Témoignage d'un Commissaire du Rosaire à Lourdes

Une invitation, un appel, une rencontre, un engagement

Après une maladie à l’âge de 17 ans, maman, personne très pieuse ayant une dévotion particulière à la Vierge Marie, m’a invité l’année suivante à l’accompagner au pèlerinage du Rosaire à Lourdes.

Un appel

À la fin de la messe d’ouverture à la basilique souterraine Saint-Pie X, un hospitalier a demandé des personnes pour venir donner un coup de main et aider à sortir les malades par les rampes souterraines. Pour me rendre près des malades il me fallait traverser toute la basilique. Je demande mon chemin à un monsieur porteur d’un brassard de commissaire. Celui-ci m’interpelle en me disant : « Tu ne voudrais pas être commissaire ? » Je réponds : « Non ». Et il me renvoie vers un deuxième commissaire posté à cinquante mètres de là. Deuxième appel : « Tu ne voudrais pas être commissaire ? » De nouveau je réponds par la négative. Mais, curieux de nature, je lui demande quelles sont les attributions des commissaires du Rosaire à Lourdes. Après avoir obtenu quelques renseignements, je m’empresse d’aller aider les hospitaliers dans les rampes souterraines ; j’entends encore les malades m’appeler : « Allez, le petit jeune ! » Et toujours est-il qu’à midi, lorsque j’ai retrouvé ma maman à l’hôtel, j’étais en sueur, et j’ai eu droit à quelques remontrances, moi qui sortais de maladie…

Un engagement

De tempérament dynamique, je ne me voyais pas accompagner maman une heure avant chaque office et rester assis sur un pliant pendant deux heures au minimum. Je propose donc de rendre service en tenant des sangles pour aider à la bonne mise en place des cérémonies, suite aux deux appels des commissaires. À 14 heures, je me présente à la permanence du groupement des commissaires, et Max Mouly, secrétaire du mouvement, m’indique mon affectation au sein d’une des équipes.

Une rencontre

Et un jour on me demande de bien vouloir porter un courrier au père Baron, à la Maison des Chapelains, cette grande maison où sont hébergés les prêtres des sanctuaires de Lourdes et les prêtres de passage. Je le trouve au milieu du grand escalier de pierre et, après les salutations d’usage, il me dit : « Mets-toi à genoux » et me met son scapulaire sur la tête et les épaules. Je ne savais pas que cette rencontre et cette prière allaient marquer plus de quarante années de ma vie, au service du pèlerinage. À la fin du pèlerinage, les commissaires de l’équipe à laquelle j’étais affecté, m’invitent à venir les rejoindre l’année suivante. J’avais mordu à l’hameçon…

Un message

En repensant à cette année 1966, dernière année du Père Baron en tant que directeur du pèlerinage du Rosaire après vingt-quatre ans de service, résonnent encore en moi ses « petits mots du soir » après la procession aux flambeaux. Lui seul en avait le secret. Me reviennent certaines de ses paroles : « Pèlerins, écoutez bien ce que je vais vous dire. S’il vous arrivait de rencontrer un directeur qui veuille minimiser votre dévotion à Marie, amoindrir votre amour, votre tendresse filiale envers Elle, ne le croyez pas. Il ne serait pas, sur ce point précis, l’organe de l’Esprit Saint » et « Pourquoi cette émotion dans vos yeux et dans vos cœurs quand on vous parle de la Sainte Vierge ? C’est que la parole de Jésus : “Voici ton fils… Voici ta mère” est une parole créatrice qui opère ce qu’elle dit. Ne craignons pas de faire fausse route en nous attachant à Marie. »
Il était le mendiant de Notre-Dame, comme il aimait se faire appeler.

J’ai eu l’occasion de le rencontrer deux fois dans les années qui suivirent, une fois dans sa Vendée natale, puis lors de notre passage à Saint-Maximin pour notre voyage de noces. Je garde le souvenir d’une personne qui connaissait et vivait pleinement la signification du mot engagement au service de Marie. C’était un homme de prière et de devoir. Avec son ardeur habituelle et son si beau talent oratoire, il s’est dépensé sans compter dans la prédication du Rosaire, le culte et l’exaltation de la Mère de Dieu, qu’il faisait si bien partager, comme ont pu le constater les foules du Rosaire à Lourdes.
Aujourd’hui, il nous invite encore à trouver notre bonheur dans l’humble service du frère et à faire de notre vie un chant de louange par la prière du Rosaire.

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