La Transfiguration : fête de la lumière!

Fête de la lumière ! Fête célébrée en son temps, quand la chaleur de l’été marque la campagne de son poids et quand l’éclat de la lumière peut blesser nos yeux. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est dans la révélation faite aux disciples.

La transfiguration demande d’abord à être vue du côté des disciples. Le texte français traduit leur réaction par le mot « frayeur », ce qui est bien faible. Ce terme renvoie à une tradition prophétique, illustrée par Moïse et Élie. Ils ont rencontré le Dieu vivant dans l’éclat d’une lumière éclatante introduisant une rupture dans l’ordre du monde. Ils furent surpris, car ce n’était pas inscrit d’avance dans leur projet… mais cette surprise devint étonnement : quelque chose s’est arrêté dans le cours de leur vie. Ils ont été ébranlés ; les certitudes, les habitudes, les rituels convenus ont perdu toute pertinence. Cette saisie est exprimée par le terme « frayeur ». Ce qui était en place a été ébranlé ; une brèche a été ouverte dans la muraille des clôtures, voire des préjugés, qui enserrent la vie et rassurent à bon compte. De même, aujourd’hui, les disciples ont été conduits à cet état où les évidences non vérifiées, les héritages et les traditions sont invitées à réexamen et où, surtout, il faut inventer. Ainsi Pierre, se souvenant de l’Exode où la gloire de Dieu venait sur Moïse dans la « tente de la rencontre » se propose de dresser des tentes – comme jadis. Il faut passer à autre chose.

Dans le récit de la transfiguration, cette déstabilisation n’est qu’un premier temps. Une parole vient à se faire entendre et c’est là l’essentiel. Dieu désigne Jésus comme son « Fils bien aimé » et par là se situe en Père et donne à Jésus un titre qui va plus loin que le titre messianique.

Cette parole n’est pas neuve pour les disciples. Lors du baptême, au temps où ils étaient avec Jean-Baptiste, ils ont pu l’entendre. Ce fut alors dans la discrétion, dans le contexte pénitentiel du baptême par Jean. Maintenant c’est la même parole ; elle est riche de tout ce que les disciples ont vécu avec Jésus ; elle confirme ce qu’ils ont vécu pendant des mois et leur dit le sens de ce qu’ils ont pu voir, entendre ou percevoir. Ils sont confirmés dans leur suite de Jésus et leur participation à sa mission. Mais cette parole n’est pas seulement une confirmation, elle ouvre l’avenir.

Nous qui venons dans le temps de l’Esprit, nous savons qu’elle a été prononcée par un Dieu pour qui dire c’est faire. Elle se réfère à la résurrection, le moment où Dieu dit à son envoyé : « Tu es mon fils – tu es mon bien aimé ». Ce n’est pas parole en l’air, mais l’acte même de la résurrection qui n’est pas seulement un retour à la vie, mais une glorification, une exaltation (symbolisée par l’ascension, montée au ciel). La résurrection réalise ce que dit le psaume de la liturgie dominicale : « Tu es mon fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré » (psaume 2) – cet aujourd’hui dont l’épître aux Hébreux nous dit qu’il est celui de la résurrection. La parole entendue par les disciples aimés par Jésus les ouvre sur cette perspective et leur révèle qu’il ne faut pas réduire la vie de Jésus à ce qu’ils perçoivent au fil des jours. Il y a un lien entre lui et Dieu son Père qui est un mystère insondable. Leur soif de le connaître commence à poindre.

Les apôtres seront témoins de cet événement – plus tard. Mais il importait à Jésus de leur faire entrevoir ce qui viendra plus tard en entrouvrant le voile pour leur donner la force de porter l’épreuve qui vient: l’humiliation du Fils lors de la passion.

Nous qui entendons cette même parole nous sommes plus loin dans le cours du temps que les disciples. Nous sommes plus avancés au sens où, comme je le disais à l’instant, nous savons ce qui est advenu à la fin. Nous savons qu’il a été glorifié. Mais comme l’histoire n’est pas achevée, nous avons besoin d’entendre cette parole pour affronter la difficulté présente.

Ainsi la parole dite aujourd’hui est nous est dite à nous qui cheminons. La lumière de la foi nous aidera à affronter les épreuves présentes et à venir, et ainsi à aller de l’avant vers le temps où tout sera dans la lumière.

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