Pour que notre Joie soit complète (2/2) - Conseil National 2010

Notre joie est une joie biblique

La Bible est rythmée par la joie dès l’Ancien Testament. La joie est au cœur de sa prière (les Psaumes), elle est au cœur de ses coutumes (par exemple le « jubilé », l‘installation de l’Arche d’Alliance à Jérusalem, le retour d’Exil et la consécration du Temple, des rites de fêtes religieuses notamment avec l’aspect de liesse populaire), et elle est partout devant la Création ou face à l’Alliance dont le Seigneur est la cause ; le Nouveau Testament en développera des traits : la joie est un fruit de l’Esprit de Dieu.
Le peuple choisi ne connaît pourtant pas seulement l’installation sur la Terre promise à Abraham, après la délivrance suscitée par le Seigneur, connue par révélation et guidée par Moïse. Les épreuves de l’histoire, fût-elle sainte, lui sont aussi infligées, et si la joie marque les Hébreux, les prophètes (dont Isaïe) pourtant leur rappellent sans cesse leurs défauts, leur péché, leur rupture d’Alliance et l’oubli « des pauvres, des veuves et des orphelins », autant que des « étrangers » dont ils furent durant leur séjour en Égypte. La joie fut même liée à ce qui est pour eux fondateur : l’exode d’Égypte, dans la nuit, le passage de la mer des Roseaux ; elle s’exprime dans le Cantique entonné par Myriam (Exode 15, 1-21).
La joie n’est pas éteinte par l’épreuve, elle la traverse – ou permet souvent de la traverser –, et en sort grandie : « Moi, j’ai ma joie dans le Seigneur » (Psaume 104, 34), « La Joie du Seigneur est votre rempart » (Néhémie 8, 10). Le psaume 29 peut nous offrir un résumé de ce mouvement : exultation, épreuve et gloire d'une jubilation vive.
Cette joie – surtout avec l'Ancien Testament – est aussi eschatologique : elle est liée à ce qu’on appellera les « fins dernières », les derniers temps, l’ultime et l’éternité. Cette orientation est plus caractéristique de l’ Ancien Testament, et elle y est forte. La mémoire des faits passés permet et fonde l’espérance d’un nouvel exode où l’on rencontrera un Sauveur universel (Isaïe 45, 5-8.21 ss.) : la joie messianique sera au rendez-vous, les cieux crieront de joie alors que la terre jubilera (Isaïe 44, 23 ; 49, 13) et les captifs jubileront de joie, délivrés (Isaïe 35, 9 s. ; 51,11), entrés dans la joie éternelle. Le Roi Messie est au service de cette orientation pour entrer dans la Jérusalem céleste (Zacharie 9, 9). J’ose dire que le schéma des séries de Mystères du Rosaire sera un écho de cela : il est aussi le reflet de la théologie biblique : joie, épreuve, gloire.
Enfin, le courant de la sagesse biblique est aussi imprégné par la joie, celle du quotidien : la naissance, « le vin qui réjouit le cœur de l’homme », celle des efforts récompensés (la guerre, la vie de pasteur ou celle du berger), celle de la vie discrète, familiale. Le Livre des Proverbes, le Siracide et Qohélet traduisent cela.

Avec l’Évangile de la Joie, nous regardons en vérité la révélation chrétienne. Le climat de joie est lié à la venue du Sauveur, le roi-messie, humble. Sa venue est liée à la joie (Luc 1 et 2) : comme l’ange Gabriel à Nazareth le révèle, les anges de Bethléem l’annoncent. Les anges ne sont pas les seuls puisque l’on apprend que Jean le Précurseur bondit dans le sein de sa mère. Tout cela est à relever car la joie de l’Annonciation est précisément la joie messianique qui est souhaitée à celle qui est humble et enfantera un sauveur que l’on verra plus tard comme le roi humble, sauvant en entrant comme dans la Jérusalem d’en haut. La naissance lie la joie de l’annonce à l’attente comblée et aux pauvres. Tout est lié dans ces écrits de Luc.
Et tout cela est aussi développé par d’autres évangélistes, en liant Jésus à la présence du Royaume et à l’Alliance nouvelle ; Matthieu (2, 10 ; 13, 20; 25, 21.23 ; 28, 8) et Jean insistent sur ce point. L’Époux est là, la joie est dans ces noces nouvelles et éternelles (Jean 3, 29). Pour être en communion avec cette joie nuptiale et divine, un seul moyen existe : la conversion. La joie est au rendez-vous de la conversion et les anges et tout le ciel se réjouissent d’un tel retour à Dieu ! (Luc 15). Et les paraboles s’enchaînent sur ce thème de la joie et de la conversion ou des retrouvailles. Cette joie est au rendez-vous de la charité mise en pratique, celle qui habite un cœur disponible à la Miséricorde du Seigneur.
La joie est une note caractéristique du Royaume de Dieu (Romains 14, 17). Les Mystères joyeux de la prière du Rosaire rayonnent de cette joie chrétienne que l’Évangile selon saint Luc a mise en scène. Son auteur est souvent tenu comme étant aussi celui des Actes des Apôtres dont l’Esprit Saint est l’acteur premier, dès le choix de Matthias comme apôtre et le mystère de la Pentecôte.
Comme nous l’avons constaté avec les épreuves traversées par la joie, dans la vie du peuple hébreu, il en ira de même pour Jésus et les disciples. Jésus appelle à la joie et la donne par le don de sa paix, car la joie est le rayonnement de la paix et toutes deux sont des dons de l'Esprit ; mais son chemin passe par la Croix, et le chemin de ses disciples aussi. La difficulté est réelle et on voit que cette joie-là est incomprise, même des proches de Jésus. Les chapitres 14 et 16 de l’Évangile selon saint Jean expriment cette épreuve. Que la tristesse se change en joie, n’est pas admis, ni même compris : la joie avec la croix est forcément incompréhensible humainement, même avec des images d’enfantement (Jean 16, 20-24). La joie psychologique est parlante ; la joie crucifiée, voire rédemptrice, heurte, comme un acte de prophétie qui choque.
Pâques est pourtant la joie chrétienne par excellence. Elle arrive comme le terme annoncé, mais dur à percevoir, demandant preuves et don de l’Esprit. La situation nouvelle suscitée par le Christ a amené la joie (Jean 17,13 ; 20, 20). Épreuve, joie, témoignage, mission sont unifiés par la grâce missionnaire : le début des Actes des Apôtres en est une illustration : désormais les apôtres sont « tout joyeux d’être jugés dignes de souffrir pour le Nom ». Et leur communauté va devenir celle de la joie, de l’allégresse (Actes 2, 46) : prédications, baptêmes, épreuves, la joie demeure.
Saint Paul a donné à bien des mots chrétiens leur première synthèse : à l’espérance et à la charité par exemple. Il en va de même pour la joie. Aux Corinthiens, comme aux Philippiens, il développe ce lien d'une joie que la tristesse de l'épreuve ne peut anéantir. Le ministère apostolique est pénétré de cette joie au milieu de cent épreuves. Chacun peut précisément se représenter ce que cela peut signifier, au jour le jour. C'est la joie de la croix : « affligé » l'apôtre reste « toujours joyeux » (2 Corinthiens 6, 10). Les « tribulations » n'ôtent rien à sa joie : il en surabonde (2 Corinthiens 7, 4) !
Car ce qui importe pour les autres est qu'ils apprennent ce dont parle saint Jean dans sa lettre : que l'on annonce le Christ, qu'il souffre pour l'Église (Colossiens 1, 24) ; et cette dernière expression est forte : il trouve sa joie dans cette souffrance car elle est celle de l'enfantement, et comment ne pas s'en réjouir alors ! Ainsi va-t-il d'ailleurs recommander aux Philippiens dont il est si proche de se réjouir avec lui s'il verse son sang !
La joie chrétienne est décidément originale, greffée immédiatement à Dieu qui est amour et y fait participer ; sans cette vérité de foi, elle ne peut être perçue vraiment, quoique souvent elle sera appréciée.


La joie de la sainteté : il n’y en a pas d’autre pour nous…

Actuellement, beaucoup de publications portent sur la joie chrétienne dont celle du prêtre, « Le prêtre, messager de la joie ». C’est un fait , voire presque un « signe » pour le catholicisme occidental pris dans les glaces d’une société vieillie pour ne pas dire déprimée, qui ne sait rire qu’en contestant, ou ironisant, qui propose peu, dont l’avenir semble la crispation sur un passé revisité. Voici l’exemple du bienheureux Henri de Cologne, un des premiers compagnons de saint Dominique :

«… certes, Dieu avait-il multiplié les marques de la grâce en ce vase d'élection (Actes 9, 15) ! Il était prompt à l'obéissance, constant dans la patience, paisible en sa douceur, agréable par sa gaieté, donné à tous par la charité.
À cela s'ajoutait la sincérité de son cœur et l'intégrité vierge de sa chair, car de toute sa vie il ne regarda ni ne toucha une femme avec une intention d'impureté. En lui se rencontraient la modération du langage, l'éloquence de la parole, l'acuité du génie, l'agrément du visage, la beauté de la personne, l'habileté à écrire et l'art du langage rythmé, le chant mélodieux d'une voix angélique.
On ne le voyait jamais triste, jamais agité ; l'âme toujours égale, il était toujours gai. La justice l'avait libéré des rigueurs de l'austérité et la miséricorde l'avait revendiqué pour elle tout entier. Il rayonnait si aisément sur tous les cœurs, il entrait si facilement dans la société d'un chacun, que si vous aviez eu quelque relation avec lui, vous auriez estimé qu'il vous préférait à tous.
N'était-il pas nécessaire que chacun l'aimât, puisque Dieu l'avait inondé de sa grâce ? Or bien qu'en ces domaines il dépassât les autres, au point qu'on pouvait l'estimer parfait en tous les genres de grâce, il n'en tirait aucun orgueil, car il avait appris du Christ à être doux et humble de cœur (Matthieu 9, 29).
»

Cette joie est directement liée au message chrétien, à la foi, à la grâce. « Un saint triste est un triste saint », disait saint François de Sales. Et un écrivain a risqué ces lignes : « Joie, joie… Je sais que le secret de votre Évangile, Seigneur, tient tout entier dans ce mot divin : joie. Et n’est-ce pas là ce que, sur toutes les humaines doctrines, votre parole a de triomphant ? Qu’elle permette autant de joies que la vertu de chaque cœur en propose. Tout chrétien qui ne parvient pas à la joie rend la passion du Christ inutile, et par là même l’aggrave. » André Gide ne dit-il pas ici ce qui peut éclairer notre route ? Ne dit-il pas l’essentiel ?
L’amour ne peut faire autrement que de mettre en joie ; en revanche, la tristesse naît aussitôt du manque d’amour… En outre, la charité – Dieu est charité – nous fait rayonner de la joie de Dieu. La présence de l’Esprit de Dieu nous met en joie (Galates 5, 22). Mieux encore, nous nous réjouissons de sa joie à lui, celle de Dieu : nous l’aimons plus que nous-mêmes et sa joie devient alors la nôtre, non parce qu’elle serait en nous, mais parce que nous aimons Dieu ; et le fait que la joie soit la sienne nous rend joyeux. Cette joie nous comblera dans la joie éternelle.
La joie annoncée, transmise, accordée (au sens plein du mot : don adapté et cœur, cordialité) est d’abord celle de la charité, et la charité c’est notre amitié pour Dieu. Nous nous réjouissons du bien de l’ami, Dieu, de ce qui est parfait pour lui, en lui, et qui le comble. Cette joie est inimitable : joie de sa beauté, de sa gloire, de sa béatitude, fruit venu par notre contemplation - même si ce qui vient de notre cœur n’est pas complet, ni sans mélange. De plus, nous le contemplons dans ses œuvres, ses actes, sa volonté que l’on va préférer. Même si ce n’est pas parfait de notre côté, cette joie nous fait du bien aussi et on sait de foi certaine que Dieu triomphera par amour.
La charité de Dieu nous tourne vers le prochain : aimer le prochain sera aussi une source de joie. S’ils sont les amis de Dieu, ils deviennent les nôtres ou doivent le devenir. Nous voulons leur conversion et elle nous réjouira en advenant, etc. Il y a de la tristesse devant telle lenteur ; mais « elle se changera en joie ».
Dans le choix de notre sujet, il y a précisément cette largeur, cette hauteur, cette profondeur de la notion de joie. Quand nous regardons ce que nous allons aider à réaliser avec les Équipes du Rosaire, c'est de cela qu'il sera question : la joie venue de Dieu que nous allons aider à vivre en en vivant auprès de ceux que nous appelons à prier avec nous, ceux qui perçoivent que nous sommes portés par une réalité paisible et joyeuse « qui n'est pas de ce monde ». Une telle joie n’est pas celle d’une vertu distincte, mais un acte de la vertu de charité. Elle est personnelle, et elle nous comble.

Rappelons-nous l’exemple de saint Dominique dans ce portrait par le bienheureux frère Jourdain de Saxe, son premier successeur quand le saint mourra en 1221 :

« Il y avait d'ailleurs quelque chose de plus éclatant et de plus grandiose que les miracles, c'était la perfection morale qui régnait en Dominique, et l'élan de ferveur divine qui le transportait. Ils étaient si grands, qu'on ne pouvait douter qu'il ne fût un vase d'honneur (Romains 9, 21) et de grâce, un vase orné de toute espèce de pierres précieuses. Il y avait en lui une très ferme égalité d'âme, sauf quand quelque misère en le troublant l'excitait à la compassion et à la miséricorde.
Et parce que la joie du cœur rend joyeux le visage (Proverbes 15, 13), l'équilibre serein de son être intérieur s'exprimait au dehors par les manifestations de sa bonté et la gaieté de son visage. Il conservait une telle constance dans les affaires qu'il avait jugé raisonnable devant Dieu d'accomplir, qu'il n'acceptait jamais, ou presque, de modifier une décision prononcée après mûre délibération. Mais puisque le témoignage de sa bonne conscience, comme on l'a déjà rappelé, éclairait toujours d'une grande joie son visage, la lumière de sa face ne se perdait pas sur la terre (Job 22, 24).
Par cette joie, il acquérait facilement l'amour de tout le monde, il s'infiltrait sans peine, dès le premier regard, dans l'affection de tous.
Sur tous les terrains de son activité, en route avec ses compagnons, à la maison avec son hôte et le reste de la maisonnée, parmi les grands, les princes et les prélats, il ne manquait jamais de paroles d'édification, il abondait en récits exemplaires capables de porter l'âme des auditeurs à l'amour du Christ et au mépris du siècle. Il se manifestait partout comme un homme de l'Évangile, en parole et en acte. Durant le jour, nul ne se mêlait plus que lui à la société de ses frères ou de ses compagnons de route, nul n'était plus gai. »


Service joyeux avec le Christ sur la Croix

Un autre exemple nous aidera à percevoir avec intensité ce que nous pouvons réaliser ou vivre plus sobrement, « à cause du Christ ». Voyez ces propos du fondateur d'un nouvel ordre monastique international, dédié au service des pauvres parmi les pauvres, le P. Richard Ho Lung : il affirme que cette vocation est source de joie pour beaucoup.

Fondé en 1981 par le père Richard Ho Lung, l'ordre des Missionnaires des PauvresMissionaries of the Poor ») compte actuellement 550 frères et prêtres actifs en Jamaïque (où il a été fondé et a son siège), en Inde, aux Philippines, en Haïti, en Ouganda, au Kenya et aux États-Unis.
Le père Ho Lung, qui a été initialement formé et ordonné dans l'ordre des Jésuites, a ressenti un autre appel, différent, à la Jamaïque quand il s'est hasardé dans les bidonvilles du quartier de la paroisse dont il était alors le curé. Il a décidé, à ce moment-là, de se consacrer exclusivement à construire des familles et des communautés parmi les pauvres et les défavorisés, à travers un nouvel ordre religieux.
Dans cet entretien accordé à l'émission de télévision « Où Dieu pleure» du Catholic Radio and Television Network (CRTN) avec la coopération de l'association Aide à l'Église en détresse, le prêtre parle de son appel au service des pauvres, de la joie qu'il expérimente au sein de son ordre, et de ses espoirs pour l'avenir.

P. Ho Lung : Mon père était chinois et venait d'Extrême-Orient ; quand il a épousé ma mère, il nous a enseigné l'extrême dénuement et les besoins des pauvres. Il nous répétait sans cesse : « Rappelez-vous que vous êtes pauvre. Rappelez-vous que je suis pauvre et rappelez-vous des plus pauvres. » Il nous a toujours rappelé que les gens de Jamaïque, bien que pauvres, sont les meilleurs des gens, et que sans les pauvres qui venaient chez nous et dans notre petite épicerie, à l'heure qu'il est nous ne serions pas vivants. Il nous disait : « Remerciez toujours, et quoi que vous fassiez dans votre vie n'oubliez pas les pauvres, où que vous soyez. » Tout a débuté là, avant même que je sois catholique.

- Vous avez choisi comme devise : « Service joyeux avec le Christ sur la Croix ». Pourquoi le choix de cette devise pour les Missionnaires des pauvres ?

P. Ho Lung : Dès le démarrage de la communauté, j'ai remarqué un phénomène très étrange. Les frères travaillaient chaque jour avec les plus pauvres, s'adonnant à fond aux tâches les plus simples, comme laver les personnes, faire la cuisine, les raser, leur couper les cheveux ; et pas seulement, mais ranger tout le désordre accumulé en fin de journée. Et même s'il se trouvait parmi eux des personnes malades du sida en fin de vie, des malades mentaux, ou des lépreux, ils rentraient tous comblés de joie. Et cela me paraissait très mystérieux parce que, d'un côté, nous insistons sur le fait que travailler avec les pauvres signifie porter la croix du Christ. Pourtant ils étaient tellement heureux à la fin de la journée, que nous avons adopté la devise : Service joyeux avec le Christ sur la Croix.

- Père, qu'est-ce qui dans ce travail vous donne la plus grande joie?

P. Ho Lung : Simplement de savoir que nous sommes unis au Christ, esprit et cœur, et aussi savoir que nous vivons les sacrements et la Parole de Dieu. Cette sensation de proximité et d'intimité avec Dieu est merveilleuse. Et puis, quand je regarde ces magnifiques vocations de jeunes et que je vois leur formidable joie, leur enthousiasme, leur ouverture, leur bonheur, jusque dans la mort (ils sont prêts à donner leur vie), rien ne peut me combler davantage.

- Et qu'est-ce qui vous fait souffrir le plus ?

P. Ho Lung : Notre plus grande souffrance a été quand deux de nos frères ont été tués. Ils ont été abattus à Kingston, en plein cœur du ghetto, très mystérieusement, la nuit. Toute la zone était plongée dans le silence et nos deux frères ont été tués par balle. Ce meurtre a été une grande tristesse pour moi et pour la communauté..

- Avez-vous trouvé un sens à ces meurtres ?

P. Ho Lung : Avant tout, la mort des frères a démontré le formidable engagement de nos jeunes. Personne n'a abandonné. En fait, notre communauté s'est agrandie, et même de façon remarquable, après la mort de nos frères. Et, depuis, le sens réel de la croix du Christ et de boire à la coupe de la souffrance a été très fort dans le cœur et l'esprit des autres frères. Il leur a fallu accomplir un grand discernement et comprendre que c'est sérieux. Autrement dit, leur vie et leur mort sont peut-être en jeu, mais nous devons continuer avec les gens.

La joie dont vous faites l’expérience peut être assez proche de celle dont témoigne le zèle de la première lettre de saint Jean : elle est liée à la transmission, à la tradition de la foi. Elle passe par toutes les étapes dont on peut ressentir les maillons ou les moments marquants, moments liés à nos sens aussi, à nos affections, à nos perceptions. C’est une joie incarnée, chrétienne profondément. Elle est la note propre de notre foi et désigne immédiatement le royaume du Seigneur ressuscité d’où nous vient toute grâce. La transmettre concrètement, de façon également tangible pour le bien de l'autre, et le mettre par la charité en communion avec Dieu et ses frères, c’est d’abord ce que fera au plus profond de ses « entrailles » Marie, sa Mère, et c’est elle que voudront transmettre les anges, messagers de Dieu.

Que ce fruit de l’Esprit soit vivant au profond de notre cœur !

 

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