« C’est dans la Croix du Christ qu’il faut nous glorifier. »

Nos autem gloriari oportet
Nous devons nous glorifier !

Oui, mes très chères sœurs, et vous tous, amis,
Nous glorifier, nous le devons, mais dans la seule Croix de notre Seigneur Jésus Christ. Nous le chantons aujourd’hui avec l’Eglise qui reprend dans son chant d’entrée les paroles de saint Paul aux Galates !
Nous glorifier, mais en Celui-là seul qui prie son Père pour nous !
Nous l’entendrons ce soir à nouveau, durant la veillée au reposoir.
« Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi,»

Oui, nous pouvons et devons nous glorifier en notre Seigneur Jésus Christ et en lui seul qui dans l’intimité vibrante de la chambre haute, ce soir, nous couvre à nouveau d’honneur et de gloire. Il ne nous appelle plus serviteurs, mais amis ! Amis, vous entendez bien! Quelle gloire et quel honneur ! Mais sans mérites de notre part ! Pure grâce de la miséricorde divine !
Quelle beauté dans ce repas pascal, à l’atmosphère unique, indéfinissable, que nous retrouvons ce soir dans la sainte liturgie de La Messe in Cena Domini, avec le geste si éloquent du lavement des pieds introduit, en 1955 par Pie XII, au cœur même de la célébration de cette messe.

Alors ce soir, avec toute l’Eglise, nous nous retirons une fois encore dans la chambre haute pour reprendre le geste du Seigneur, pour tendre l’oreille de notre cœur et accueillir à nouveau ces paroles qu’on ne peut entendre sans pleurer de joie. « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître. » (Jn 15, 15)

Au soir de ce jour Il nous donne de connaître l’amour qui l’unit au Père dans cet acte unique qui s’achève sur la Croix : il donne sa vie pour nous ses amis: « Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin. »

L’Eglise en sa liturgie le chante, avec quel bonheur, avec quelle vibrante douceur d’amour et de gratitude dans le chant d’ouverture dans le missel romain. « Par lui, nous sommes sauvés et délivrés. »
C’est lui qui nous a aimés jusqu’au bout, c’est lui qui de son amour nous a donné le sacrement, sacrifice pur et saint, présence réelle et vivifiante à son Eglise. Dans l’amour il nous donne sa vie afin que ce ne soit plus nous qui vivions mais Lui en nous. (cf. Gal 2, 20)

Dans l’évangile selon Jean il l’avait annoncé par avance « C'est pour cela que le Père m'aime, parce que je donne ma vie, pour la reprendre. Personne ne me l'enlève ;mais je la donne de moi-même. J'ai pouvoir de la donner et j'ai pouvoir de la reprendre ; tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père." » (Jn 10, 17-18) Ce soir il accomplit et se remet aux Apôtres et par eux à son Eglise.

Sachant que l'heure était venue de partir de ce monde pour retourner à son Père, célébrant ce dernier repas pascal, cette dernière Cène, il lave les pieds de ses apôtres et par eux nous laisse le commandement de l'amour (cf. Jn 13,1-17). Pour leur laisser un gage de cet amour, pour ne jamais s'éloigner des siens et pour les rendre participants de sa Pâque, il institue l'Eucharistie comme mémorial de sa mort et de sa résurrection, et il ordonne à ses apôtres de le célébrer jusqu'à son retour, « les établissant alors prêtres du Nouveau Testament. » (Cc. Trente: DS 1740). On ne célèbrera plus désormais la Cène, mais l’unique sacrifice du Christ, dans lequel nous somme invités à nous offrir, et auquel nous communions en recevant le Corps et le Sang, l’humanité et la divinité du Christ.

C’est encore Lui, le Seigneur, qui forme cette Eglise, son Eglise, pour offrir ce sacrifice unique qu’il inaugure en ce soir avant de l’accomplir, de le consommer sur la Croix. Hostie pure, hostie sainte, hostie immaculée.

« Parce qu'il ne fallait pas que son sacerdoce fût éteint par la mort (He 7,24) lors de la dernière Cène, "la nuit où il fut livré" (1Co 11,23), il voulut laisser à l'Eglise, son épouse bien-aimée, un sacrifice qui soit visible (comme l'exige la nature humaine).» (Cc. Trente: DS 1740)

Frères et sœurs, comme il nous faut aimer concrètement l’Eglise, ses Pasteurs et au premier chef notre Saint Père Benoît XVI qui a tant à souffrir de la malice et de la lâcheté des hommes. Comme il nous faut aimer cette Eglise qui vit de l’Eucharistie, qui offre et nous donne ‘‘le pain sacré de la vie éternelle et le calice du salut perpétuel’’. Nous venons de le rappeler dans la collecte d’ouverture de cette Messe et nous le reprendrons dans la prière eucharistique :
« Tu nous appelles, Dieu notre Père, à célébrer ce soir la très sainte Cène où ton Fils unique, avant de se livrer lui-même à la mort, a voulu remettre à son Église le sacrifice nouveau de l'Alliance éternelle. »

Ce mystère de foi nous le chanterons encore avec la préface : « C'est lui le prêtre éternel et véritable, qui apprit à ses disciples comment perpétuer son sacrifice; il s'est offert à toi en victime pour notre salut; il nous a prescrit d'accomplir après lui cette offrande pour célébrer son mémorial; »

L'Eucharistie, le saint Concile Vatican II le rappelle, est « source et sommet de toute la vie chrétienne. » (LG 11). « Les autres sacrements ainsi que tous les ministères ecclésiaux et les tâches apostoliques sont tous liés à l'Eucharistie et ordonnés à elle. Car la sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l'Eglise, c'est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâque. » (PO 5).

Tout notre salut est en Jésus-Christ. Par le moyen de la croix où il offre sa vie en sacrifice, c'est lui qui nous ouvre la voie pour espérer de Dieu tous les biens, si nous sommes fidèles à ses préceptes. Tout notre salut est dans l’unique sacrifice de la Croix auquel nous sommes rendus présents et participants par et dans le Saint Sacrifice de la Messe. «Il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. » dira saint Pierre (Ac 4, 12).

S’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime, alors nous n’avons pas de plus grande preuve à donner à Dieu que notre vie enveloppée, donnée, livrée dans l’unique offrande de son Fils. « Seigneur, accorde-nous la grâce de vraiment participer à cette eucharistie… »

Voilà la véritable participation active si désirée par le Saint Concile Vatican II pour tous les fidèles du Christ.

Comme il nous faut aimer la sainte Messe, la célébrer dignement, en respectant humblement les moindres prescriptions de l’Eglise, par amour. La célébrer dignement, avec révérence et dévotion, et en vivre. Par elle, nous sont dispensés les fruits de la rédemption. En elle, nous pouvons offrir à Dieu le seul sacrifice qui lui agrée et nous offrir nous-mêmes.

« Car chaque fois qu'est célébré ce sacrifice en mémorial, c'est l'œuvre de notre Rédemption qui s'accomplit. » conclut aujourd’hui la prière sur les offrandes.

Cette œuvre de la Rédemption qui s’accomplit, nous procure force et purification. Nous le chanterons solennellement à la fin de la préface :
« Quand nous mangeons sa chair immolée pour nous, nous sommes fortifiés; quand nous buvons le sang qu'il a versé pour nous, nous sommes purifiés. »

Dans la foi vive tournons-nous vers le Père et, avec les termes mêmes de l’antique, grande et vénérable prière eucharistique qu’est le Canon Romain, faisons monter cette prière :
« Voici l'offrande que nous présentons devant toi, nous, tes serviteurs, et ta famille entière, le jour même où notre Seigneur Jésus Christ a livré à ses disciples, pour qu'ils les célèbrent, les mystères de son corps et de son sang. »

Alors avec le psalmiste nous pourrons nous écrier pleins de gratitude :
« Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom rapporte la gloire, pour ton amour et pour ta vérité ! » (Psaume 115, 1)

Oui mes sœurs, mes amis,
« C’est dans la Croix du Christ qu’il faut nous glorifier. »
Amen.

L'auteur de cette homélie

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