L'Eucharistie, "pro mundi vita"

Pour parcourir ce texte de l'évangile de Jean, je vous propose, frères et sœurs de commencer par la fin. Vous avez d'ailleurs à cet instant les dernières paroles du texte sous les yeux, derrière, sur la tapisserie : pro mundi vita, pour que le monde ait la vie. Ces mots nous indiquent l'objectif, le but à atteindre.

Le problème c'est que le monde est vaste, que les hommes sont nombreux. Comment la vie peut-elle atteindre tant d'hommes et de femmes ? C'était la même question dans l'épisode précédent lors de la multiplication des pains. Comment nourrir une telle foule ?


1. Ce qui est donné à tous

La multiplication de ce pain fait de farine éveille nos sens à un autre pain, celui qui nourrit vraiment l'homme affamé et celui qui à partir de presque rien, peut se multiplier à l'infini.

Ce pain, le texte nous le répète, c'est Celui qui est, c'est la vie. C'est l'existence qui nous est donnée à chaque seconde, comme une source qui coule.

Manger ce pain vivant, c'est donc vivre pleinement, c'est croquer cette vie à pleine dent. Nous sommes ainsi rassasiés car nous avons faim de la vie. Encore faut-il savoir pour ne pas se tromper ce que nous entendons par vie. Essayons d'y voir plus clair.


2. La vie passe par la chair

Nous constatons que cette vie dont nous parlons passe par notre chair. Notre chair est éprouvée, elle ressent, elle peut être touchée par l'Autre. Ainsi, par exemple, nous nous pinçons pour vérifier que nous ne rêvons pas. Notre chair est aussi ce qui nous rend vulnérable.


3. Jésus ?

Si l'existence est donnée à tous et que tous nous recevons une chair capable d'être éprouvée, que viens faire Jésus dans cette histoire ?

C'est que parfois nous sommes tentés de faire taire notre chair, de la murer, de la museler si bien et si fort qu'elle finit par rester silencieuse. Nous en sommes réduit à porter un masque, à faire croire que tout va bien quand tout va mal, à nous enfoncer petit à petit dans un mensonge, et même à nous y habituer.

Jésus, lui, est le pain vivant. Il est cette vie que nous devons croquer. Sa chair est vivante. Donc, pour nous, elle est vivifiante. Face aux événements de la vie, Jésus ne muselle jamais sa chair. Il pourrait mettre un masque, jouer au dur ou à celui qui maîtrise la situation. Non, quand sa chair crie, il entend, que ce soit un cri de douleur ou de joie. Il intègre ce crie et l'ordonne au but de départ que nous avons souligné : pro mundi vita, pour que le monde ait la vie. Pour que le monde se réconcilie avec ce corps qui lui vient du Père.


4. L'Esprit Saint

Ainsi, lorsque nous venons à Jésus, son esprit vient habiter en nous et c'est notre chair perdue qui se réveille. Notre chair devient celle du Christ. Jésus, le verbe de Dieu, s'engendre en nous par l'Esprit Saint.


5. Toute notre vie devient nourriture

Le miracle, c'est que par la parole du Christ et par son eucharistie, toute notre vie devient nourriture : les activités quotidiennes, les épreuves comme les joies deviennent une nourriture. Puisque tout et même la mort a été traversée par la chair toujours vivante du Christ, alors tout, même la mort, devient nourriture pour la vie éternelle. Nous sommes ainsi réconcilié avec le corps, avec notre corps et donc avec le créateur de ce corps, notre Père céleste.

Mais revenons à notre point de départ. Oui, Jésus est bien ce pain qui donne la vie au monde. Comme les cinq pains d'orge et les 2 poissons, sa chair ressuscitée, par l'Esprit, se multiplie à l'infinie en chacun de nous en vivifiant notre chair. Elle transforme tout ce qui fait notre vie, ce qui nous vient du Père, en nourriture pour la vie éternelle.

Amen.

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