves ne servent plus alors les paradoxes, et l’exaltation ne fonctionne plus guère. Seule la réalité peut avoir du crédit. Dans ce cas les expressions comme : «bienheureux les pauvres de cœur », « bienheureux les doux », sans compter avec « bienheureux les persécutés à cause du Royaume des Cieux » ne semblent pas être les bienvenues.

Nous voici obligés d’atterrir. Une remarque nous y aidera : « La vie la plus dure n’est pas celle des hommes qui affrontent la mer, fouillent la terre ou cherchent de l’eau dans les déserts. La vie la plus dure est celle de l’homme qui chaque jour, sortant de chez lui, se cogne la tête au linteau parce que celui-ci descend trop bas ». L’image nous marquera. Les béatitudes ont un avantage : elles élèvent le linteau ; leur programme ne manque pas d’allure, même si nous avons parfois l’impression que ce n’est pas fait pour notre quotidien…

Seulement quand nous nous sommes levés ce matin, nous nous sommes rappelés de cette demande du « Notre Père » : « que ton Règne vienne ». Le Règne de Dieu n’est pas sans lien avec les Béatitudes proclamées par Jésus… C’est pourquoi, nous osons aujourd’hui réécouter ces proclamations de Jésus comme si elles étaient faites pour nous. Nous ne pensions d’ailleurs probablement qu’à cela, en nous disant les uns aux autres, en chemin : « Mais comment va-t-on faire pour faire advenir ce Règne divin autant que paternel ! »


Nous pouvons vivre ces paroles. Approchons-les de notre quotidien. Qu’elles battent en nos cœurs :

1. La béatitude des pauvres selon l’esprit, nous donne le sentiment de la sainteté du nom divin, avec une sainte crainte, avec la conscience de devoir adorer et respecter Notre Père. Demandons que nous soit accordé ce don de crainte ! Notre service dans le Pèlerinage sera éclairé par cette humilité.

2. Si les doux sont béatifiés, c’est que le don de piété a illuminé leur cœur. Soyons de ceux-là. Demandons l’avènement du règne du Seigneur: que ce don de douceur freine toute résistance et nous fasse espérer : «que ton Règne vienne». Que la charité expérimentée dans notre comportement ces jours-ci ne passe pas lorsque nous allons quitter Lourdes ! Tant de personnes pourront découvrir ainsi la vraie vie !

3. Mais voilà aussi que ceux qui pleurent sont dits heureux : tout simplement parce qu’ils voient comme Dieu voit, et combien souvent y a-t-il des sujets de peine ! Cette science nous stimulera : nous aimerions changer quelque chose à la vie ordinaire des hommes : prions donc pour que s’accomplisse la volonté du Père ; car nous serons alors consolés.

4. Les affamés et assoiffés de justice sont nombreux. Nous en sommes peu ou prou. Nous avons alors besoin de la force de Dieu. Qu’elle nous vienne par le pain de vie, notre pain quotidien. Que nous puisions notre force dans l’eucharistie, particulièrement lorsque nous ne sommes pas à Lourdes !

5. Mais il y a encore ces mots : « Heureux les miséricordieux ». Nous pouvons participer aux sentiments du Père, à cette miséricorde divine. Prenons-nous le temps d’y penser ? Cela se fera par le don de conseil, reçu de Dieu, de sa Providence. Dans cette sagesse, nous pouvons comprendre ce que veut dire : remettons nos dettes pour que les nôtres nous soient remises. Nous ne murmurerons pas jalousement contre les autres, mais nous deviendrons libres, comme le ressuscité !

6. Les cœurs purs connaitront la béatitude : ils verront Dieu. Nous aspirons à cette intelligence. Prions pour n’avoir point un cœur double, partagé dans la poursuite des biens temporels, source de nos tentations, ni un cœur recroquevillé, alors que nous expérimentons à chaque instant qu’il y a « plus de joie à donner qu’à recevoir »!

7. Enfin, être artisan de paix est un sommet difficile à atteindre. Mais nos services et tout le monde attendent cela de nous ! Le don de la sagesse est à demander à Dieu pour être des pacifiques, des pacifiés, des pacifiants. Prions pour être délivrés du mal, pour être transformés en libres fils de Dieu. Imitons le Seigneur « doux et humble de cœur », dont la première parole de Ressuscité est « Paix à vous ». Que ce message soit inscrit dans vos cœurs, lisible dans votre regard !

Le « sermon sur la montagne » tape haut, mais la prière du Seigneur en est l’âme, pour notre croissance. La voix de Jésus frappant nos oreilles est descendue en nos cœurs. Les béatitudes nous pressent de nous appuyer avec simplicité sur le Seigneur. Notre cœur va plus que jamais battre dans un lien affectif, effectif et fidèle avec lui. Alors, heureux êtes-vous de réaliser ensemble cela, ici, avant de le vivre aussi chez vous!

 

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