Justice de Dieu

Homélie pour la Vigile Pascale 2008

La résurrection, c’est une question de justice ! Cette affirmation péremptoire montre sa vérité dès que nous sommes confrontés au scandale du mal. C’est en effet par cette porte que la notion de résurrection est entrée dans l’espérance humaine grâce aux prophètes de l’Ancienne Alliance.

1. La notion de justice est enracinée dans notre conscience dès la plus petite enfance. Si bien que l’exigence de justice est le moteur des actions et des demandes de ceux qui ne consentent pas à ce que la violence, la corruption et l’arrogance des puissants aient le dernier mot. La justice renvoie à un absolu, fondé dans l’absolu de Dieu qui créa tout pour le bien.

Ainsi, dans la libération du peuple en pays de servitude, Moïse en a appelé à la justice de Dieu contre l’injustice du despote. De même, les prophètes en ont appelé à la justice de Dieu contre l’injustice des spéculateurs et des oppresseurs. Dans la conviction de la justice de Dieu, les psaumes ne cessent d’appeler à l’intervention de Dieu en faveur de son peuple. Or cette exigence s’est confrontée à des situations où l’action humaine n’était pas immédiatement responsable du malheur ; aussi les prophètes de l’Ancienne Alliance ont-ils demandé à Dieu : « Comment toi qui es justice absolue, et qui es présent dans le monde, peux-tu tolérer tout ce qui s’y passe ? Comment toi qui es parfaite bonté peux-tu laisser tant de misère dans les esprits, les cœurs et les corps de tes enfants ? » Ceux qui ont porté ces questions n’ont pas déserté la foi. C’est dans la foi qu’ils ont posé la question à Dieu même. Ainsi ont-ils compris au plus dur de l’épreuve que la justice de Dieu ne se réalisait pas seulement dans les limites de la vie humaine ou de l’histoire. C’est ainsi qu’est apparu le mot résurrection : ce n’est pas seulement le retour à la vie d’avant, mais le don par Dieu de ce qui aurait dû être là et qui n’a pas été réalisé. Ce n’est pas seulement la continuation de ce qui fut, mais la nouveauté où Dieu donnera aux hommes ce qu’ils auraient dû avoir. La justice de Dieu l’exige à raison de sa grandeur exprimée par la promesse.

2. Telle fut l’espérance des Anciens. En cette nuit de la Pâque 2008, nous célébrons la réalisation de cette promesse. Elle s’est réalisée en la personne de Jésus. Lui, le Juste, était plus humain que tout autre ; il était tout amour plus que tout autre ; il était toute bonté et toute vérité… Aussi la persécution dont il a été l’objet, son rejet, son arrestation, son procès, ses souffrances étaient la plus grande des injustices. Aussi en recevant la nouvelle que Dieu l’a arraché à la mort et qu’il est ressuscité, nous comprenons que Dieu a manifesté sa justice.

Il y a davantage. En effet, Jésus n’a pas vécu pour lui seul. Il a vécu pour nous, pour le salut du monde. Il a vécu tant de souffrances et porté tant d’abjection non par dessein aveugle, mais lucidement pour être le principe d’une humanité nouvelle et d’une nouvelle création. Il y a donc un acte de justice rendu à Jésus qui déborde jusqu’à nous.


3.
Le message qui nous est donné cette nuit est « il vous précède ». La mention de la Galilée évoque pour les premiers disciples le lieu où a commencé la grande espérance. Nous aussi nous sommes invités à venir à la racine de notre être, notre Galilée, pour y faire paraître l’espérance. Le sage Nicodème avait bien raison quand il constatait que dans la vie nul ne peut revenir en arrière et que d’un homme mûr nul ne saurait faire un petit enfant pouvant recommencer à vivre. Mais il apprit de Jésus qu’il existait un autre chemin : un chemin de naissance à la vie d’en haut, un chemin de naissance de par l’action et la présence de Dieu. Cette nuit ce chemin nous est ouvert. Aussi, obéissons-nous à la parole de Dieu transmise par les messagers. Nous revenons à la source de notre vie, non pas par régression infantile, mais dans le Souffle donné par le Ressuscité et qui a pour horizon un monde neuf, où toute justice sera accomplie.

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