Un accomplissement

Homélie prêchée le 28 février 2010, deuxième dimanche de Carême

« Je ne suis pas venu abolir mais accomplir, la Loi et les Prophètes », parole de Jésus-Christ. Cette parole marque l’intention profonde de Jésus et tout l’Évangile s’inscrit dans cette dynamique. Ainsi lorsque Jésus guérit les malades et accomplit signes et prodiges, les bénéficiaires et les témoins, à commencer par les disciples et les apôtres, comprennent que Jésus s’inscrit dans la lignée du prophète Élie. Les récits des évangiles n’oublient pas d’indiquer un lien entre ce qui a été fait par la figure d’Élie et ce que fait Jésus : qu’il s’agisse de la résurrection du fils de la veuve, de la multiplication des pains ou d’autres signes de la venue du Règne de Dieu ; ces rapprochements montrent que Jésus fait davantage qu’Élie ; il accomplit. De même, ils montrent que Jésus accomplit ce que Moïse avait fait. Il réussit là où Moïse avait échoué comme l’a rappelé les récits de la Tentation lus lors du premier dimanche de carême. Jésus approfondit et radicalise la Loi donnée par Moïse… Ainsi la Loi et les Prophètes, emblématiquement rattachés à Moïse et Élie, sont-ils accomplis.

Pourtant ces éléments ne suffisent pas. Ils restent au niveau de l’action. Il faut aller plus avant et considérer la prière de Jésus. Jésus allait à la synagogue prier avec les siens ; il lisait les Écritures ; il les commentait. Mais il y avait aussi un autre trait de sa prière. Jésus se retirait dans la solitude, souvent pendant la nuit après des journées bien pleines. Il y était dans le secret – le secret de son être. Or une fois, Jésus n’a pas respecté cette règle. Il a pris avec lui ses plus proches, Pierre, Jean et Jacques et il a prié devant eux.

Jésus monte avec eux « sur la Montagne ». Son nom n’est pas donné, mais tout lecteur comprend que cette mention renvoie à deux moments fondateurs de la vie du peuple élu. Moïse avait reçu la Loi sur « la Montagne de Dieu » ; là, dans la nuée – tout à la fois ombre et lumière – il avait été témoin du passage de la gloire de Dieu qui a prononcé son nom. Élie était monté sur cette même montagne, à l’heure de la persécution ; là Dieu s’était manifesté à lui, dans la douceur d’un souffle ténu. C’est dans le même lieu que Jésus mène ses plus proches. Ceux-ci sont témoins de ce que l’on appelle la transfiguration ; ils perçoivent le secret de Jésus : sa relation avec celui qu’il appelle « Père » et qui lui donne le titre de « Fils de son amour ». Ainsi se dévoile à leurs yeux et à la mesure de leur étonnement que l’action de Jésus est le rayonnement de son être. C’est donc une révélation. Jésus est habité de la présence de son Père.

Cette présence n’est pas une élision de la vérité humaine, mais la préfiguration de ce que sera la résurrection : une âme et un corps pleinement habité par la présence de Dieu. C’est un accomplissement de la loi et les prophètes en donnant accès à une dimension de vie qui réalise pleinement l’intention de Dieu dont Moïse et Élie étaient les messagers et les figures. La résurrection est annoncée au moment où Jésus monte à Jérusalem et cela donne aux amis de Jésus le dynamisme pour traverser l’épreuve. Tel est notre chemin, la voie de l’accomplissement.

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