L'Immaculée Conception

Homélie prêchée aux Soeurs moniales de Saint-Maximin le 8 décembre 1998


Fêter l’Immaculée Conception de la sainte Vierge Marie, c’est fêter l’incommensurable bonté de Dieu pour notre humanité. Une bonté dont la caractéristique est la prévenance, et la prévenance au double sens du terme, de prévision anticipée et de délicatesse.

Il fallait que Dieu eût vraiment à cœur le salut de sa créature humaine pour qu’il prévoie bien longtemps à l’avance ce qu’il ferait, et son choix de Marie, et la présomption de son oui libre, et la nécessité de la préparer intérieurement, spirituellement à sa mission.

Mais il y a mis aussi beaucoup de délicatesse comme on peut le voir dans le merveilleux récit de l’Annonciation, qu’on ne se lasse ni de lire, ni d’entendre. L’Archange Gabriel a pour Marie toute la prévenance de Dieu. Il s’adresse à elle avec courtoisie. Il la salue avec respect. Il la rassure dans son légitime émoi. Il la comble de joie en lui annonçant qu’elle va être une maman. Il répond à ses questions. Il lui donne des preuves et des garanties qu’il dit vrai. Et par-dessus tout il ne lui demande rien, il ne lui pose aucune question, il ne lui propose aucun contrat. Il laisse Marie dire d’elle-même cette déclaration qui est désormais le modèle de tous les engagements de ceux qui veulent de tout leur cœur faire la volonté de Dieu et entrer dans son projet.

Et c’est ainsi que se rencontrèrent le ciel et la terre, le Père des cieux qui veut sauver ceux qu’Il aime et cette fille d’Israël qui veut participer à cette œuvre de salut.

Et ce qui est merveilleux dans cette rencontre, c’est que Marie n’ait pas eu peur de Dieu. Elle n’est pas comme Eve qui se cache, elle n’est pas comme nous qui craignons toujours qu’il ne nous en soit trop demandé. Elle est là, toute simple, toute remplie du grand désir de plaire à son Dieu. Et si elle est bouleversée, c’est qu’elle pressent qu’on va lui confier une immense mission, une mission qui dépasse ses forces humaines, une mission pour laquelle elle sait bien qu’elle n’est pas préparée du moins à vues humaines.

Car elle est bel et bien préparée. Et c’est Dieu lui-même qui s’est chargé de cette préparation toute intérieure. Et c’est bien ce que nous fêtons aujourd’hui : Marie préparée par Dieu pour être la Mère du Sauveur. Car il ne lui est pas demandé d’être une grande théologienne, ni une fondatrice d’Eglises, ni d’être prédicateur ou docteur, prophète, ni missionnaire, ni martyre. Il lui est demandé seulement de vivre ce qu’elle désire le plus au monde, j’imagine, être mère, avoir un fils, le nourrir, l’élever, lui apprendre à parler et à être un homme, lui donner un foyer et des bras pour le consoler. Et puis le courage de le laisser vivre sa vie quand son heure sera venue, et le courage de l’accompagner jusqu’au bout en le soutenant de sa présence et de son amour.

Voilà ce à quoi Dieu l’a préparée. Mais avec quelle prévenance qui ne supprime en rien, ni de sa liberté, ni de sa prise en charge de ses responsabilités.

Inutile de dire, que nous aussi nous avons été préparés par Dieu pour la mission qu’il a prévu de nous confier, chacun selon sa vocation chacun selon ses grâces.

Par la grâce du baptême, il nous a libérés du péché originel, il nous a donné la foi et il nous a appelés à participer à son amour de charité, tu as trouvé grâce auprès de Dieu.

Par la grâce de la confirmation, à nous aussi il a été dit l’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre.

Par la grâce de l’Eucharistie, il nous est donné de recevoir la chair du Christ, pour nous en nourrir et qu’en nous elle porte du fruit : tu vas concevoir et enfanteras une parole que tu dois porter au monde.

Et par la grâce de notre engagement religieux, de notre fiat, notre oui à Dieu, il nous est donné de répondre à l’appel de Dieu, d’entrer dans son projet qui est de sauver le monde.

Mes sœurs, vous, par votre prière continuelle, nous, les frères, par le ministère d’une prédication qui ne se lasse pas malgré l’absence de résultats et le peu d’écho qu’elle reçoit, nous sommes associés à Marie. Toutes proportions gardées, ce qui lui arrive, nous arrive. Nous sommes appelés à faire comme elle la volonté de Dieu, à assurer comme elle notre mission qui consiste, dans l’Ordre de saint Dominique, à recevoir la Parole de Dieu, à la porter dans son sein pour qu’elle y prenne chair et à la livrer au monde.

Marie, Mère des Prêcheurs, aide-nous à rester fidèles comme tu as été fidèle, toi que Dieu a aimée de toute éternité.

Amen.

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