Joie de l'Annonciation

Une homélie prêchée le 25 mars 2006.

La joie est indissociable de la fête. Il n’y a pas de fête sans joie. Plus encore, chaque fête se caractérise par une joie toute particulière qui lui donne sa tonalité. En quoi la joie de l’Annonciation se distingue-t-elle ? Bien évidemment, cette joie naît de l’Incarnation, de la venue du Verbe dans notre chair pour notre salut. Mais en quoi cela nous rend-il joyeux ? Comment cela doit-il nous réjouir ? La question est superflue me direz-vous : Dieu vient à notre rencontre, cela est bien suffisant comme motif d’exulter.
Peut-être faut-il que je pose ma question d’une autre manière : pourriez-vous me décrire la joie que vous éprouvez, la joie qui vous a saisis à l’écoute de l’évangile, la joie qui vous habite en participant à cette célébration ? A quoi ressemble-t-elle votre joie ?
Eh bien, je vais vous le dire, elle a quelque chose de la joie de Marie. Elle n’est peut-être pas encore aussi profonde, aussi plénière, aussi concrète, mais elle a quelque chose de la joie de Marie, et si elle doit grandir en vous, ce sera par une plus grande intimité avec Marie. Car Marie est la mère de notre joie.

Marie est en effet la mère de notre joie parce que la première elle s’est réjouie de la venue du Verbe, la première elle a goûté – et avec quelle immédiateté ! – à la joie de l’Incarnation. La première aussi, elle a témoigné de cette joie, à Élisabeth : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon sauveur ». La première elle a su décrire en quoi consiste la joie de l’Incarnation : « il s’est penché sur son humble servante, désormais tous les âges me diront bienheureuse ». Dans cette petite phrase, Marie nous révèle en effet le secret de sa joie, le secret de toute vraie joie, le secret de la joie qui ne finit pas et qui s’appelle la béatitude : la joie qui vient de Dieu, la vraie joie est béatitude.
Mais Marie nous dit aussi comment naît cette joie : « Dieu s’est penché sur son humble servante ». Dieu s’est penché vers Marie. Et Il a pu se pencher parce que Marie s’était faite humble servante. « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole » avait-elle en effet répondu à l’ange.
Marie s’était faite toute disponible à Dieu. Elle s’était dépouillée d’elle-même pour être comblée par Dieu. Elle avait abandonné tous ses petits projets, toutes ses petites attentes, tous ses petits désirs. Son seul projet, c’était que s’accomplisse par elle, en elle, le projet de Dieu. Sa seule attente, c’était Dieu, son seul désir, c’était encore Dieu. Dieu était tout son bien. Et c’est ce bien infini qui lui a été donné. Son désir avait la taille de l’infini. Sa joie fut à la mesure de son désir.

Ce qui cause la joie, de manière générale, c’est de recevoir ce que l’on espérait du plus profond de son être, ce à quoi tout notre être aspirait sans même que l’on s’en rendît compte. A grands désirs, grande joie. A petits désirs, petite joie. A désirs infinis, joie infinie. La joie naît de la présence de ce qu’on aime et qu’on attendait.
Lorsque Marie dit : « Je suis la servante du Seigneur », elle exprime à la fois son humilité et son espérance. Lorsqu’elle répond à l’ange « je ne suis qu’une servante », elle ajoute aussitôt « qu’il me soit fait selon ta parole ». Autrement dit : « Je ne suis rien, mais je veux tout, tout ce que tu m’as annoncé, selon ta parole, au mot près, exactement » ; « parce que je ne suis rien, je désire que Dieu soit mon tout parce que là est ma joie ». Dire à Dieu : « Je suis ta servante », ou « je suis ton serviteur », c’est inséparablement lui demander de nous combler de Lui-même. Servir Dieu, c’est faire preuve de la plus audacieuse espérance, celle de recevoir un don de Dieu Lui-même, celle de recevoir un don divin. Car Dieu ne donne pas seulement de ce qu’Il a, Il donne de ce qu’Il est : la béatitude.
Et l’évangile de l’Annonciation nous donne une idée de ce en quoi consiste ce don divin que Dieu dispense à ses serviteurs. Ce don consiste en deux choses : la maternité du Verbe et les noces de l’Esprit-Saint. Parce qu’elle s’est faite la plus humble servante, parce qu’elle a espéré recevoir de Dieu pas moins que Dieu Lui-même, Marie a été comblée de deux dons infinis : elle fut remplie de l’Esprit-Saint, L’Esprit-Saint vint la saisir toute entière, comme un feu qui embrase de pauvres morceaux de bois, comme un époux s’unit à son épouse. Et elle devint la Mère du Verbe dans la chair : de son union avec l’Esprit-Saint, le Verbe éternel naquit dans sa chair.

Ces deux dons, nous sommes aussi appelés à les recevoir, nous qui avons été baptisés dans l’Esprit et le feu, nous qui recevons le Corps et le Sang du Christ dans l’eucharistie. La béatitude de Marie, la joie de Marie, notre vocation c’est de les recevoir. Dès maintenant. Dans l’humilité. Demandons à Marie de nous guider sur le chemin des vrais désirs, qui sont des désirs infinis, qui sont les désirs que Dieu veut combler en se donnant Lui-même.

 

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