Un feu sur le rivage

Homélie prêchée le 18 avril 2010, troisième dimanche de Pâques.

Au cours de sa montée à Jérusalem, Jésus avait déclaré : « Je suis venu allumer un feu sur la terre… et quelle n’est pas mon impatience qu’il brûle». Or voici que le jour de Pâques, ainsi que le rapporte saint Luc, après avoir marché avec lui, deux de ses disciples reconnaissent : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant quand il nous expliquait les Écritures ? » Ainsi le feu dont parle Jésus n’était pas le feu apocalyptique de la fin des temps, flamme et tempête détruisant le vieux monde, mais une ardeur à l’intime du cœur. Le feu était ce qui donne valeur à la vie, dynamisme et courage. Aujourd’hui nous lisons dans le récit ce qui advint aux disciples partis à la pêche : « En arrivant sur le rivage, ils voient un feu de braise ». Il y a chaleur, réconfort, renouvellement des forces, du corps usé et lassé par la peine de vivre. Dans la nuit de Pâques nous avons allumé un grand feu. Il ne s’agissait pas seulement de la flamme issue d’un fagot de sarments de vigne, mais de la chaleur de l’amitié et de la foi. C’est dans ce contexte que s’est instauré le dialogue entre Pierre et son Maître qui porte sur la déclinaison du verbe aimer – avec l’emploi nuancé de plusieurs mots grecs.

Le récit de Jean n’est pas anecdotique, quand on le situe dans l’ensemble du Nouveau Testament. Nous avons entendu dimanche dernier ce qui constitue au sens strict la fin de l’évangile de Jean avec la confession de foi exemplaire de Thomas, figure du vrai disciple, et la note finale. Or voici qu’un chapitre vient s’y ajouter. Pourquoi cet ajout ? À mon avis, c’est pour achever l’ensemble des quatre évangiles que ce chapitre a été ajouté; il fait en effet inclusion avec le début. Le lecteur revient au commencement, au bord du lac de Tibériade avec les premiers disciples appelés , tant dans les synoptiques, (Pierre, André, Jacques, Jean) qu’en Jean (Nathanaël). Ils ont suivi Jésus ; ils sont les de son action, de ses paroles. Ils sont les témoins de sa passion ; les voilà institués témoins de la résurrection. Le premier mot adressé à Pierre était : « Suis-moi » ; le dernier mot qui lui est dit est encore : « Suis-moi ».

Nous sommes donc dans un acte d’accomplissement. Nous remarquons là encore que Jean a le souci de mettre en ordre les valeurs évangéliques. D’une part, il donne à Pierre la responsabilité, mais en contrepoint il place toujours « le disciple que Jésus aimait », cet anonyme qui nous représente et qui représente le peuple de Dieu, objet de sa prévenance.

Nous voici donc auprès du feu allumé par le ressuscité. Nous venons nous y réchauffer tant il fait froid dans notre monde sans amour ; nous venons nous y éclairer, tant il est sombre l’horizon de l’avenir ; nous venons, comme Pierre, y recevoir le pardon pour nos reniements. Nous venons y entendre sa parole. Et surtout nous venons y rencontrer quelqu’un qui nous a aimés le premier et nous donne la capacité d’aimer dans le rayonnement de son amour.

Oui ! Que s’ouvrent nos yeux pour qu’en arrivant sur le rivage nous puissions voir le feu allumé sur le rivage.

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