La louange de Marie et la nôtre - Équipes du Rosaire de Poitiers

Je voudrais vous parler maintenant de la louange.

Pour ce faire, je vous propose que nous tournions nos regards vers la Vierge Marie, elle nous est proposée comme un chemin d’action de grâce et de louange, et ce parce qu’elle a dit « oui » à l’appel de son Dieu.
Marie se montre totalement obéissante, totalement docile à l’appel de son Dieu : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »
Contrairement à ce que nous pensons trop souvent, obéir à Dieu, ce n’est pas perdre son humanité, ou perdre sa liberté.
C’est tout l’opposé : on n’est jamais plus libre que lorsqu’on obéit à Dieu !
Comment se pourrait-il que notre créateur ne nous connaisse pas, et ne veuille pas pour nous ce qu’il y a de meilleur ?
Nous venons de Dieu, et nous allons vers Dieu ; c’est là tout ce que nous sommes ; vouloir prendre un autre chemin, ce n’est pas se réaliser, c’est se perdre !
Saint Augustin débute ses Confessions par cette phrase : « Tu nous as fait pour toi Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi ! »

C’est par son « oui » que Marie est totalement libre, totalement femme.
Trop souvent nous nous arrêtons à une seule dimension de la liberté, la liberté de choix, la liberté de dire ou bien « oui » ou bien « non ».
Mais il y a une liberté plus grande, plus fondamentale, c’est celle de l’acquiescement ; c’est cette liberté qui nous fait dire « oui » à ce que nous sommes, et donc « oui » à Dieu qui nous révèle ce que nous sommes.

Là encore, Marie nous est le modèle d’une humanité complète, qui n’a pas peur d’être elle-même.
Une humanité qui ne voit pas en Dieu un ennemi, un oppresseur des libertés, mais tout le contraire, celui qui nous rend vraiment libre, car il est celui qui nous révèle notre vérité la plus profonde.
Marie totalement femme, totalement humaine, parce qu’elle écoute, parce qu’elle obéit, parce qu’elle dit « oui ».
Cependant, on pourrait estimer que cette humanité est un peu exceptionnelle, puisqu’elle est l’Immaculée-Conception.
Elle qui est sans péché, est-elle finalement si proche de nous ?
Il faut répondre que la Conception Immaculée de Marie, loin de l’éloigner de l’humanité, la rend davantage humaine.

Marie est en fait cette humanité telle que Dieu la veut.
C’est l’humanité d’Adam et Ève dans le jardin de la Genèse, et ce sera encore plus l’humanité sauvée dans le Royaume de Dieu.
Dire au contraire que Marie serait moins humaine parce qu’elle est sans péché, ce serait comme de penser que le péché ajoute quelque chose à l’humanité.
Or, le péché n’ajoute rien, il retranche.
Tout particulièrement il coupe de la familiarité avec Dieu ; il nous fait voir Dieu comme un étranger, voire comme un ennemi.

L’Immaculée-Conception n’a pas divinisé Marie, au sens où il l’aurait déshumanisée, mais l’Immaculée-Conception, la grâce de Dieu, l’a rendue plus humaine.
Même si ce mystère est absolument unique, il nous montre cependant que la grâce de _ Dieu, que l’amour de Dieu, ne nous privent pas de notre humanité, ou de notre liberté, mais nous les restituent dans leur totale intégrité.

Répondre « oui » à l’appel du Seigneur, accepter de nous mettre en route, c’est alors être sur le chemin de la joie, sur le chemin de la louange.
Et ce chemin, c’est le chemin de notre propre vie : suivre Dieu, trouver Dieu, c’est se trouver soi-même !
Saint Ignace de Loyola écrit : « L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par-là sauver son âme » Exercices, n° 23.
L’homme est fait pour Dieu, il ne peut vivre sans lui, « Tu nous as fait pour toi, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi » écrit saint Augustin au début des Confessions.
Pour St Thomas, Dieu est l’Indispensable, sans qui l’homme affamé de bonheur ne peut atteindre sa fin.

Dans la phrase de St Ignace, la louange de Dieu vient en premier.
C’est merveilleux qu’il y ait Dieu. Là est la joie parfaite.
Israël célèbre des fêtes de la joie avec timbales et cymbales, et invite toute la création, îles et montagnes, à battre des mains (Ps 94, 145)…
Pensons à David qui chante et danse devant l’Arche qui entre à Jérusalem, sans considération pour ce que serait sa propre dignité, au grand émoi de Mikal, la fille de Saül.

La louange est aussi le lieu où nous trouvons notre salut.
Le salut est avant tout une compagnie avec Dieu, une alliance avec lui, avant d’être la délivrance d’un quelconque péché, laquelle n’est que de l’ordre du chemin (certes où nous sommes encore) ; mais l’éternité est louange et non-expiation ! Ceci doit marquer profondément nos prières et nos célébrations, qui sont avant tout le chant de la louange de Dieu.

C’est aussi dans la louange que se trouve l’expression la plus parfaite de l’honneur de Dieu, parce que c’est là que nous le reconnaissons et le manifestons pour ce qu’il est : le Dieu bon, merveilleux, magnifique, très bon et très beau, tout-puissant, éternellement digne de louange.
Les psaumes témoignent de cela à l’envi, sans cesse on se prosterne devant le trône de Dieu. C’est aussi la grande liturgie de l’Apocalypse, qui est un culte de louange.
Par la louange, l’homme se met au service de Dieu, l’honore et témoigne de son identité. La liturgie est donc bien le premier lieu catéchétique, c’est là où nous disons Dieu, non seulement par le discours dogmatique, mais aussi et surtout par le discours de tout l’être.

S’il est ainsi de ma destinée, je découvre ce que doit être mon rapport à l’autre. Celui-ci n’est pas un moyen en vue d’une fin que serait ma propre gloire.
La louange qui me situe face à Dieu, m’apprend à me situer de manière juste face, et avec, les autres.
L’autre n’est jamais moyen pour une fin, mais il est toujours celui qu’il faut respecter de façon responsable.

Dans la louange de Dieu. Bien sûr dans la prière, mais aussi dans le service des autres, des pauvres en particulier, nous honorons Dieu et nous honorons l’homme. Là nous devenons ce que nous sommes, nous répondons à notre vocation foncière, et nous sommes sur le chemin de l’éternité : louer et servir.

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