Vivement le ciel !

Homélie prêchée le 9 mai 2013, en la solennité de l’Ascension du Seigneur, au Couvent des Ursulines de Fribourg (Suisse)

 
Frères et sœurs, il y a un proverbe espagnol qui dit la chose suivante : «Dans l’année, il y a trois jours qui brillent plus que le soleil : le Jeudi Saint, la Fête Dieu et le jour de l’Ascension. »
Nous y voilà donc, c’est l’Ascension ! Un jour pas comme les autres, un jour qui brille comme le soleil.

Hasard du calendrier, cette solennité a été discrètement introduite par une fête chez vos voisins dominicains : hier nous avons en effet fait mémoire de la Vierge Marie, patronne de l’Ordre des Prêcheurs. Sans aucun doute, cette fête est passée inaperçue ici.

C’est bien dommage, mais la liturgie est ainsi faite. C’est bien dommage, parce qu’à l’office des lectures on raconte une belle histoire qui concerne saint Dominique. C’est une sœur moniale qui nous rapporte que Dominique, dans une extase, se retrouve au ciel. Il est devant le trône du Seigneur à côté duquel est assise Marie, sa mère. Et alors qu’il regarde autour de lui, notre bienheureux père voit les hôtes du ciel. A sa stupéfaction, il ne voit aucun dominicain ! Alors, il se met à pleurer amèrement. Le Seigneur lui demande : « Dominique, pourquoi pleures-tu ? » Et Dominique de répondre : « Mais Seigneur, j’ai fondé un ordre, pour toi ! Et je ne vois pas un dominicain au ciel ! » Jésus alors reprend la parole et lui demande : « Veux-tu voir où sont les membres de ton ordre ? » Et Dominique, tout tremblant parce qu’il craint de les voir tous en enfer, lui répond que oui. Et alors, le Seigneur soulève le manteau de sa mère, aussi grand que le ciel, si grand qu’il pourrait recouvrir la terre entière et sous ce manteau, on trouve tous les frères et les sœurs de l’Ordre des Prêcheurs !

Pourquoi vous raconter cette histoire, frères et sœurs ? Parce que c’est une belle histoire, certes, mais aussi pour que nous en tirions trois choses en ce jour de l’Ascension.

La première, c’est que saint Dominique se retrouve au ciel. Et c’est là notre destin. Si les anges demandent aux Apôtres « pourquoi restez-vous là à regarder le ciel », c’est pour les inviter à ne pas rester inactifs… tout en gardant au fond d’eux ce désir du ciel. Le ciel est notre patrie et tous, nous avons gravée en nous cette nostalgie du ciel.

Au ciel, c’est devant Dieu que nous allons nous retrouver. Le Seigneur qui monte aux cieux nous montre le chemin. C’est le chemin que suivent ceux qui l’aiment et lui ressemblent, c’est le chemin des saints et c’est le nôtre. Plutôt que de penser à la mort, et si nous pensions un peu plus au ciel ?

La deuxième chose –et elle ne vous a pas échappé j’en suis certain- c’est que saint Dominique n’a pas vu, dans un premier temps, de dominicains au ciel. Mais il n’a pas vu d’ursulines non plus ! Pourquoi donc ?

Les esprits bien rationnels diront que c’est normal car elles n’avaient pas encore été fondées… C’est vrai, mais je retiendrai une autre possibilité. C’est qu’elles se trouvent aussi sous le manteau de Marie ! L’histoire ne dit-elle pas que le manteau était aussi grand que le ciel ? Nous avons tous notre place sous ce manteau. Il suffit de vouloir s’y abriter !

La troisième chose, c’est que ce manteau est si grand qu’il pourrait recouvrir la terre entière. Celle qui le porte est au ciel, certes… mais le manteau recouvre la terre également. Le ciel, c’est sur terre qu’on le prépare. Il va falloir apprendre à vivre au souffle de l’Esprit, dès ici-bas.

Jésus promet d’envoyer son Esprit à ses disciples. Il nous le promet aussi. Pour qu’il se communique à nous, apprenons à faire une place à Marie dans notre cœur et dans notre vie. C’est saint Louis-Marie Grignion de Montfort qui disait que « quand le Saint-Esprit, son Epoux a trouvé Marie dans une âme, il y vole, il y entre pleinement, il se communique à cette âme abondamment et autant qu'elle donne place à son Épouse. »

Avec Marie, vivre au souffle de l’Esprit.
Oh, ce ne sera pas encore le ciel… mais nous en aurons un avant-goût qui nous le fera désirer plus encore.

Frères et sœurs, le ciel est notre vraie patrie.

Vivement le ciel !
Amen.

 

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