Bienheureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent !


Ce n’est pas un scoop, cela fait même des générations que nous le proclamons, mais qu’on se le dise : la Vierge Marie est bienheureuse. Ne le dit-elle pas elle-même dans le Magnificat : tous les âges la diront bienheureuse. Bienheureuse, oui mais pourquoi ?
Alors, spontanément, la réponse semble évidente : la Vierge Marie est bienheureuse parce qu’elle est comblée de grâces. Elle est bienheureuse parce qu’elle a trouvé grâce auprès de Dieu. Elle est bienheureuse parce que voici qu’elle concevra en son sein et enfantera un fils, qu’elle appellera du nom de Jésus. Elle est bienheureuse parce qu’elle est bénie entre toutes les femmes et que je fruit de son sein est béni. Elle est bienheureuse parce qu’elle est la Mère du Fils du Très-Haut.
Réponse évidente, donc. La Vierge Marie est bienheureuse en raison de cette grâce exceptionnelle dont elle a été comblée : elle est la Mère de Dieu. Et c’est vrai : il y a bien là motif à être bienheureuse. Seulement voilà, attention ! Une béatitude peut en cacher une autre.

Écoutons Elisabeth, Elisabeth qui, remplie de l’Esprit Saint, est la première, la toute première dans l’Évangile (et dans l’histoire), à proclamer Marie bienheureuse. Or pour elle, ce n’est pas au titre de ‘comblée de grâce’ ou de ‘Mère du Seigneur’ que Marie est bienheureuse. Certes elle reconnaît que Marie est bénie entre toutes les femmes et que le fruit de ses entrailles est béni. Pour autant elle ne lui dit pas ‘bienheureuse es-tu toi qui es la Mère du Seigneur’.
Si Elisabeth proclame sa cousine bienheureuse, c’est au titre de sa foi. Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. Nous retrouvons cette même idée un peu plus loin dans l’Évangile, dans la bouche même du Christ. Or il advient, comme Jésus parlait, qu’une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : « Heureuses les entrailles qui t’ont porté et les seins que tu as tétés ! » Mais il dit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent ! » [fn]Lc 11,27-28[/fn] De même, alors que sa Mère et ses frères sont là qui le cherchent, ne répond-Il pas à ceux qui l’en préviennent Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique[fn]Lc 8,21[/fn].
Dans l’Évangile, la béatitude de Notre Dame ne tient donc pas d’abord à sa maternité divine ; elle ne tient pas non plus d’abord à sa plénitude de grâce. Encore que tout cela soit vrai. Dans l’Évangile, la béatitude de Notre Dame tient d’abord à la foi qui a été la sienne. Et d’ailleurs, c’est bien parce que Marie a cru que Dieu accomplit ce qu’Il promet qu’elle a pu répondre oui à l’ange Gabriel. Et c’est bien parce qu’elle lui a dit oui, qu’elle a pu devenir Mère de Dieu. Nous voyons bien ici comment la ‘béatitude de la foi’ est fondamentale : elle le fondement des autres béatitudes de la Vierge Marie. Pour que Marie soit la bienheureuse Mère de Dieu, il fallait qu’elle fût d’abord la bienheureuse qui a cru.

‘Oui, et alors ?’ pourrait-on dire. Et alors… cela change beaucoup. Le privilège d’être Mère de Dieu et celui d’être comblée de grâce sont des privilèges uniques. Ils n’ont été accordés qu’à la Sainte Vierge. À nous, ils sont inaccessibles. Par conséquent la béatitude attachée à ces privilèges, d’un certain point de vue, n’est pas pour nous. Seule Marie est la bienheureuse Mère de Dieu selon la chair. Elle seule est la comblée de grâce. En revanche, la béatitude de la foi, la béatitude de celle qui a cru en l’accomplissement de la Parole de Dieu, nous est parfaitement accessible. Nous sommes bien appelés, nous aussi, à être bienheureux parce que nous croyons que Dieu accomplit ce qu’Il promet. Heureuses les entrailles qui t’ont porté et les seins que tu as tétés ! Certes, mais heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent !
Bienheureux ceux qui croient en l’accomplissement de la Parole de Dieu. Bienheureux car, à l’exemple de la Vierge Marie, toute âme qui croit que Dieu accomplit ses promesses, toute âme qui répond oui aux sollicitations et aux promesses de Dieu, reçoit en elle le Verbe de Dieu. Quand nous disons oui dans la foi au Seigneur, nous lui donnons d’accomplir en nous ce qu’Il a promis. Nous donnons à sa Parole de s’incarner en nous. Nous lui donnons de prendre chair à nous. Il est vrai que, selon la chair, le Christ ne s’est incarné qu’en Marie. À ce titre, bienheureuse celle qui a cru. Mais il est vrai aussi que, selon la foi et par notre foi, le Christ s’incarne en chacun de nous. À ce titre, bienheureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent. Amen.

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