Mais où est-il ?

Frères et sœurs, je ne sais si vous aimez Louis de Funès, mais étant enfant j’avais pour cet acteur aujourd’hui disparu, une véritable vénération. Et au-delà des grands classiques que sont Le Corniaud, La Grande Vadrouille ou La Folie des grandeurs, je me souviens également d’un épisode de Fantômas, où le commissaire Juve, alias Louis de Funès, découvre hébété, un homme pendu au plafond de sa chambre ; et l’instant d’après, ayant ameuté tous les habitants du château, ne l’y retrouve plus !!! Ce dernier a alors cette réplique culte : « On a dépendu mon pendu, je veux retrouver mon pendu. »

Mais vous l’aurez compris, je n’entends pas faire ici la critique cinématographique, de cette comédie médiocre des années soixante ; mais, plus exactement, j’entends souligner ici l’interrogation légitime du commissaire Juve. On lui a enlevé son pendu et ce dernier cherche à savoir où il est. Car, nous sommes bien d’accord, il est forcément quelque part !

Cela en effet relève du simple bon sens. Et bien frères et sœurs, en ce matin de Pâques, ce soi-disant bon sens, est mis à rude épreuve ! Marie Madeleine, les apôtres, mais aussi nous-mêmes aujourd’hui, nous nous heurtons à l’insondable mystère de Pâques ! Devant le tombeau vide, notre bon sens vacille, notre intelligence chancelle, et inévitablement une question se pose : « Mais le corps de Jésus, où est-il ? »

En effet, la disparition effective du corps de Jésus, n’est pas une chose évidente à admettre. Et dans un premier temps Marie Madeleine elle-même a la réaction que nous aurions eu à sa place : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis ».

Si les croix que nous portons autour du cou, sont le signe de notre appartenance au Christ, le tombeau vide du matin de Pâque est pour tous les baptisés, le signe de notre résurrection future ; l’affirmation aussi violente qu’incroyable, que notre patrie est dans les cieux et que le Christ ayant vaincu la mort, rien, pas même la corruption physique de nos pauvres corps, ne nous empêchera de partager la vie des bienheureux.

Mais vous vous en doutez, la résurrection, cette thèse chrétienne, cette vérité de foi que nous confesserons encore aujourd’hui dans le credo, n’est pas du goût de tout le monde…

Et le monde justement ne l’entend pas de cette oreille. Aussi, périodiquement, et bien souvent à la période de Pâques, nous avons droit comme par hasard, dans les journaux, sur internet, à la radio, ou sur Arte, à l’analyse pseudo scientifique d’un quelconque illuminé, qui, pour la énième fois nous ressert un plat déjà largement réchauffé : « Cette fois, ça y est, c’est sûr, on a retrouvé le tombeau et le corps de Jésus ! »

Et si cette thèse aujourd’hui refait périodiquement surface, c’est que le monde résiste à la grâce, et refuse obstinément d’envisager la résurrection de Jésus comme possible. Or frères et sœurs, comprenons-le bien, si le signe du tombeau vide, ne prouve pas la résurrection de Jésus, il en établit au moins la possibilité !

Et de cela les ennemis de Jésus ne veulent entendre parler à aucun prix. Ce tombeau vide, cette inexplicable disparition du corps de Jésus, est pour tous ceux qui ne veulent pas croire, un véritable cauchemar ! Mais rassurons-nous, la chose n’est pas nouvelle, et durera encore jusqu’à ce que le Christ revienne.

D’ailleurs, déjà en son temps, les grands prêtres de Jérusalem n’avaient pas hésité à soudoyer les soldats, qui gardaient le tombeau, pour qu’ils affirment haut et fort que les disciples du Christ avaient dérobé son corps, durant la nuit, pendant que la garde dormait. Alors bien sûr, tout cela pourrait prêter à sourire, si cependant la foi et le salut de certains n’étaient pas en jeu. Car en effet, beaucoup de nos contemporains et parfois mêmes des chrétiens apparemment avertis, prêtent une oreille attentive à ce genre de balivernes. Et, fascinés par la fameuse théorie du complot, commencent à s’imaginer que l’Église leur a caché quelque chose… Puis, sans trop comprendre ce qu’ils disent, déclarent sans sourciller, que finalement, cela ne change pas grand chose à leur foi !

Mais alors frères et sœurs, à quoi croient-ils ? Car comme le dit saint Paul, « si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message et vide aussi notre foi. » Et, poursuit l’Apôtre, « si nous mettons notre foi en Christ uniquement pour cette vie, nous sommes alors les plus à plaindre de tous les hommes ». En effet frères et sœurs, ne pas croire à la résurrection du Christ, c’est bien sûr ne pas être chrétien, mais c’est surtout ne pas croire que la vie est plus forte que la mort, et fatalement ce n’est pas croire à notre propre résurrection… C’est donc nier le message central de notre foi chrétienne, et admettre finalement que tout est vain, et que notre vie s’arrête à la tombe.

Ne pas croire à la résurrection du Christ, c’est aussi pêcher par orgueil et suffisance, et réduire le mystère de notre vie, à ce que notre intelligence limitée en comprend. C’est en fait frères et sœurs se comporter comme de simples païens, qui devant le signe du tombeau vide, refusent de croire, refusent de poser, humblement, un acte de foi ! Pourtant saint Augustin nous le rappelle, « la foi des chrétiens est la résurrection du Christ ». Et c’est un fait, la résurrection du Christ appelle notre foi ! Cela nous le voyons dans l’évangile de ce jour. Le disciple qui accompagne Pierre, le disciple que Jésus aimait, est, à la vue du tombeau vide, complètement retourné ! « Il vit et il crut ! » dit le texte, et cela a changé, totalement sa vie. Cette attitude de disciple, ce regard contemplatif posé sur le tombeau vide, il nous faut frères et sœurs le faire nôtre. Car seul ce regard de foi qui voit à travers l’invisible nous permettra de comprendre de l’intérieur ce qu’est vraiment le mystère de Pâques, ce qu’est vraiment notre vie, et cela changera alors notre existence.

En effet frères et sœurs, si nous croyons vraiment que le Christ est ressuscité, plus rien ne doit nous effrayer ! Et tous ces événements douloureux qui jalonnent nos vies, toutes ces petites morts, qui jusqu’à présent nous apparaissaient comme autant d’échecs définitifs, doivent plutôt nous apparaître aujourd’hui comme temporaires et signes d’un printemps à venir, signes d’un renouveau certain. Aussi, « ne cherchons pas parmi les morts celui qui est vivant », et ayons sur les choses, et sur la vie en général, le regard du cultivateur qui, en hiver et au-delà des apparences, sait toujours que sous terre, son grain de blé grandit !

Soyons donc pour notre monde, et l’humanité entière, signe de cette résurrection future, qui déjà nous habite ! Par notre foi, notre espérance et notre charité, ayons à cœur d’être les vrais témoins du ressuscité ! Efforçons-nous ainsi de cultiver en nous cette vie intérieure, cette vie de l’Esprit. Alors soyons-en sûrs, nous aurons assurément de vraies têtes de ressuscités !

Des visages et des sourires qui rayonnent, et qui, à l’image de notre Pape François, donnent envie de connaître Jésus, et invitent tous les hommes de bonne volonté à crier avec nous: « Il est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! Alléluia ! Alléluia ! » Amen.

L'auteur de cette homélie

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