Jésus à Gethsémani

Une méditation parue dans la Revue du Rosaire de février 2008

Lors de la dernière nuit vécue avec ses disciples, Jésus s’était retiré avec eux à Gethsémani. Là, il leur avait demandé de veiller et de prier avec lui. Accablés de sommeil, les disciples se sont endormis, laissant Jésus seul. La scène est en parallèle antithétique avec ce qui s’était passé lors de la Transfiguration : les trois disciples étaient tombés dans la torpeur lorsque s’était manifestée la gloire de Jésus. À Gethsémani, ils sont dépassés, écrasés de tristesse et ils dorment, incapables de suivre Jésus.

Jésus laisse monter en lui tout ce qui dans l’homme est « vouloir vivre ». Certes Jésus savait qu’il devait mourir – comme tout homme –, savoir tenu à distance par les activités de la vie. Jésus savait qu’une vie sans souffrance est une vie rêvée. Plus encore, Jésus savait que sa vie était menacée, car son ministère avait pris un tournant décisif lorsque Jean-Baptiste avait été mis en prison et tué, pour avoir osé dire avec force l’exigence de la vie droite et honnête. Jésus savait qu’en montant à Jérusalem il aurait à souffrir par les puissants et les impies. Mais entre le savoir et se trouver confronter à la réalité, il y a un abîme. Jésus sent monter en lui tout ce que la mort apporte de désarroi et d’angoisse. Il l’exprime : « Père que cette coupe passe loin de moi. »

Jésus n’ignore pas que la volonté de Dieu son Père est qu’il rassemble dans l’unité les enfants de Dieu dispersés, et que cela doit passer par l’accomplissement de ce que prophétisaient les pages mystérieuses consacrées par le prophète Isaïe au Serviteur souffrant. Or une chose est de connaître cette volonté quand l’ardeur de la vie l’emporte et permet de faire face à l’adversaire, mais à cette heure de nuit et de solitude, il faut connaître cette étape dans ce qu’elle a de plus amer. Jésus l’accepte définitivement en toute lucidité – une lucidité qui lui coûte et le taraude au plus intime de son corps humain et de son âme. Son entrée dans le mystère de la Passion est un don sans réserve, fait en toute lucidité.

Fra Angelico a introduit une grande nouveauté dans la cellule du couvent où il a représenté la scène. Il y place dans une maison voisine deux femmes, Marthe et Marie de Béthanie, sœurs de Lazare. À la maison, Marie lit la Bible, tandis que Marthe les mains jointes écoute la lecture faite par sa sœur. Que lisent-elles ? Sans doute les paroles des prophètes qui annoncent que par le chemin de la Passion, la vie sera donnée au peuple, selon ce qui est écrit par le prophète Isaïe du Serviteur souffrant. Ainsi, en ces terribles circonstances, les femmes se manifestent-elles meilleures disciples que les hommes : elles veillent et prient avec lui ; elles seront au pied de la croix et les premières à être témoins de la Résurrection.


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