Avec Marie, dans la chambre haute


Dans le groupe de ceux qui sont réunis dans la chambre haute, en ce cinquantième jour après Pâques, on rencontre plusieurs femmes, dont Marie, mère de Jésus. Marie ne manque aucun des rendez-vous de l'Esprit Saint. N'a-t-elle pas été comblée de la grâce de l'Esprit dès sa conception immaculée ? L'Esprit Saint ne l'a-t-il pas couverte de son ombre quand elle eut dit oui à la demande de l'ange ? N'était-elle pas poussée par l'Esprit Saint quand elle rendit visite à sa cousine Élisabeth, afin de vivre avec elle une petite Pentecôte de louange, de bonheur et de joie ? Ne se tenait-elle pas debout au pied de la Croix, ayant auprès d'elle le disciple bien-aimé, quand Jésus, selon le mot soigneusement choisi par saint Jean, « transmit » l'Esprit ? Quand l'Esprit se manifeste, nous pouvons être certains que Marie n'est pas loin. Un peu d'attention et nous aurons vite reconnu sa présence discrète et silencieuse. Comme une disciple fidèle, elle se tient là, toujours en appel de sa venue d'en haut. Par sa béance entretenue, qui est humilité, dépendance, abandon, Marie attire l'Esprit sur elle, sur l'Église et sur nous. Et l'Esprit semble incapable de résister à son invocation. Ou s'il le peut, il est clair qu'il ne le veut pas et que, bien au contraire, il prend plaisir à venir là où Marie l'appelle. Il met son bon plaisir à ne pas faire attendre celle qui n'est qu'attente de Lui, ouverture, disponibilité, soif de sa divine fraîcheur.

Marie habite donc la chambre haute dans une intercession silencieuse, mais ô combien efficace. Omnipotentia supplex : elle est la toute-puissance suppliante, comme l'a appelée la tradition. Cet Esprit qu'elle invoque par une constante prière, elle en est devenue le témoin et le garant. Car il y a esprit et esprit, et il faut toujours prudemment discerner. L'esprit de l'ombre, nous dit saint Paul, prend parfois des vêtements de lumière. Nous risquons de nous tromper grossièrement. Pour vérifier quel esprit nous visite, disons simplement le nom de Marie, approchons-nous du coin discret de notre âme qu'elle habite. L'Autre, elle le fera fuir par sa seule présence. Elle n'a rien, rien à voir avec lui. Il n'a jamais pu l'approcher. Elle est trop à l'Esprit Saint, elle appartient trop exclusivement à l'Esprit de la Vérité. Elle est de la Vérité et elle atteste, par sa présence, la fidélité des oeuvres de Dieu. Le Fils du Père est venu dans la chair, l'Esprit du Père et du Fils vient demeurer dans l'Église : Marie rend témoignage, par sa simple présence, de l'unité du dessein divin, elle atteste l'unité de la Trinité qui s'y déploie.

Marie se tient auprès des Douze, auprès de Jean qui l'a prise chez lui, auprès de nous qui nous réfugions auprès d'elle. Elle précède l'Église et la permet. Elle la met au monde, spirituellement, comme elle le faisait déjà à la Croix dans la douleur. Mais c'est maintenant l'heure de la joie, cette joie qui éclate en ivresse dans l'enthousiasme des apôtres et qui, chez elle, s'approfondit dans le silence du parfait consentement.

Car si pour Marie, l'Esprit est en quelque sorte «une vieille connaissance», c'est précisément en ce sens qu'elle est habituée, mieux, qu'elle est harmonisée dans tout son être, aux conduites imprévisibles de l'Esprit. De la crèche à la Croix, et de la Croix à la chambre haute : « Esprit, jusqu'où me conduiras-tu ? Où m'emmèneras-tu ? », demande Marie, émerveillée mais non pas étonnée. Marie est experte en cette bienheureuse ignorance des amis de l'Esprit qui ne savent ni d'où il vient ni où il va. Elle est prête à tout, elle n'imagine rien, car toujours l'Esprit la précède, toujours il la conduit vers de nouveaux horizons. Non que l'Esprit soit fantasque ou arbitraire. Il est sage au contraire, mais de cette sagesse divine, inépuisable en ressources. Et Marie y correspond par un très sage silence, une très humble et silencieuse adhésion du coeur.

Aujourd'hui dans la chambre haute, avec l'Église naissante, Marie reçoit une nouvelle fois l'Esprit Saint et c'est une oeuvre nouvelle qu'il inaugure, avec elle et, oui, par elle. Dieu qui n'a pas voulu façonner le corps charnel de Jésus sans le consentement de Marie ne veut pas non plus réaliser son corps mystique, qui est l'Église, sans la coopération de la Vierge Mère. Décidément, l'Esprit ne fera rien sans elle et même, il fera tout par elle. Marie se prête, en humble et joyeuse servante, aux oeuvres de l'Esprit. Elle les découvre au fur et à mesure, selon le don, et la volonté, et la tendresse infiniment délicate de l'Esprit. Œuvres immenses, à la vérité, car l'Église est comme le condensé de la pensée du Père sur le monde et de son dessein de bienveillance miséricordieuse. Œuvres grandioses, parfois spectaculaires dans l'efflorescence des charismes et de la sainteté, souvent cachées, inaperçues des hommes, enfouies au fond des cœurs, mais toujours puissantes, profondes, certaines. Chaque fois qu'un enfant de Dieu se laisse conduire par l'Esprit, Marie est là, Marie a précédé, Marie a accompagné de tout l'amour de son cœur de Mère.

Et Pierre qui a renié, et Jacques et Jean qui voulaient faire carrière, et tous les autres, faibles et pécheurs comme eux, et nous pécheurs qui mettons notre espérance en la miséricorde inépuisable du Père, tous, nous sommes l'objet des soins attentifs de Marie. N'allons pas, sous prétexte de notre péché et de sa sainteté, nous tenir à distance. N'allons pas risquer de contrister l'Esprit Saint en nous tenant à l'écart de la chambre haute où Marie enfante l'Église. Entrons, pécheurs pleins de regret, dans ce lieu saint. Approchons-nous de l'Esprit, qui est la rémission des péchés! Lavons-nous, purifions-nous, laissons l'Esprit recréer notre cœur, laissons-nous faire par l'Esprit !

Il était une petite fille très malade qui était venue voir la Sainte Vierge à Lourdes pour obtenir d'elle la guérison. Au moment d'entrer dans la piscine, on lui dit d'exprimer ce qu'elle demandait. Cette enfant, qui s'était remise en toute confiance à la Vierge Marie, eut alors cette réponse inattendue : « Je ne demande rien, je me laisse faire. » C'était en la fête de Pentecôte, il y a un an. Élisabeth ne fut pas guérie, elle entra dans la maison du Père quelques semaines plus tard. Jamais elle n'eut peur de la mort. Tous les jours, elle redisait à Dieu sa confiance. Elle était pleine du fruit de l'Esprit qui est charité, paix, joie, confiance. Rendue parfaite en peu de temps, elle fit un magnifique chemin spirituel.

Comme cette petite sainte, comme Marie notre Mère, il nous faut apprendre, pour nous-même, pour nos familles et nos communautés, pour notre Église diocésaine, à nous laisser faire par l'Esprit, à nous remettre à sa conduite. Nous découvrirons vite nos résistances à l'Esprit. C'est lui, l'Esprit, qui en sera le vainqueur. À nous de lui dire, aujourd'hui, une nouvelle fois, un Oui du fond du cœur et de nous engager résolument à lui être fidèle, à nous faire ses disciples. Soyons disciples de Marie et de l'Esprit. Tous deux, ils nous conduiront vers le sang du Fils qui enlève le péché du monde et vers le cœur miséricordieux du Père qui relève l'homme et fait de lui son fils. L'Esprit prendra dans les trésors d'amour de la Rédemption et, inlassablement, il nous donnera, il versera sur nous l'eau pure de la grâce. Car inlassables, infinis sont les dons de Celui qui est le Don en personne, lui l'Esprit du Père et Fils, à qui soient notre adoration et notre louange, débordantes d'action de grâces. Amen.

Category:
French