Naître à la vie éternelle

Homélie prêchée lors de la messe du Jour de Noël 2008.

Conformément à la tradition qui prévoit des textes différents pour la nuit ou pour le jour, nous lisons le Prologue de l’évangile de Jean, ce grand portique qui se trouve au commencement. Ce texte semble insolite à beaucoup, car il ne rapporte pas de manière narrative ce que nous évoquons le jour de Noël en expliquant aux enfants les personnages de la crèche. Seule, une phrase évoque la naissance de Jésus : « Le Verbe s’est fait chair ». Le terme de chair a été choisi par Jean pour souligner que la condition de Jésus est bien la même que celle de tous les hommes dont la vie est dans la chair, entendons la vie concrète, celle du corps, des émotions, du cœur, de la raison, de l’imagination et de la foi. Cette phrase introduit le long récit qui suit où Jean rapporte ensuite la vie de Jésus en détail et avec grande précision : Jésus, né à Bethléem, grandi à Nazareth en Galilée, prophète annonçant la venue du Règne de Dieu, le Nazôréen mis en croix, le Messie glorifié par la résurrection. Dans son prologue, Jean récapitule son propos et il dit sans détour l’identité de Jésus. Il nous dit la raison pour laquelle il communique la vie même de Dieu ; selon la traduction habituelle, « il est dans le sein du Père », entendons l’intime de Dieu, son cœur, le secret de son être… Jésus reçoit pleinement le titre de Fils de Dieu qui, de ce fait, peut être appelé Père éternel. Jean le fait avec l’image de la lumière qui est toute transparence, dans l’immatérielle générosité de l’être et de l’unité qui se donne. Mais Jean emploie une expression, celle qui est au centre de la fête de Noël. Jésus est le Fils, engendré du Père. Percevons l’audace de cette expression qui utilise le terme de génération.

Le mystère de la vie humaine est en effet dans la génération : nous sommes là parce que nous avons été engendrés et dans cet acte de la chair, il y a une participation à l’être même de Dieu. Tel est le grand mystère que nous célébrons à Noël : celui de la génération. Naissance d’un enfant dans la famille de David, dans la descendance d’Abraham, par la maternité de Marie… Jean nous dit que cet engendrement est une participation à l’intime de la vie de Dieu dont la richesse d’être est dite par les termes humains de la génération.

Tel est le Dieu des chrétiens : son être n’est pas une unité statique, mais un jaillissement de vie, une surabondance de don, une générosité irréversible… dans l’unique instant de l’éternité qui est plénitude ; celle-ci est dite par le terme de génération ou d’engendrement : le plus mystérieux de la vie de Dieu est exprimé par le plus charnel.

Cette perspective pourrait n’être qu’une belle théorie ; elle serait un propos mystique qui serait comme un spectacle à voir de loin, dans l’adoration muette… Non, Jean fait davantage ; il nous rappelle que nous aussi sommes invités à participer à cette génération et donc à la générosité de la vie divine. A tous ceux qui reçoivent la parole de vie, Dieu donne de participer eux aussi à cet engendrement. D’abord : naître nous-même à la vérité de notre être de manière à réaliser toutes les richesses qui sont en nous. Diversement ! mais réellement, chacun selon sa part et son chemin. Ensuite en participant au mouvement de la vie : donner et transmettre la vie. Entendons bien : il s’agit de la vie qui fait l’être humain vraiment humain. Il ne s’agit pas seulement de mettre au monde selon les lois de la biologie, mais de faire advenir des sujets humains et cela en faisant vivre, en donnant les moyens de grandir, d’apprendre, de penser, de guérir, de trouver un sens à la vie…

Telle est la communauté que nous formons ce matin dans la lumière de Noël ! Elle est un signe que dans le monde présent où sont guerres et famines, dans nos sociétés de violence et d’insatisfaction, dans nos familles désorientées et souvent divisées, il est bon que nous soyons des artisans de paix, des témoins d’un monde où l’avenir appartient aux cœurs purs.

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