La gloire du Père

Quand il nous arrive de penser à notre vie et à son sens, se présente souvent une parole à notre esprit ; elle a été une révélation, comme un appel au principe d’une décision qui a orienté notre vie et lui donne son unité encore aujourd’hui. C’est ainsi que nous pouvons aussi, sans artifice, ressaisir la vie de quelqu’un qui nous est cher. Une telle exigence peut être transposée maintenant pour bien vivre le mystère pascal : chercher quelle parole de Jésus peut nous en dire le sens. Je propose d’entendre cette nuit le verbe employé par Jésus dans la prière adressée à son Père quand l’heure fut venue : « Père, glorifie ton Fils pour que ton Fils te glorifie » (Jn 17, 1) et plus loin Jésus dit avoir été glorifié en ses disciples (Jn 17, 10).

Glorifier, être glorifié ! Ces mots se rattachent à une expérience fondamentale, celle de la lumière. La lumière se répand ; elle se diffuse ; elle irradie dans le cristal ou dans les pierres précieuses ; elle chante dans la couleur. En tout cela, il y a une réciprocité entre la source de la lumière et ce qui la diffuse, la réfracte ou la réfléchit. Pour les esprits désireux d’aller au-delà des apparences, le terme gloire renvoie à la qualité intérieure qui fonde le rayonnement. Le mot gloire renvoie à ce qui ne ment pas, ce qui fonde la confiance et que nous appelons vérité. C’est ainsi que Jésus demande à son Père de le glorifier. En effet, quand Jésus a formulé cette prière, Jésus était avec ses disciples pour le dernier repas, la Cène. Il savait que les autorités de Jérusalem avaient décidé sa perte, attendant seulement l’occasion favorable pour le faire. Il savait que Judas avait l’intention de le livrer et qu’il était sorti pour cela dans la nuit. Il savait qu’il allait dans le Jardin où les disciples endormis le laisseraient seul. Dans ce contexte, Jésus a demandé à son Père de le sauver. Mais en employant le mot gloire, il ne demandait pas une esquive qui l’aurait dispensé du combat contre les forces du mal. Il lui demandait de lui donner de faire parvenir à tous le fruit de son amour. La gloire que demandait Jésus n’était pas une mise à part, mais un dynamisme et un élan.

De ce dynamisme et de cet élan nous avons la manifestation dans ce qui advint au matin de Pâques. Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et Salomé vont au tombeau pour achever les rites funéraires qui n’avaient pu avoir lieu le vendredi soir. Elles voient le tombeau ouvert et vide. Elles reçoivent un message de la part de Jésus. Elles doivent porter la Bonne Nouvelle et inviter les autres disciples à aller à la rencontre de Jésus. Dans la symbolique de l’évangile de Marc, ces femmes représentent l’Eglise, entendons l’humanité illuminée par la foi, en marche vers le salut. Elles ont connu l’épreuve de la mort, de la violence, de l’injustice. Elles reçoivent la responsabilité de porter la bonne nouvelle. Elles sont ainsi invitées à entrer dans le mouvement exprimé par le verbe glorifier. Elles invitent les disciples à revenir au point source, en Galilée, là où Jésus avait commencé à faire advenir le Règne de Dieu ; de nouveau, en ce lieu, Jésus relance ce mouvement qui a pour horizon désormais, toute l’humanité, pour qu’elle renaisse de l’eau et de l’Esprit.

Le Père a glorifié son Fils en le transfigurant dans son âme et dans son corps. En lui donnant part à son éternité, il l’a rendu contemporain de toute l’histoire humaine. Jésus continue de faire par son Esprit ce qu’il fit dans sa vie publique, ayant désormais pour horizon toute l’humanité. Par là, il devient vraiment ce qu’il est, le Seigneur, le Sauveur selon la signification première de son nom : Jésus, qui signifie « Dieu sauve ».

Le tombeau est ouvert. Il est vide. Mais ce n’est pas le vide de l’absence, c’est l’espace pour que commence la grande aventure, celle à laquelle nous sommes participants nous qui, par la foi, portons le souci de glorifier Dieu dans nos vies et qui, en cette vigile pascale, renouvelons notre baptême, notre désir d’aller au terme de notre vocation d’enfant de Dieu. Dans la difficulté présente, une porte s’est ouverte ; nul ne la refermera.

L'auteur de cette homélie

Category:
French