Pâques

1. Il vit et il crut : « Heureux homme ! » Premiers mots qui jaillissent à cette nouvelle : cela pourrait même nous rendre envieux... Entrant dans le tombeau après Pierre, au matin de Pâques, le disciple Bien-aimé vit et crut, dit l'Évangile.
Mais qu'a-t-il vu pour ainsi croire ? La formulation n'est-elle pas surprenante : Il vit et il crut ?
D'ordinaire, c'est au choix ! Soit, on voit ; soit, on croit. C'est selon. Soit on sait pour avoir vu ; soit on croit pour avoir entendu dire ! N'est-ce pas lorsque la vue fait défaut que la foi prend sa place ! Huit jours après la Pâque, d'ailleurs, Jésus le rappellera au disciple Thomas : Heureux ceux qui croiront sans avoir vu !

Pourtant, au jour de son origine, l'Évangile appuie cette foi sur la vue ! Paradoxal ? Pour nous qui ne voyons pas, l'évidence du disciple apporte quelque lumière. Comment en est-il arrivé là ? Pouvons-nous vivre quelque chose de cela au matin de Pâques ? Ayons la sagesse de dire oui ! C'est au nom de cette foi que nous nous sommes levés et sommes accourus ici ! Avons-nous d'autres désirs que de voir notre foi renaître, s'élancer comme deux disciples jaillissant du tombeau !

2. Alors, s'il en est ainsi, le disciple que Jésus aimait devient un modèle. Nous propose-t-il sa place ? - Acceptons-la ! A Pâques, n'est-ce pas le jour d'accueillir les offres ! Dans LA page d'Évangile, ignorons-nous son nom ? - Tant mieux, glissons-y le nôtre ! Nous savons ce disciple « aimé de Jésus » : n'est-ce pas notre cas ? Jésus versa aussi son sang pour nous ! Comme il l'a fait pour nos frères et sœurs en cette nuit de leur baptême, il nous a appelés par notre nom !

Allez ! Le temps se fait court : sur l'heure, reprenons l'itinéraire spirituel du disciple. Adoptons son attitude. Elle n'est pas nouvelle. Mais elle est sûre ! Parvenir devant un creux de rocher, ne fait pas de ce disciple quelqu'un d'original ! Mais son attitude nourrit l'âme ; elle vous nourrira quand la foi sera faible !
Cette attitude rappelle celle d'Élie, neuf siècles plutôt, le prophète par excellence. Il avait connu une expérience mystique marquante en avançant lui aussi vers une brèche dans un rocher. Fuyard, déprimé, consolé et nourri par un ange, il rejoindra une caverne. Aventure spirituelle sur fond de désarroi - ou plutôt, sur fond d'épreuve. Car Élie préparé par Dieu, peut rencontrer son Seigneur - mais à revers de l'image qu'il s'en faisait. Dans son cas, la puissance du Seigneur ne sera pas dans l'orage, dans aucun vent violent, mais dans « le murmure d'un fin silence ». Le murmure d'un fin silence ! En lui seul, le repos de l'âme fatiguée ! Si tu es vulnérable et humble, elle est pour toi, l'expérience du Seigneur ! C'est la leçon d'Élie!
Quelques jours avant la Pâque, c'est Jésus qui rencontre l'épreuve devant un trou de rocher, une tombe ; une épreuve qui avait aussi affaibli les habitants de Béthanie. Pour eux, Jésus, recherché par les autorités, choisit de s'avancer au vu de tous vers une grotte, la tombe de son ami : Lazare ou Celui à qui Dieu vient en aide. Mais le Sauveur pleure. Dieu montrera sa puissance de vie ; mais avant cela, comme Élie, le Fils va être troublé. Tout Jésus qu'il fût, Seigneur et Maître, il est vulnérable. La foule perçoit qui est le Seigneur, car la faiblesse de l'amour a pris corps, c'est la compassion, une des plus hautes formes de l'amour. La compassion, visage de la puissance du Sauveur. Devant une tombe... Là de nouveau, pour tous et dans la faiblesse, l'expérience du Seigneur ! C'est la leçon de Jésus !

Comme Élie, comme Jésus, comme la foule de Béthanie, le Disciple que Jésus aimait, arrive donc devant une grotte, ou une tombe. Il est vidé ! Mais la leçon du disciple rassemblera sa vie ! Il en a vu des mystères ! Mais quant à croire vraiment, pas encore ! Il était sur le Mont Thabor, avec Pierre pour une leçon de foi : il a vu ce Seigneur, ami resplendissant, conversant avec Élie, et il était heureux. Il y a trois jours, il était aussi avec Pierre, pour une leçon d'amour et d'obéissance ; il faisait nuit à Gethsémani, mais il a vu cet ami Sauveur dans une angoisse immense ; c'était déjà affreux... Puis son ami est mort. Il l'a vu déposé de la Croix, dans les bras de Marie, la Mère. Alors la désolation le mine. A priori, la foi n'est pas pour aujourd'hui ! Comme Élie, Jésus, la foule, ce disciple est dans l'épreuve. Mais surtout, ce disciple, ce peut être vous-même ! Vous avez connu des Thabor de lumière et des Gethsémani de ténèbres ; et puis l'absence crue, la nudité intérieure, comme ce désarroi de Marie-Madeleine : On a enlevé mon Seigneur... nous ne savons pas où on l'a mis. « Incroyable ! Dieu était là, j'en avais l'habitude. Et je ne sais plus. Est-ce que je crois encore, en vrai ? Je ne sais ! »

3. Mais à Pâques, le Seigneur passe !
L'Heure est venue ! Silence, vulnérabilité, compassion, moments de révélation : tout est là ! Comme des ingrédients bien disposés. Dieu peut agir. La naissance de la foi, c'est comme une création ; en écho à la Création première, une création à taille d'homme, personnalisée ! Autrefois, Dieu dit et ce fut. Aujourd'hui, grâce à lui, on dira du disciple : Il vit et il crut.

Alors, qu'a-t-il vu ? Dans l'épreuve et le désarroi, il vit un affaissement, celui de linges ! Et cela lui suffit ! Il y avait tant à croire, par ailleurs : l'expérience de Dieu, l'engagement de sa conscience envers Dieu !
Alors ce disciple, vous, moi, au matin de toute résurrection, fait ce constat : « Il était vulnérable, moi aussi ; il revit ; moi aussi ! » Il revit les paroles de Jacob : Dieu était là et je ne le savais pas ! « Oui, Dieu était là, il dit et je fus ! Par sa vie, je demeure, alléluia ! »

 

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