Sois un saint prêtre du Seigneur !

Homélie prêchée le 9 juillet 2011 à Choceň, en République Tchèque, à l’occasion de la premiere messe du fr. Ludvík Grundman, o.p.


Frères et sœurs,

Une première messe, c’est un cadeau.

Un cadeau de Dieu et un cadeau pour Dieu. Dieu qui se donne dans l’Eucharistie et Dieu qui nous demande de lui offrir l’Eucharistie.

Un cadeau pour le nouveau prêtre lui-même. C’est l’occasion de réunir sa famille et ses amis. Cette première messe est exceptionnelle et on s’en souvient toute sa vie. Elle a le goût des commencements, des premières amours.

Un cadeau pour celui à qui on demande de prêcher. Dans l’Ordre des Prêcheurs, rares sont ceux qui ont prêché à leur première messe. Alors aujourd’hui, celui à qui on a fait cet honneur va oser ânonner quelques mots en tchèque… non sans avoir dit, juste avant la messe Deus in adjutórium meum inténde !, en latin, puisque c’est la seule langue véritablement universelle !

Un cadeau enfin pour ceux qui assistent à cette messe. Ce cadeau, c’est le nouveau prêtre lui-même, ce sont aussi les textes de la messe qu’il a choisie pour nous.

Parlons-en, justement, de ces textes ! Quel drôle de cadeau le frère Ludvik nous fait-il aujourd’hui ! On aurait attendu quelque chose de plus léger, de plus festif, mais non : nous voici en train de célébrer la Messe du Précieux Sang, avec l’évangile de l’Agonie du Christ à Gethsémani ! Décidemment, notre frère Ludvik n’en finira pas de nous surprendre…

Mais s’il a choisi cette messe pour sa première messe, c’est bien parce qu’il veut nous délivrer un message, en lien avec ce qu’il est devenu, un prêtre du Dieu vivant. Cela pourrait se résumer en une phrase : « Jésus, vrai Dieu et vrai homme, prie et souffre. »

Tout d’abord, le personnage principal de ces 6 versets de l’évangile de Luc est Jésus lui-même.
Jésus, vrai Dieu et vrai homme, avec une mère. […]
Jésus, vrai Dieu et vrai homme, avec une famille. […]
Jésus est le Grand Prêtre par excellence, plus qu’un modèle à atteindre puisque le prêtre agit in personna Christi.
Le prêtre est un autre Christ.

Ensuite, dans notre texte, un verbe revient par trois fois : il s’agit du verbe « prier ». Jésus, comme de coutume, s’isole pour prier. C’est là que s’enracine sa relation avec son Père. Sans la prière, notre vocation ne vaut pas grand-chose. Elle s’étiole et l’enthousiasme des premiers temps s’estompe.
Le prêtre est un homme de prière.

Enfin, Jésus est tenté. Il souffre et entre en agonie. Nous savons que les prêtres ne sont pas des hommes mieux que les autres. Ils ne sont pas pires non plus ! Mais comme ils sont les fils préférés de la Vierge Marie qui a pour eux une affection toute particulière, le diable prend un malin plaisir à les faire tomber. Si Jésus est tenté, un prêtre du Seigneur sera tenté a fortiori. Si Jésus souffre, au moment d’entrer dans sa Passion, à tel point que sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang, c’est que le prêtre aussi est appelé à souffrir. Il souffre pour lui-même et pour le monde. C’est la souffrance de l’amour car un cœur qui ne souffre plus est un cœur qui est mort.
Le prêtre est un homme des douleurs.

Le message que nous donne le frère Ludvik en ce jour est clair : « Priez pour moi, pour que je n’entre pas en tentation, pour que je résiste au mal et fasse la volonté du Père. Priez pour moi pour que je sois un homme de prière. En un mot, pour que je sois un saint prêtre. »

C’est un bon résumé, n’est-ce pas, cher frère Ludvik ?

Et ça tombe bien, parce que finalement, frère Ludvik, c’est ce que nous te demandons : que tu sois un saint prêtre. En fait, c’est plus qu’une demande. Nous l’exigeons et, par nous, c’est Dieu qui l’exige.

Pour cela, il va falloir que tu acceptes de verser ton sang.
Il va falloir que tu acceptes d’entrer en agonie avec ceux qui meurent.
Il va falloir que tu acceptes de fléchir les genoux pour te mettre à la hauteur des petits.
Il va falloir que tu acceptes de renoncer à ta volonté.

Il faut que tu sois un saint prêtre.

Alors, cher frère Ludvik, laisse-moi à mon tour te donner un petit cadeau. C’est plus qu’un conseil. Il n’est pas tiré des citations de saints dominicains ; il n’a pas été tiré non plus de la Somme de saint Thomas d’Aquin.

Non, mais c’est le conseil -l’ordre !- donné par la bienheureuse Mère Térésa de Calcutta, elle qui avait fait mettre dans toutes les chapelles des Missionnaires de la Charité les paroles du Christ en sa Passion : «J’ai soif ! »

Voici son conseil, celui qu’elle donnait à tous ses prêtres :
« Dis ta messe comme si c’était ta première messe,
Dis ta messe comme si c’était ta dernière messe,
Dis ta messe comme si c’était la seule de toute ta vie. »

Frère Ludvik, ne l’oublie jamais.
Sois un saint prêtre du Seigneur !
Amen.

Category:
Français