Le Prédicateur du Pèlerinage du Rosaire 2010

Frère Loïc-Marie LE BOT, vous allez prêcher le 103ème Pèlerinage du Rosaire à Lourdes, du 6 au 9 octobre prochain. Pourriez-vous nous dire quelques mots sur vous et sur le thème du prochain Pèlerinage ?

Il n’y a pas beaucoup d’années où je ne suis pas allé à Lourdes. Pourtant, je n’ai découvert le pèlerinage du Rosaire qu’en même temps que la vie dominicaine en 1994. Depuis cette date, jusqu’à mon départ pour Rome, j’ai été un fidèle du pèlerinage, d’abord auprès des jeunes puis au service de la liturgie. Dans cette dernière fonction, j’ai beaucoup travaillé avec les commissaires du Rosaire et apprécié leur dévouement compétent.

Mon parcours dominicain s’est effectué dans la Province de Toulouse, après le noviciat à Marseille, je suis allé au couvent de Bordeaux puis de Toulouse pour les études de philosophie et de théologie. Après mon ordination presbytérale en 2001, j’ai été envoyé à l’université que tiennent les dominicains à Rome l’Angelicum pour étudier le droit de l’Église qu’on appelle le droit canonique. Au terme de cette période en juin 2003, je suis rentré à Toulouse où j’ai enseigné cette matière et où je me suis occupé des frères étudiants en théologie sans négliger de continuer des études de théologie.

En 2005, j’ai quitté le couvent de Toulouse pour rejoindre Rome et un nouveau type de fonction. Le Saint-Siège m’a appelé à son service. Je travaille comme « official » à la Congrégation des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique. Cet organisme est un dicastère de la curie romaine, c’est un peu l’équivalent d’un ministère. Auprès du Saint- Père, il est chargé de traiter toutes les affaires qui concernent la vie religieuse. Il y a un peu moins d’un million de consacrés dans le monde réunis dans plusieurs centaines de monastères et d’instituts religieux, ou d’instituts séculiers ou de sociétés de vie apostolique. Le dicastère est dirigé par un proche collaborateur du pape, qu’on appelle Préfet et qui est un cardinal. Le préfet de mon dicastère est un cardinal slovène, Franc Rodé, qui est lazariste.

Mon travail m’a laissé toutefois le temps de rédiger et de soutenir en février 2008 une thèse en droit canonique. En mars 2008, le couvent Saints-Dominique-et-Sixte, qui est la communauté dominicaine qui réunit professeurs et étudiants dominicains de l’université Angelicum et des frères travaillant au Vatican, m’a choisi pour être son prieur. C’est une communauté unique dans l’Ordre dominicain par sa taille et son caractère international. Nous sommes actuellement soixante-cinq frères résidant toute l’année venant de vingt-cinq pays différents et d’une trentaine de provinces dominicaines. Il y a aussi presque dix frères qui viennent passer un semestre ou temps d’enseignement durant l’année. C’est dire notre diversité. Cependant, c’est une chance énorme de pouvoir côtoyer des frères des cinq continents.

Même si je suis à Rome, je garde des liens fraternels très forts avec la province de Toulouse où j’arrive à me rendre pendant les vacances.

Le thème du pèlerinage : Apprendre à faire le signe de la Croix avec Bernadette

Cette année encore le thème du pèlerinage est abordé à partir de l’expérience de Bernadette. Lors de la première apparition de « Aquéro », le 11 février 1858, Bernadette s’empresse de prendre son chapelet et de vouloir faire le signe de Croix. Elle dit que le bras lui est tombé et qu’elle n’a pu le faire qu’en même temps que la Dame. À ce moment, la crainte qui l’avait saisie disparut. Il en est ainsi lors des autres apparitions, Bernadette se signe suivant le geste de la Dame. Lors de la quinzième, Bernadette s’y reprend à trois fois avant de pouvoir se signer. Devant les questions des nombreuses personnes qui l’accompagnent, elle répond qu’elle ne pouvait porter sa main à son front tant que « l’apparition » ne l’avait pas fait. Elle gardera dans sa vie spirituelle cette attention spéciale au signe de la Croix que l’on trace sur son corps pour entrer en prière. Elle répétait à ses visiteurs ou à ses sœurs de Nevers que bien faire son signe de croix c’était beaucoup. Elle-même le faisait avec ampleur et sans précipitation. Voilà un premier enseignement de Bernadette. Mais si Bernadette a toujours impressionné ses contemporains quand elle faisait le signe de Croix, c’est sans doute qu’elle avait appris de la Vierge Marie la signification de ce geste, mais c’est aussi parce que sa vie était profondément marquée par le mystère de la Croix. La vie de Bernadette est une vie très intimement unie à Jésus-Christ. Toutes les épreuves qu’elle a connues, et qui furent nombreuses (santé fragile, pauvreté extrême de sa famille, plusieurs deuils, dérangements incessants des curieux désirant la connaître), furent pour elle comme une participation au mystère de la Passion de Jésus. Vivant, si l’on peut dire, le mystère de la croix à cette profondeur, il n’est pas étonnant qu’elle connaisse la valeur du signe de la Croix. Aussi à son intercession et à son école, nous allons voir, au cours de ce pèlerinage, comment apprendre d’elle. Elle saura nous dire comment faire notre signe de Croix avec toute la richesse de ce qu’il comporte et signifie.

Il est un peu étrange de prendre comme enseignante une petite religieuse peu instruite, mais la vie de Bernadette témoigne de ce qu’elle a su communiquer aux autres ce qu’elle avait vu et compris du Seigneur. Il est toujours surprenant et finalement réconfortant de voir que Bernadette, messagère de Marie, ne cherche pas d’abord à convaincre ses interlocuteurs, elle transmet ce qu’elle a reçu avec droiture et sans attendre d’autre récompense que celle de savoir qu’elle fait la volonté de la Dame. C’est une garantie pour nous.

Au hasard de lectures, il y a quelques années, j’ai lu une vie de Bernadette, par Marcelle Auclair, et juste après une vie de Thomas More, l’homme politique et érudit anglais martyrisé en 1535. Ces deux visages de sainteté étaient tellement divers que je me réjouissais de la richesse de la sainteté si variée en ses manifestations. Rien a priori de plus éloigné de la petite gamine de Lourdes que le grand Chancelier d’Angleterre, homme de culture et de grand savoir. Pourtant, leur attitude ferme et résolue dans le témoignage qu’ils doivent rendre est frappant de similitude. À Thomas More, il est demandé de nier l’autorité du Pape. Avec calme et fermeté, sans ostentation, il refuse constamment de renier sa foi, acceptant d’être conduit au martyre et à l’union au Christ dans le Mystère de la Croix. Bernadette, sans fléchir ni devant les autorités civiles menaçantes, ni devant les autorités ecclésiastiques méfiantes, redit ce qu’elle a vu et ce qui lui a été demandé de dire. Elle aussi a vécu le témoignage d’un lent martyre durant toute sa vie religieuse, parce qu’elle était la proie des épreuves de la vie notamment les maladies douloureuses. Comme le Christ, sa mort donne un témoignage ultime de son union à Jésus et à sa Croix. Elle saura nous guider.

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