Le Rosaire au siège de la Rochelle (1627-1628)

Dans la notice de J.-B. Carré, AD, 25 janvier, Amiens, 1678, p. 602-603.
Ce texte nous a été envoyé par le fr. Benoît Montagnes, historien, du couvent Saint-Thomas d'Aquin de Toulouse.

[Prieur de l'Annonciation], il gouverna ce nouveau couvent avec tant d'application et y fit fleurir la piété, la mortification et l'étroite observance avec tant de zèle, qu'il mit cette maison naissante en une si haute réputation, que Louis XIII de triomphante mémoire, assiégeant la Rochelle que les Anglais tâchaient de secourir, écrivit à la reine Marie de Médicis sa mère de faire faire des prières extraordinaires pour la prospérité de ses armes et pour l'heureux succès de ses desseins, qui ne tendaient qu'à désarmer et détruire l'hérésie.

La reine envoya quérir le P. Carré, lui montra l'ordre du roi son fils et l'avertit qu'elle avait choisi l'église de son couvent pour y faire réciter le Rosaire de la sainte Vierge, tout haut et par chœurs, comme elle l'avait vu pratiquer à Florence, à Pise et dans plusieurs autres couvents de notre Ordre en Italie[fn]Cette pratique de la récitation publique du Rosaire par chœurs alternés, propagée en Italie par le dominicain Timoteo Ricci, avait été introduite à Toulouse par le P. Réginald Cavanac (t 1618) : AD, 19 juin, Amiens, 1689, p. 644-645. « Il fallut établir [à Toulouse] une congrégation particulière, dans laquelle après une petite exhortation sur le sujet de l'évangile, il faisait réciter tous les samedis le Rosaire par chœurs, lequel était fini par les litanies de la Vierge ; en quoi il prit une peine extrême mais en récompense Dieu donna tant de bénédictions à ses travaux qu'il y accourait des personnes en foule, non seulement du peuple et des bourgeois, mais encore des gens de robe, des conseillers et des présidents, qui interrompaient leurs affaires séculières pour venir faire celles de leur salut. Cette pieuse et sainte manière de dire le Rosaire avait été déjà pratiquée en Italie par nos Pères, ainsi que je l'ai rapporté en la vie du V. P. Timothée Ricci ; mais le P. Réginald Cavanac a été le premier qui l'a introduite en France, où elle est maintenant [1689] en vogue en plusieurs de nos couvents. »[/fn], espérant que, par l'intercession de la sacrée Vierge et par les prières de ses religieux, Dieu réduirait cette ville rebelle sous l'obéissance du roi son fils. Le Père la conforma dans ce pieux dessein et, par son conseil, la reine dépêcha un de ses aumôniers à Monsieur l'archevêque de Paris[fn]Jean-François de Gondi.[/fn], afin qu'il donnât ordre à Messieurs les curés d'avertir le peuple à leurs prône que, le samedi 20 mai 1628, on commencerait à chanter le chapelet à haute voix dans l'église des FF. Prêcheurs du faubourg S. Honoré, pour la personne sacrée du roi et pour la prospérité de ses armes.

Au jour destiné, la reine mère, la reine régnante, M. le duc d'Orléans, les Éminentissimes cardinaux de la Rochefoucault et de Bérulle, M. L'archevêque et plusieurs autres prélats, toute la cour et une foule incroyable de peuple, se rendirent à notre église. Le R. P. Gabriel Parque, religieux du couvent, fit l'ouverture de cette auguste cérémonie par une éloquent prédication où, après avoir déclaré les pieuses intentions de Sa Majesté, il la finit en exhortant le peuple à réclamer la protection toute-puissante de la sacrée Vierge pour le bonheur des armes du roi. M. L'archevêque lut à haute voix les mystères du Rosaire et commença à le réciter ; et les religieux et les assistants continuèrent à le dire hautement par chœurs. Cet illustre prélat en fit la conclusion par les oraisons ordinaires ; ensuite il porta l'image de la sainte Vierge en procession par le cloître.

On continua cette dévotion avec une ferveur admirable et avec une si visible bénédiction du ciel, que Dieu donna une glorieuse victoire au roi sur les Anglais à l'île de Ré et réduisit la Rochelle sous son obéissance, où il entra triomphalement le jour de la Toussaint.

Cela est repris à peu près tel quel par Jacques Lafon dans sa Préface apologétique pour le sacré Rosaire, dans AD, octobre I, Amiens, p. xcvi-xcvii (qui allègue auparavant le danger couru par la ville de Limoux en 1537, et ensuite le siège de Vienne par les Turcs en 1683).

Dans la vie de Pierre Louvet, profès de Dijon, AD, II, 15 février, Amiens, 1679, p. 546-548.

Il suivit le roi Louis XIII, avec plusieurs religieux de l'Ordre, au fameux siège de la Rochelle ; ils servirent utilement, soit auprès des malades dans l'hôpital royal, soit au camp à administrer les sacrements aux soldats, soit à prêcher et à les exhorter de combattre pour la religion et pour l'État.

Le Père prêcha les excellences du saint Rosaire avec tant de succès qu'il n'y avait presque point de soldat dans l'armée qui n'eut et qui ne dit son chapelet. Nos Pères leur en distribuèrent plus de quinze mille, et toute l'armée, à l'exemple du roi, implorait tous les jours la protection de la Sacrée Vierge contre les hérétiques, qui avaient rendu cette ville séditieuse le boulevard de leurs erreurs et de leur rébellion.

Dieu exauça les prières de ce pieux monarque : il y entra victorieux le 1er novembre 1628. Le P. Louvet et ses religieux marchaient des premiers en chantant les litanies de la Sacrée Vierge ; il portait élevée une grande bannière de taffetas blanc, bordée d'une frange bleue, sur laquelle on voyait d'un côté l'image d'un crucifix et celle de Notre-Dame, entourée d'un Rosaire, avec ces paroles : Gaude Maria virgo, cunctas haereses sola interemisti in universo mundo. De l'autre côté, on voyait l'adorable nom de Jésus, et un peu plus bas la figure d'un calice, sur la coupe duquel était une hostie éclairée de rayons, avec cette inscription : Odora sacramenti Domiuici fragrantiam.
En moins de trois semaines, il distribua plus de cent cinquante douzaines de chapelets à ceux qui s'étaient réconciliés à l'Église, après avoir abjuré leurs erreurs. Toute l'armée victorieuse témoigna par des acclamations publiques que la dévotion du saint Rosaire avait beaucoup contribué à la réduction de cette ville rebelle sous la puissance de son roi légitime.

Pendant le siège, les ennemis qui faisaient toujours grand feu, tirèrent un coup de canon dont le boulet s'arrêta miraculeusement au pied du crucifix du P. Louvet qui exhortait les soldats : ce qui le mit en si haute réputation qu'après son retour à Paris les premières personnes du royaume le considéraient comme un saint, particulièrement Madame la surintendante des Finances, qui se fit apporter ce boulet pour le conserver avec grand soin.

La charité de Jésus Christ qui embrasait son cœur le rappela en Espagne, pour consumer sa vie au service du prochain, où peu de temps après il mourut saintement [à Madrid, en 1630].

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