"Fais-nous participer à la divinité de ton Fils..."

Frères et sœurs,

Un enfant nous est né, un fils nous est donné. Dans la foi joyeuse nous l'avons accueilli, contemplé, adoré au cœur de cette nuit qui « resplendit des clartés de la vraie lumière ».
A l'aurore, les yeux émerveillés par sa splendeur, nous avons loué l’enfant Jésus, "Lumière née de la Lumière", demandant que sa lumière « resplendisse dans toute notre vie. »
Ce matin nous implorons le Père de « nous faire participer à la divinité de son Fils, puisqu'il a daigné prendre notre humanité. »

Celui que, durant l'Avent, nous avons espéré, nous le contemplons depuis cette nuit, avec les yeux de la foi, une foi vive, amoureuse, nourrie de la Sacra pagina[fn]cf Ia Q. 1.[/fn], portée par la grande liturgie de notre Mère l'Eglise.

Alors comment ne pas laisser nos cœurs déborder de joie avec le disciple bien-aimé : "Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie; -car la Vie s'est manifestée: nous l'avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue- "[fn]1Jn 1,1-4.[/fn]

Et Marie, vierge chaste et pure est là, encore et toujours, « au cœur de l'Eglise pour la soutenir par le silence de sa contemplation ».[fn]Cardinal Journet.[/fn]
Elle est au coeur de nos familles, de nos communautés, avec son amour de Mère qui nous aide à garder tous ces évènements et à les méditer.

Alors nous tressaillons de joie comme "ces bergers qui repartirent en glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé."[fn] Lc 2,20.[/fn]

Pourtant nous risquons de nous contenter d'un regard humain, trop humain, et de passer à côté de la profondeur du mystère.
Trop de regards ne voient en Jésus, quand ils le voient encore, que l'enfant attendrissant et son seul sillage humain. C'est rester à la surface d'une eau profonde, océan sans fond. S’il est vrai homme, il est aussi Dieu véritable.

L'évangile de la Messe du jour nous presse de confesser en ce petit enfant, le Verbe fait chair, le Verbe consubtantiel au Père.
De toute éternité le Père engendre le Fils, « Reflet resplendissant de la gloire du Père, expression parfaite de son être. »[fn]Hb 1,3.[/fn]
Il ne l'a pas engendré dans un "autrefois" lointain, mais Il l'engendre dans un acte sans commencement ni fin. Ce Fils, "Lumière née de la Lumière", "vrai Dieu né du vrai Dieu", le Père l’engendre dans un éternel présent.
Nous le chantions au cœur de cette nuit de Noël: "Le Seigneur m'a dit : Tu es mon Fils, moi, aujourd'hui je t'ai engendré."[fn]Ps 2,7.[/fn] Ce Fils engendré, non pas créé, qu'avec saint Jean nous nommons VERBE , le Père met en lui toute sa complaisance éternelle. Ce "Fils unique tourné vers le sein du Père", aime le Père. Dans le regard d'amour qu'ils échangent dans la simplicité de l'essence divine, le Père et le Fils, spirent le Saint-Esprit, leur baiser commun.

Or ce Verbe que le Père engendre dans un éternel silence, "qui porte toutes choses par sa parole de puissance", nous est apparu, ‘‘infans’’, incapable de parler, dans le silence d’une étable obscure, c’était à Béthleem de Judée.
Aussi c'est dans le silence de nos âmes fidèles qu'il désire naître à nouveau, tout comme il naquit dans le silence de l’étable d’une Vierge chaste, pure et fidèle. Et « l'âme n'est jamais satisfaite si le Fils de Dieu ne naît pas en elle. »

Ce petit enfant enveloppé de langes, couché dans une mangeoire, l’enfant qui ravit les cœurs de Marie et de Joseph, qui transporte d'allégresse les bergers, leur donne le branle ainsi qu’aux mages et fait trembler Hérode, les puissants et les savants de ce monde, ce fragile enfant est le Verbe éternel de Dieu que nous contemplons, adorons, endormi dans le silence de la crèche.

Si, à certaines heures une mère pourra dire de son petit enfant qu’il est adorable, ce sera de manière impropre, par excès d’amour maternel, car l'adoration n’est due et ne peut être rendue qu'à une Personne Divine.
Marie, au contraire le dit de la manière la plus appropriée qui soit, car en Jésus, son petit enfant « plein de grâce et de vérité », par la foi elle contemple le Fils éternel de Dieu, le Verbe, qui est, à proprement parler, ADORABLE, non seulement pour elle, mais pour nous tous.

Ce petit enfant contemplé par Marie, « plein de grâce et de vérité » est adorable, et nous l’adorons à genoux « car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » selon le dit de l’Ange à Joseph.[fn]Mt 1, 21.[/fn]
A genoux, geste que nous avons laissé se perdre, hélas, c’est à genoux que nous devons adorer en proclamant avec le Credo : « Pour nous les hommes et pour notre salut Il descendit du ciel ; par l'Esprit Saint il a pris chair de la Vierge Marie et s'est fait homme. »

En daignant prendre notre humanité, le Verbe, venu chercher ce qui était perdu, veut nous communiquer cette grâce et cette vérité, il veut nous donner part à sa divinité.
« Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce sur grâce.
La grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
» écrit Jean au Prologue.

« O admirabile commercium ! Ô admirable échange ! Le créateur du genre humain, assumant un corps et une âme, a daigné naître d'une Vierge et, devenu homme sans l'intervention de l'homme, Il nous a fait don de sa divinité. »[fn]Antienne de l'octave de Noël.[/fn]

Vivons de et dans la foi, repassant toutes ces choses en nos cœurs, avec Marie, les murmurant sans cesse devant la crèche, dans nos maisons et nos églises, en chemin, rosaire en main. Laissons fleurir sur nos lèvres, en nos cœurs la grande prière de l’Eglise qui est nôtre.
« DEUS, qui humánae substántiae… »
Dieu, toi qui as merveilleusement créé la dignité de la nature humaine
et l’a plus merveilleusement encore rétablie,
Fais-nous participer à la divinité de ton Fils,
puisqu'il a daigné devenir participant de notre humanité.

Amen !

L'auteur de cette homélie

Category:
Français