Croire

Homélie prêchée le Jour de la Résurrection 2010.

« Il vit et il cru ». La phrase achève l’évangile de la résurrection proclamé ce matin de Pâques. Il n’est pas indifférent que le verbe qui achève le récit du matin de Pâques soit le verbe croire ? La célébration de Pâques est une grande célébration baptismale centrée sur le symbole de la foi qui commence par le verbe croire : « credo, je crois ». Ce verbe dit une action dont il importe de relever la richesse de sens. Elle est explicitée en français par les adverbes qui explicitent ce que signifie le verbe croire et qu’il n’est pas inutile d’avoir présent à l’esprit. Nous disons : « je crois en Dieu » et « je crois à la communion des saints ». Il y a donc croire en, mais aussi croire à et croire que. « Croire que » ou « Croire à », c’est donner une adhésion à une proposition et la tenir pour vraie. Il n’y a pas de preuve, ni d’expérience vérifiée, mais le fait de tenir pour vrai ce qui dépasse la portée de nos observations ou la force de nos argumentations. Cette attitude est à la source de la plupart de nos connaissance puisque nous nous avons cru à nos parents, nous croyons à l’information transmise par notre journal préféré et à ce que disent ceux qui ont la compétence. Dire « croire en », c’est reconnaître que l’on fait confiance en la personne qui porte la vérité, qui porte la lumière d’une confiance qui s’adresse, non à ce qu’il dit, ni à sa fonction, mais à ce qu’il est en lui-même. Ce qui prime c’est la relation. Ainsi par notre baptême nous affirmons croire en Dieu. C’est à dire que le croyant lui fait confiance, s’appuie sur lui et plus encore lui remet sa vie.

Cette confiance est-elle raisonnable ? Plus encore, cette remise de soi à Dieu est-elle réaliste ?

Pour répondre oui, il convient de relever que nous ne donnons pas notre vie à n’importe qui, mais à celui qui s’est révélé dans une longue histoire qui nous est rapportée dans la Bible. Notre réponse à l’appel de Dieu n’est pas arbitraire, car il repose sur l’expérience partagée par bien des générations.

Pour le voir, il faut écarter une confusion. On parle d’histoire sainte. Oui, l’expression est classique, mais il ne faut pas penser qu’une telle histoire serait celle de personnes qui ont été des modèles de perfection. La Bible rapporte les erreurs, les fautes, voire les horreurs commises par les hommes de religion. Paradoxalement, c’est là une raison d’espérer, car la Bible n’est pas un conte moral puisque l’histoire de Dieu avec l’humanité est une histoire du salut. C’est avec une humanité marquée par le péché que Dieu a fait alliance. Le spectacle de ses turpides, voire les énoncés qui compromettent le nom de Dieu, ne nous invitent pas au mépris, mais nous donnent confiance pour commencer de vivre où que nous soyons.

Nous croyons en un Dieu plus grand que notre cœur. Aussi ce matin de Pâques nous nous reconnaissons dans l’apôtre bien aimé ; il voit le tombeau vide, rangé car ce n’est pas une effraction motivée par la haine ; il croit que Dieu a répondu à son fils qui sur la croix avait demandé le salut. Il croit ; il lui remet sa vie. Il naît à l’aventure de la foi.

Ainsi notre foi est-elle une réponse à l’angoissante question qui taraude nos amis et nos proches : la vie a-t-elle un sens ? Nous n’y répondons pas seulement par des discours, mais par une foi vivante. Ils tissent un réseau de gestes simples, mais surtout ils creusent en nous le désir de la présence – celle d’une vie donnée.

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