La joie de Noël - Pieuré de Novy Dvur

Joyeux Noël, mes frères !

Tous mes vœux, frères et sœurs, et surtout Joyeux Noël !

Je vois sur vos visages endormis des traces de soucis, des traces, peut-être, de peines profondes et authentiques. Et pourtant, je vous présente mes vœux de Joyeux Noël.

La Nativité du Sauveur, telle qu’elle se déroula en réalité, n’a que peu à voir avec les représentations mièvres et idylliques que nous nous en faisons. Ce fut, pour la future mère, un voyage pénible vers une ville inconnue. L’heure approchant, toutes les portes se fermaient devant la jeune femme et le père adoptif. Le lieu qu’ils trouvèrent était inconfortable. Quel contraste entre la lumineuse annonce de l’ange et cette naissance humiliante. Et ce n’était pas fini : la fuite en Egypte, d’un cruel massacre d’enfants innocents étaient encore devant eux. Tout cela appartient, avec les anges, les bergers, les gentils petits agneaux et bientôt les rois mages à la réalité du mystère de Noël.

Pourtant, les Écritures, aujourd’hui, ne parlent que de joie et de paix. C’est bien la joie et la paix qui devrait habiter nos cœurs en cette nuit. Joie et paix, oui ! Mais quelle joie et quelle paix ? Nous rêvons nos vies. Nous les rêvons comme elles ne sont pas. Nous les voudrions étales, sans vagues et sans épreuves, sans accrocs ni difficultés. Mais aucune vie ne ressemble à ces rêves. La paix dont nous rêvons, la joie dont nous rêvons n’a presque rien de commun avec la paix et la joie qui nous sont offertes en cette nuit de Noël. Que dit le prophète ?

Le joug qui pesait sur nous, le fouet du chef de corvée ont été brisés. Les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment ont été brûlées. Un Enfant nous est né, Merveilleux-conseiller, Dieu-fort, Prince de la paix.

Et l’Evangile : Aujourd’hui est né un Sauveur. Voici le signe qui vous est donné...

Dieu ne sait-il pas donner encore, de temps en temps, des tels signes, par exemple : il y a vingt ans, les chaussures des soldats ne se sont-elles pas éloignées de notre pays ? N’y a-t-il pas aussi, dans nos vies personnelles, des signes discrets : une conversion, un père qui nous tend la main, une situation complexe qui se dénoue, un proche qui guérit. Des signes qui devraient nous encourager dans une vie de foi qui sera toujours ardue et exigeante, plutôt que de nous inciter à rêver une vie facile. L’Enfant emmailloté dans une mangeoire est donné par Dieu comme un signe, même s’il existera toujours de très nombreuses situations, comme dans la vie de la Sainte Famille, où Dieu semble, sinon absent, du moins inactif. Et c’est bien ! La joie s’approche, la paix se prépare. Dieu donne un signe, le salut est en route, à nous de l’entendre. Mais le combat n’est pas fini.

La représentation la plus réaliste et la plus spirituelle de la Nativité me semble être un tableau de Rembrandt. Dans une demeure sombre et froide, un enfant emmailloté dort paisiblement. Un vieillard s’est assoupi contre le mur humide. Une femme veille, avec un livre, à la lueur d’une chandelle. Elle veille et elle prie. En priant, et en veillant auprès de l’Enfant-Dieu, elle prépare la venue du Royaume, elle se laisse transformer par celui qui est venu en elle, elle ouvre son cœur à la venue de Dieu. Son dessein est de déposer, dans nos vies esclaves, la paix et la joie de Noël. Amen

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