Pâques, notre rappel à la Vie !

1. Il sera facile de remarquer dans cette petite histoire d’un premier jour de la semaine bien des éléments qui marquent toujours notre quotidien : le calendrier ou l’agenda, la course ou l’empressement, la vitesse comme privilège des plus jeunes, peut-être aussi encore : le fait que de plus jeunes accordent une préséance aux anciens ! Mais j’allais oublier : ce petit constat, tellement moderne : « il vit et il crut ». Si certaines réalités se révèlent comme des constantes de l’existence humaine, cette conviction née de la vision n’a jamais eu autant d’importance que de nos jours. On voit et on est convaincu ! Le visuel, quel appui ou mieux encore quelle source de conviction ! C’est réaliste, c’est scientifique, c’est adapté. Notre culture n’en dépend-elle pas ?
Et cette évidence partagée communément évite que l’on aille ailleurs se poser des questions…

2. Pourtant, à Jérusalem, au premier jour de la semaine, ces mêmes mots « il vit et il crut » ne signifiaient-ils pas autre chose ! Rappelons-nous : le plus jeune, entré après Pierre dans le tombeau vit, mais que vit–il ? – Presque rien ! Et que crut-il ? – Tout ! Alors qu’est-ce que cela signifie ? Il ne s’appuie pas sur un constat visuel pour étayer sa conviction : il voit un tombeau vide ; pourtant, il croit que Jésus vit. Peut-on avoir confiance en un tel propos ? Pourquoi un tel paradoxe aurait-il raison ? Et pourquoi pourrait-il marquer la fête chrétienne qui nous illumine par excellence : Pâques ? Et ces propos préludent à ces remarques de Jésus apparaissant à Thomas huit jours après cette Pâque et disant devant les Onze : «Parce que tu m’as vu, tu as cru. Bienheureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru.» (Jn 20, 29).
Toutefois, durant la semaine, les apparitions du Christ ressuscité se succédèrent. Un visuel qui atteste…

3. On sait l’Evangile coutumier du fait de nous surprendre, notamment à propos de l’essentiel, à savoir la vie : ce pour quoi est venu Jésus, ce en quoi consiste son salut. Sur quelques dizaines d’années, depuis l’Annonce à Zacharie, il a lié la surprise à l’expression de la vie. Depuis que « le Verbe s’est fait chair », il a lié l’histoire humaine, étroite et quotidienne à la manifestation de sa charité sans mesure et éternelle. Depuis la proclamation des Béatitudes, Jésus a fait du paradoxe un moyen privilégié de communication de la vie avec Dieu. Depuis les miracles, le Sauveur a fait de l’extraordinaire une voie de révélation de la puissance vivifiante du Seigneur.
Alors, en cette aurore de la Pâques, Jésus ayant été crucifié, mis au tombeau ; le sabbat étant à peine passé ; les proches du Messie étant abattu ; devait-on penser qu’il en irait autrement ? Devait-on présumer que cet élan paradoxal et proche, et que cette puissance de vie déjà manifestée dans la chair allaient s’éteindre, ou plutôt disparaître ? Une page était tournée, certes ; mais l’aventure ne pouvait pas être finie ! A preuve, s’en tenir là avait aussitôt engendré le désespoir.

4. Après la vie aux côtés du Seigneur, ou à l’écoute de ses enseignements, certains expérimenteraient donc la vie même de Dieu ! Ils la vivraient pour en témoigner, et pour qu’on en vive ! C’est de cela qu’il serait question désormais. En certains cœurs restaient encore des braises qui allaient permettre au feu, cette charité divine, la vie véritable, de s’élancer à nouveau, par-delà les ténèbres.
Mais à Jérusalem, en réalité, en ce premier jour de la semaine, les disciples « n’avaient pas encore compris que d’après l’Ecriture [Jésus] devait se relever s’entre les morts ! »
Cependant désormais, entré dans le tombeau, notant les linges affaissés et l’absence du corps du crucifié, c’est avec le Seigneur que le bien-aimé entra aussi en même temps dans sa mémoire de disciple. Et ces linges devinrent des signes. Jésus n’avait-il pas surpris jadis par ces mots : « Détruisez ce sanctuaire : en trois jours je le relèverai. … Il parlait du sanctuaire de son corps » (Jn 2,19 et 21) ; ou encore, à son amie Marthe: « Je suis la résurrection et la vie » (Jn 11,25).
Au premier jour du calendrier nouveau, ce matin-là ces paroles prennent corps, comme les braises s’enflamment à nouveau : « il vit et il crut ». La certitude de la conviction est ici plus vaste, infiniment plus vaste que devant un visuel ! Il s’agit d’expérience vitale, d’une réalité intégrale qui envahit toute la personne comme un fleuve irrésistible, et qui reste une un repère au-delà de possibles ténèbres. « Il vit et il crut »

5. Ce matin, pourquoi ne serait-ce pas nous, aussi, cet autre disciple ? Dans cette expérience vitale, on peut déborder de paix et de joie à jamais!
Pascal, le bien nommé en ce jour, nous aide à exprimer cela. Après son décès, on trouva cousu dans son manteau, ce mémorial : « FEU. Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment, Joie, Paix. Dieu de Jésus-Christ (…) Joie, Joie, Joie, pleurs de joie. " Mon Dieu me quitterez-vous ? " (…) "Cette vie est la vie éternelle, qu'ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ." Jésus-Christ, Jésus-Christ. » Il y a des convictions qui ne s’appuient pas d’abord sur le visuel, en effet. Le témoignage que l’on aura admiré ne remplacera jamais la foi que l’on vivra!
Quand revient la solennité de Pâques, nous voilà rappelés à la vie ; à cette vie, à la fois divine et la nôtre ! Que notre grâce soit de toujours nous en réjouir pour qu’elle soit transmise par nous dans cette joie !

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