Les Mystères Douloureux avec le frère Élie-Pascal Épinoux

L’agonie de Jésus

Il les laissa et s’en alla de nouveau prier pour une troisième fois reprenant les mêmes paroles (Matthieu 26, 44) .

Malgré la lune, la nuit se fait plus sombre encore, malgré le vent, le silence se fait plus dense, malgré la prière, la solitude se fait plus angoissante.

« Mon âme est rassasiée de maux et ma vie est au bord du shéol ;
Déjà compté comme descendu dans la fosse, je suis un homme fini
» (Psaume 88, 2.6).

Inexorablement tout le poids du péché du monde pèse sur son cœur, toute la ténèbre du refus submerge son âme. Il coule à pic au fond de l’abîme : il n’y a plus de Dieu.

« Tu m’as mis au tréfonds de la fosse, dans les ténèbres, dans les abîmes ;
Sur moi pèse ta colère, tu déverses toutes tes vagues
» (Psaume 88, 7.2).

Vague après vague, toutes les convoitises depuis Adam étendant la main vers l’arbre défendu, toutes les violences depuis celle de Caïn assassinant son frère, toutes les injustices depuis celle de Lamekh tuant un enfant pour une meurtrissure, tous les orgueils depuis Babel, tous les esclavages depuis l’Égypte cette fournaise à fondre le fer, vague après vague, tout le péché du monde l’engloutit, le retranche de la compagnie des vivants, l’arrache de la communion du Père :

« Pourquoi, Seigneur, repousses-tu mon âme, caches-tu loin de moi ta face ? » (Psaume 88, 15).

Et Dieu ne répond pas. Il n’y a ni voix ni nuée comme autrefois au Jourdain ou au Thabor.

La flagellation

Sa chair autrefois transpercée par la Vie et la Lumière de Dieu est aujourd’hui transpercée par l’angoisse et la mort, l’icône lumineuse de Dieu est devenue l’icône sanglante du péché.

« Tes épouvantes me cernent comme l’eau tout le jour, se referment sur moi toutes ensemble.
Tu éloignes de moi amis et proches, ma compagnie, c’est la ténèbre
» (Psaume 88, 18-19).

Et pourtant Jésus prie toujours avec les mêmes paroles : « Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ! Cependant non pas comme je veux mais comme toi tu veux » (Matthieu 26, 39).

La solitude, la ténèbre et le silence se referment sur lui et lui s’ouvre à sa mission, aux hommes, au Père. Au point de la solitude extrême, il manifeste l’amour extrême : « Nul n’a de plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis » (Jean 15, 13).
Du fond de sa solitude, il se détourne de lui-même pour recevoir la coupe.

Du fond de son isolement, il accepte cette coupe pour ses disciples qui dorment et pour la multitude qui ignore tout.

Du fond de son abandon, il boit cette coupe que lui tend le Père absent déjà il est vainqueur.

Le couronnement d’épines

Celui-ci est le roi des Juifs (Matthieu 27, 37) .

Tout au long de sa vie publique, Jésus a repoussé toute tentative de faire de lui un roi dans les perspectives de ce monde, même de la royauté davidique ; la seule couronne qu’il ait consenti à recevoir est la couronne d’épines, ni diadème impérial ni tiare pontificale.

C’est seulement lors de sa condamnation par les pouvoirs politique et religieux de ce monde qu’Il s’affirmera roi ; c’est dans sa suprême humiliation qu’il nous invite à Le découvrir roi de toute chose, d’une royauté qui n’est pas de ce monde, mais qui est témoignage à la vérité.

« Je vois le Crucifié et je l’appelle roi », dit Jean Chrysostome.

Je vois le Juste raillé sur la Croix, condamné par la Loi d’Israël et je l’appelle Roi de Justice.

Jésus est chargé de la Croix

Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font (Luc 23, 34) .

Ils : c’est Judas qui trahit, le sanhédrin qui condamne, Pilate qui s’en lave les mains. C’est la foule attirée par le sang ; c’est nous, nous et nos multiples complicités avec le Mal.

« Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi ! Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs afin de devenir les fils de votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5, 43-45).

Aujourd’hui est crucifié le Fils du Père.
Aujourd’hui la Croix dessine entre terre et ciel le signe de la réconciliation.
Dieu n’a plus rien contre personne.

Le Crucifiement

Or, près de la Croix de Jésus se tenait Marie, sa mère (Jean 19, 25) .

La Vierge des douleurs est debout dans la foi, dans sa souffrance et son silence. Elle se creuse pour recevoir le don terrible que Dieu lui fait dans la mort de son Fils.
La Vierge de la compassion est debout mais brisée, l’âme anéantie par le glaive de douleur ; la souffrance et la mort de son Fils deviennent sa souffrance et sa mort par sa totale communion d’amour avec lui.
Par sa compassion, elle a part aux souffrances visibles de la croix : la Vie a enduré la mort.
Par sa foi, elle a part à la victoire invisible de la Croix : la mort a rendu la Vie.

Jésus voyant près d’elle le disciple qu’il aimait dit à sa mère : « Femme, voici ton Fils », puis se tournant vers le disciple : « Voici ta mère » (Jean 19, 26-27).

En te donnant dans la joie à la Parole de l’Ange, tu es devenue Marie, la Mère de Dieu.
En te donnant dans la souffrance à la Parole du Crucifié, tu deviens Marie, la mère de tous les fils de Dieu enfantés par le baptême.

Dans un même esprit :
Les Mystères Joyeux, Les Mystères Lumineux et Les Mystères Glorieux

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