Pâques peut-il changer la vie ?

« Jamais deux sans trois » … Marie Madeleine, Simon-Pierre et le Bien-Aimé sont les trois figures de cette scène. Et la troisième touche au but. Après Marie-Madeleine qui voit et désespère, Simon-Pierre qui l’entend et constate, voilà le Bien-Aimé : « Il voit et il croit » !
Nous pourrions penser que c’est lui que nous retiendrons, lui qui a raison, lui dont la foi annonce la nôtre. Pourtant, ils sont bien trois dans cette scène, parce que nous avons aussi besoin des réactions précédentes. Elles aussi évoquent la façon dont nous sommes, ou pouvons devenir, les disciples de quelqu’un d’invisible !

Voyez, si l’on peut dire. Depuis un moment, les uns et les autres mettaient de l’animation dans le silence matinal de Jérusalem : l’une pressait le pas vers le tombeau d‘abord, vers le lieu de séjour des disciples ensuite. Puis tous s’empressent vers le tombeau. Au matin d’une Pâque encore méconnue, Jérusalem unit le silence et les pas.
Pour les uns et les autres, Jérusalem n’était pourtant pas leur lieu. Jésus venait d’y être crucifié comme un bandit, raillé de tous, enterré à la va vite. Et maintenant le tombeau était vide. C’était l’épreuve de trop. On entendrait presque Marie Madeleine s’écrier en jetant son désarroi aux pieds de Simon Pierre : « Maintenant çà suffit ! Que faire ce matin-là : rentrer en Galilée, à Magdala ? « Encore un matin qui cherche et qui doute ». Et pour Simon-Pierre : quel naufrage ! Après trois années bouleversantes d’une vie de disciple qu’il venait de finir dans un reniement nocturne, maintenant, voilà le rendez-vous du vide ! Silencieux, incertain, Simon devrait-il rentrer à Capharnaüm ?

Ces deux figures, moroses et silencieuses, désolées et incertaines peuvent ce matin encore s’échapper de Jérusalem et venir chez nous. N’ont-elles pas fait leur demeure dans notre société ? Une société tiraillée naturellement entre des idéaux et leur réalisation, entre des principes fondateurs qui se veulent universels, une mémoire notamment chrétienne, un idéal républicain, un zeste de laïcité positive : mais… sur quoi faire fond ?

Morose, silencieuse elle aussi, la partie la plus jeune de notre société peut désespérer à en mourir ! Si elle a dit un temps : « et dans tout ça, Pâques ça change quoi ? aujourd’hui, pour sa plus grande part, elle n’y pense même plus. Mais en célébrant Pâques, comment oublierions-nous ceux qui sont nos voisins, nos proches, ou ceux que nous aimons aussi, et à qui tous nous devons quelque chose – et pour qui Pâques compte peu ou pas du tout ?

Et chacun s’interroge : qu’est-ce qui compte vraiment ? Qu’est-ce qui fera vivre ceux que la morosité ou le désespoir ronge ? Mieux : qui leur donnera envie de vivre ? Et les autres, les oublieux de Pâques, auraient-ils raison ? Plus radicalement, voilà l’enjeu de Pâques : vivre. Pâques peut-il changer la vie ?

Ce matin de Pâques offre-t-il la réponse au « Pourquoi » qui se dresse depuis que la Croix a porté Jésus jusqu’à sa mort ? « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi », proclamait le Seigneur. Depuis, le Mal a paru ensevelir Dieu. Cependant, ce matin, cette vérité commence à poindre. Jésus attire à lui. Personne ne l’a encore vu, mais dans le silence du tombeau, au côté de Simon le silencieux, le cœur du Bien-Aimé a déjà frémi.
Le Messie au Mystère avait été enseveli ; mais le mystère grandissait. Ayant rejoint tout homme du passé acceptant sa venue, le Messie au Mystère revenait. Ce matin encore il s’avance vers tous. Il propose sa Vie. Il attend notre accord.

Désespoir, silence, questionnement, de tout cela le Mystère de Jésus peut faire une réalité nouvelle ; et au cœur pur, il donnera de voir Dieu.
Marie de Magdala pouvait sembler morose, Jésus en fera l’Apôtre des Apôtres, la femme d’une espérance retrouvée par la présence de son Seigneur.
Simon-Pierre pouvait sembler silencieux, mais l’ayant interrogé quelques jours après Pâques sur son amour, Jésus fera de Simon le Roc pour nous fortifier dans la Foi.
Le Bien-aimé, transformé dans le tombeau vide, Jésus pourra en faire un docteur de la charité, ce Jean dont le cœur aura su accueillir l’amour venu de Dieu, et en faire vivre. Pâques a changé leur vie !

Alors profitons-en : qui que nous soyons, selon l’humeur de nos jours, suivons l’une de ces trois figures et faisons place au Sauveur. Et d’abord, donnons-lui du temps pour qu’il puisse nous rencontre ; même si les parois de nos tombeaux résonnent des cris de nos peines ! Que les eaux du baptême ne cessent d’être fécondes au cœur de l’Eglise, et de nous vivifier, toujours !
Pâques est pour nous ! Suivons Marie, Pierre, Jean, pour avoir part avec eux à la résurrection du Seigneur ; et pour vivre transformés, en disciple de Celui qui veut envahir nos cœurs, pour en transformer d’autres ! Car le Christ-Jésus est vraiment ressuscité, Alléluia !

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