Les Origines du Rosaire

a - L’expérience de la prière :

Pour des chrétiens, le choix de prier ensemble, le partage d’intentions, d’action de grâce ou d’épreuves, la grâce qui unit les cœurs, le Seigneur qui est là au milieu de ceux qui sont réunis en son nom, comme il l’a promis, font que la prière a une place à part et unique dans la vie de leur foi. Elle est comme une écoute ou une conversation amenée, guidée, entretenue par l’Esprit Saint, et par la communion spirituelle, et naturellement par la volonté de chacun, en chacun des baptisés.
Elle est l’expression de la confiance dans le Seigneur, leur Sauveur ; elle est un recours aux diverses réalités que le Seigneur nous a destinées pour nous aider à entre dans sa vie et dans sa demeure ; et parmi elles, se situent l’écoute de sa Parole, et l’exemple encourageant de sa Mère, la Vierge Marie. Elle est aussi comme un lieu où s’exprime Celui en qui ils croient, et leur prière chrétienne et la doctrine révélée qui la nourrit, se nouent dans leur cœur et dans leur groupe.
L’expérience nous apprend encore que les personnes avec qui nous avons prié fréquemment, nous sont habituellement liées, comme par une complicité spirituelle, d’une autre manière ou sur au autre plan que ce que nous avons toujours expérimenté par le réseau familial, scolaire ou social.

Nous retrouvons ces deux réalités dans une forme particulière de la prière chrétienne : la Prière du Rosaire qui se présente depuis… 1470, date de la première Confrérie érigée à Douai par le bienheureux dominicain Alain de la Roche, alors frère depuis 1464 de ce couvent de Douai.
Cette tradition de la Prière du Rosaire sur un fond commun a pu revêtir des formes diverses en près de 550 ans ou développer diverses branches ! Elle aura pu rayonner depuis en tant de lieux et de continents. Elle sera aussi venue vers les hommes depuis le cœur de Notre-Dame, quand elle se présenta, par exemple à Bernadette, à Lourdes, au lieu sinistre de la Masse-vieille (= Massabielle) auprès du Gave, le 11 février 1858.
Mais avant d’être comme un arbre solide, une référence pour le peuple chrétien, la prière du Rosaire fut un germe. Elle bénéficia donc d’une terre favorable où elle développa des racines pour que son ombre un jour nous accueille et nous protège.


b - Le Rosaire, combien de définitions ?

Qu’associez-vous au nom « rosaire » ? Une prière, une fleur, la Vierge Marie, une coutume, un groupe de personnes, un murmure dans une chapelle, des tableaux anciens ou une statue, un lieu, un pèlerinage, une vague notion, ou simplement rien du tout ?
Bref, qu’est-ce que c’est ? Si vous posiez cette question à des français, et s’ils répondaient, les propos seraient différents : un objet, le chapelet ; une prière à la maison ou à l’église ; une récitation d’autrefois (en famille, à l’église, à la chapelle de l’école…) ; un pèlerinage national ; un lieu : souvent Lourdes ; des religieux ou religieuses : souvent, les dominicains, mais d’autres aussi ; des publications ; un site « internet » avec son « rosaire perpétuel » ; etc. Sans doute l’usage des « site internet », « mails », « blogs » fera qu’il sera de plus en plus difficile de percevoir en sa profondeur le symbole du « rosaire » ou le pourquoi de cette rose, ce qui est caché derrière ce mot très utilisé de « rosaire », mot pluriséculaire, égrainé, aidant la prière.


c – Le Rosaire incompris :

De plus, il existe de fortes critiques venues « de l’intérieur », dites par de personnes ferventes et reconnues dans l’Eglise catholique latine, celle qui a prôné la prière du Rosaire. Je ne citerai que celles de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face qui, il y a plus de 110 ans, aurait pu sembler mal augurer d’un avenir pour cette prière alors que cette sainte jouit depuis d’une aura désormais mondiale et du titre rare et remarqué de « docteur de l’Eglise ». Elle confiait le 20 août 1897 : « Quand on pense que j'ai eu tant de mal toute ma vie à dire mon chapelet ! » Et avant cela : « ...j'ai beau m'efforcer de méditer les mystères du rosaire, je n'arrive pas à fixer mon esprit. [...] Maintenant je me désole moins, je pense que la Reine des cieux étant ma Mère, elle doit voir ma bonne volonté et qu'elle s'en contente. » (Manuscrit C).
Ne pourrions-nous pas dire : marial oui, chapelet non – au sens de « ce n’est pas la peine »… Et que d’avis argumentés opposés à cette prière ou critique !


d – Le Rosaire de l’essentiel de la foi chrétienne :

Tout cela nous conduit à relever l’essentiel, à nous centrer sur cet essentiel de la Prière du Rosaire qui rejoint immédiatement la foi chrétienne, son expression assez immédiate, son ancrage dans les cœurs, dans chaque vie et dans toute une culture. Compagne de la foi, il y a eu une expression florale, artistique, liturgique, populaire, familiale, une expression humaine intégrale assumant toute la foi chrétienne. Car c’est sûrement cela qui assura la solidité fidélité à cette Prière après avoir consolidé sa venue.
Notre époque, spécialement dans le pontificat qui conduisit à l’Année du Rosaire (2002-2003) puis avec les fruits de cette année, peut se présenter comme une « époque de l’émergence renouvelée » où l’on regarde le Rosaire non pour le copier, mais pour relever dans le Rosaire une source d’inspiration. Sans nul doute, le rosaire est un moyen privilégié pour que le Christ vienne en nous.
Apôtre du Rosaire, inventeur d’une forme de la prière du rosaire : celles des Équipes du Rosaire (à partir de 1955), l’une des plus « récentes », voilà ce que confiait le Père Joseph Eyquem : « Le rosaire apparaît souvent comme un recours à la protection de Marie. Ce recours est parfaitement légitime. […] Cependant, le 'Je vous salue Marie' répond manifestement à une autre perspective. Cette perspective n’est pas simplement celle d’une louange mariale, encore qu’elle en soit pénétrée. […] L’ange vient annoncer à Marie que « le Seigneur est avec elle » pour accomplir le plus grand de ses desseins : l’incarnation du Fils de Dieu. Et il oriente son regard vers l’avenir de l’enfant qui naîtra d’elle […]. Le rosaire nous invite à faire nôtre le regard de Marie sur le Christ. […] Si nous le faisons, c’est guidés par la conviction que, dans le lien étroit et indissoluble qui unit la mère au fils, se trouve le secret d’une intelligence supérieure du Christ. […] Entrer dans son intimité pour apprendre d’elle ce qu’elle sait du Christ. C’est expérimenter qu’elle a mission – comme l’Eglise – de former en nous le Christ. » ( Aujourd’hui le rosaire , 1977)

Il y a là une synthèse des aspects profonds de cette prière : recours à la protection divine d’une très proche du Très-Haut, de la plus proche créature du Seigneur, et non seulement pour l’honorer ou pour honorer Dieu, mais pour accueillir sa volonté, pour écouter et contempler le Seigneur, grâce à celle qui l’a mis au monde, pour essayer le mettre au monde nous aussi. Si le rosaire s’abreuve à une spiritualité de l’incarnation, il est manifeste qu’il nous appelle à la contemplation chrétienne.
Enfin, puisque nous nous penchons sur les origines du Rosaire, comprenons déjà que ces origines ne sont pas seulement chronologiques, et passées ; paradoxalement, ces origines sont durables : nous avons rendez-vous avec elles en chaque mystère proposé par la prière du rosaire. C’est là le fruit de la contemplation qui unit en nos cœurs passé, présent et éternité !

 

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